8 mars … Moitié-moitié …

Faut-il célèbrer la journée internationale de la femme sous nos latitudes? Pince sans rire, des esprits chagrins feront la fine bouche en rappelant que dans le Royaume, « le chevel a sa semaine » annuelle. Et qu’il faut que beaucoup d’eau coule sous les ponts (même en période de sécheresse) pour que le principe de l’égalité consacré par la Constitution de 2011 soit traduit dans les faits. Le constat est donc bien là : tout évolue, en terme volumétrique, « moitié-moitié ». Il y a ceux qui préfèrent voir le verre à moitié vide. Pour dire que les Marocaines qui ont milité fermement pour arracher des acquis de haute lutte ont encore du pain sur la planche ne serait-ce que pour éviter que les avancées réalisées ne soient « siphonnés » par les sphères conservatrices qui aspirent à déployer leurs voiles sur la société. Et il n’est pas étonnant que l’agitation soit le lot des médias sociaux depuis qu’un étrange appel a été lancé depuis Tanger, à la veille de la journée internationale, pour que les femmes marchent dans les rues toutes voiles dehors. Le Haik en prime pour celles qui seraient atteintes d’agoraphobie.
Et il y a, bien sûr, ceux qui s’obstinent à ne voir que le verre à moitié plein pour assurer que la société a assez fait pour le genre. Et qu’à vouloir trop tirer sur la ficelle, l’équilibre risquerait d’être définitivement rompu. Et on comprend dès lors les raisons qui font que plus de quatre ans après son investiture, l’actuel gouvernement de coalition, piloté par les islamistes du PJD, continue à freiner des quatre fers pour que l’architecture légale qui consacre l’égalité, pleine et entière, reste toujours inachevée. On n’en voudrait pour preuve que les atermoiements constatés au niveau du département de la Famille, de la Femme et de la Solidarité. Le ministère dirigé par Bassima Hakkaoui qui tourne en dérision la société civile –associée dit la ministre à tous les processus de décision-, n’a pas encore réussi à faire passer les deux lois sur la violence contre les femmes (texte vidé de sa substance et donc consacrant l’injustice qui frappe de plein fouet la femme) et sur le travail domestique (texte qui achoppe sur l’âge légal).
Mais au-delà de toutes les joutes qu’une commémoration remet sur le tapis, force est de souligner que l’avenir de la femme au Maroc ne sera consolidé par de nouveaux acquis que lorsque le substrat culturel s’avère un terrain fertile pour l’éclosion de l’égalité. Et le meilleur des fertilisants en la matière, à n’en point douter, est bien celui qui a trait à l’éducation. Jamais la réforme de l’école ne s’est révélée aussi urgente. Osera-t-on franchir le Rubicon ?

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus