Mer de Chine : De l’huile sur le feu ?

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La Cour permanente d’arbitrage (CPA) de La Haye a rendu public son verdict sur le conflit qui oppose la Chine et les Philippines. Selon la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, Pékin n’a pas de «droits historiques» en mer de Chine méridionale, espace où se confrontent des intérêts économiques et politiques multiples. «Le tribunal juge qu’il n’y a aucun fondement juridique pour que la Chine revendique des droits historiques sur des ressources dans les zones maritimes à l’intérieur de la « ligne en neuf traits »», a indiqué la Cour dans un communiqué. Si Manille salue cette décision et appelle à la retenue, il faudra s’attendre à une réaction ferme de la part de Pékin. La veille, le Quotidien du Peuple, journal officiel du Parti communiste chinois, avait déjà affirmé que l’arbitrage était «une ruse contre la Chine, déployée et orchestrée par les États-Unis, utilisée par les Philippines, et avec la coopération du tribunal arbitral».
L’affaire s’avère des plus corsée à l’heure où Washington, qui vient de renforcer son alliance avec Manille, entend devenir le gendarme de la zone. L’amiral Harry Harris, chef des forces US qui croisent dans le pacifique avait assimilé les travaux d’aménagement auxquels s’adonnait la Chine au niveau de plusieurs îlots à une « grande muraille de sable ». Avions et navires américains multiplient depuis quelques mois les «opérations de libre navigation» à moins de 12 milles des îles disputées, prévenant à l’avance les autorités occupant l’île. Le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter, a mis en garde Pékin contre «toute action provocatrice et déstabilisatrice». Pour rappeler leur puissance, les Etats-Unis viennent de réaliser dans les eaux philippines des exercices militaires avec deux porte-avions, 140 avions de chasse et 12 000 hommes. De son côté, l’armée chinoise a démarré ce week-end des manœuvres d’envergure entre l’île d’Hainan et l’archipel des Paracels.
La Chine qui demande à ce que le différend soit réglé directement entre les deux Etats, a prévenu qu’elle ne reconnaîtra pas l’autorité des cinq juges dans cette affaire, qui selon elle concerne le tracé de ses frontières.
Depuis quelques années, la situation s’est beaucoup dégradée entre les pays frontaliers. Brunei, Malaisie, Philippines, Taiwan et Vietnam revendiquent des droits sur des îles ou des îlots. La Chine, elle, veut étendre sa souveraineté sur 80% de la zone, mettant en avant des «droits de passage historiques» qui n’ont pas de valeur légale. L’affaire revêt une dimension stratégique non négligeable si on considère que le tiers du commerce maritime de la planète transite sur ses eaux. Elle est aussi très riche en poissons et son sous-sol regorge de pétrole et de gaz. Depuis toujours, les pays voisins se disputent le contrôle des îles, qui servent d’abri contre les typhons et de postes militaires avancés. Les escarmouches sont parfois meurtrières, comme en 1974 et en 1988, entre le Vietnam et la Chine.
Cette mer semi-fermée, qui s’étend sur 3 000 kilomètres de long et 1 000 kilomètres de large, est bordée par les Philippines, la Chine, l’Indonésie, le Vietnam, Brunei, la Malaisie, Singapour et Taiwan. Elle est parsemée de milliers de récifs non identifiés, et de plus de 200 îles qui portent des noms différents selon les pays. Par exemple, l’archipel des Paracels est connu sous le nom de Xisha en Chine.
On comprend dès lors le basculement asiatique de la stratégie US. Ce qui a fait dire au Premier ministre australien, lors de la présentation d’un ambitieux Livre blanc de la défense, que dans les vingt prochaines années, la région indo-pacifique devrait héberger la «moitié des sous-marins et des avions de combat au monde».

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