L’ALN MONTE AU FRONT : « INSTABILITÉ À TOUS LES ÉTAGES »

PERSPECTIVES MED: DE NOUVELLES NOMINATIONS ET DES MISES À LA RETRAITE ONT MARQUÉ CES DERNIERS TEMPS L’ARMÉE ALGÉRIENNE. QUE SUGGÈRE UN TEL MOUVEMENT EN PROFONDEUR?
ABDERRAHMANE MEKKAOUI: Je pense que ces changements à la tête de régions militaires dites hyper-sensibles ont été dictés par des soucis purement sécuritaires surtout la situation catastrophique en Libye où 14 milices se trouvent directement en face de l’ALN dans le désert algérien. Cela a été suivi aussi par création d’une nouvelle région militaire à Illizi qui dépend de la 4ème région militaire de Ouargla. Les généraux qui ont été mis à la retraite ne répondent plus aux normes de la situation instable dans la région. Plusieurs bataillons des Bérets Noirs », troupes d’élite ont été déplacés de Bechar et Tindouf vers la frontière algéro-libyenne. Cela a un rapport aussi avec la dernière mission du Général américain d’Africom en Algérie qui a incité les autorités de la défense d’entamer un processus de réaménagement et de reprofilage pour contrer toutes les menaces exprimées par Daech et Ansar Achariaa en Libye et en Tunisie où Okba Ibnou Nafia est l’extension d’Al-Qaida. Ce redéploiement était donc attendu vu les dernières déclarations du général –major Gaid Salah qui a accéléré les mutations dans toutes les régions et en particulier celles qui connaissent des défis sécuritaires au Sahel et en Libye et les manifestations des populations contre l’exploitation des gaz de schiste. Ces facteurs, endogènes et exogènes, s’accompagnent d’un verrouillage du système devant l’opposition démocratique qui a appelé la population à manifester dans les rues à cause de
la vacance du pouvoir. On relève aussi dans le cadre de ces changements la nomination du Général impopulaire Abdelghani Amel, (souvenons-nous que lorsqu’il était à la tête de la DGSN, les policiers avaient défrayé la chronique en observant des grèves de zèle), ce fidèle parmi les fidèles de Bouteflika, à la tête de la prestigieuse Garde Républicaine qui assure la sécurité du palais présidentiel. Aucun changement n’a été réalisé dans la 2ème région militaire face au Maroc ce qui signifie un changement dans la doctrine de l’ALN qui consistait à considérer le Royaume comme la source de son instabilité, voire de danger. Au même titre qu’au niveau de la première région qui, rappelle-t-on commande la capitale et en constitue son cœur palpitant à Blida. L’armée algérienne, en alerte maximale, est en butte à une instabilité à tous les étages.
LE PALAIS EL MOURADIA NE SEMBLE PLUS ENCLIN À COMPOSER AVEC LE CHEF D’ÉTAT-MAJOR QUI SERAIT, DIT-ON, SUR LE DÉPART AVEC À LA CLÉ UNE PROMOTION HORS NORME. CELA TRADUIT-IL UNE MÉSENTENTE QUELCONQUE ENTRE BOUTEFLIKA (ET/OU SON CLAN) ET LES CHEFS DE L’ANP?
A.M : Les mutations effectuées sont l’œuvre du système militaire lui-même sur le conseil de puissances étrangères. L’ALN a toujours contrôlé le Palais El Mouradia et jamais le contraire. A. Gaid Salah a terminé sa mission auprès de Bouteflika qui favorise de plus en plus le Général Abdelghani Amer porté récemment à la tête de la Garde Républicaines. Il y a lieu de rappeler que les deux généraux sont originaires de l’Est algérien, fief de Bouteflika. Quant à Gaid Salah, atteint par la limite de l’âge, il sera appelé à assumer des fonctions purement honorifiques eu égard aux services rendus. On peut dire sans risque de se tromper qu’il n’y a pas lieu de souligner une quelconque mésentente entre la présidence et l’armée tant que les intérêts convergent et que le processus de la transition suit la feuille de route telle que décidée par le centre névralgique du système. Les gardiens du Temple restent insensibles aux appels de l’opposition démocratique qui voit le pays virer vers le modèle libyen ou syrien. Comme ils restent insensibles aux multiples appels à une quelconque intervention en Libye pour contrecarrer le terrorisme. L’immobilisme algérien, fidèle en cela à sa doctrine de non intervention à l’étranger, contribue à immobiliser les autres tout en privilégiant le dialogue politique. Mais comment faire pour conjurer le danger, sans message clair, alors qu’en Libye s’activentpas moins de 1700 milices. C’est autour du dossier libyen qu’il faut noter la fracture entre nouvelle et ancienne garde au sein de l’armée. Des voix s’élèvent pour appeler à circonscrire le danger là il se trouve, sachant que tout pourrissement de la situation aura des conséquences gravissimes pour la stabilité de toute la région nord-africaine. Le ballon de feu ne s’arrête pas à Ghadamès.
EN FACE, IL Y A LE RETOUR EN GRÂCE DE MEDIENE, LE PATRON DU PUISSANT DRS. PRÉPARE-T-ON LE TERRAIN À CE QUE LE PUISSANT SERVICE DE RENSEIGNEMENTS COIFFE AUSSI L’ARMÉE, ÉPINE DORSALE DU SYSTÈME?
A.M : Je pense que Mohamed Lamine Medie
ne se trouve au bout du rouleau à cause de l’âge et de la maladie. Le DRS a toujours su renouveler sa peau en gardant les mêmes principes hérités du KGB soviétique. Si le DRS est revenu en force, grâce aux menaces qui pèsent sur l’Algérie, il faut croire que ce puissant service ne peut plus prétendre contrôler en quoi que ce soit une armée en cours de professionnalisation qui plus est bénéficie de l’injection de 13 milliards de dollars par an ce qui la place à la 3ème place du podium des armées arabes après l’Egypte et l’Arabie Saoudite. Devant la menace de Daech, on remarque une ouverture toute relative du DRS sur ses voisins pour endiguer le terrorisme djihadiste. Comme c’est le cas avec la Tunisie, l’Egypte et le Maroc.
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