A Washington, un autre « septembre noir » pour enterrer la cause palestinienne 

En Cisjordanie et dans la bande de Gaza, des nuées de manifestants ont protesté mardi 15 septembre contre la signature de l’accord de normalisation des relations entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Baptisé « Traité d’Abraham »,  ledit accord cherche à sacrifier la question palestinienne.

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Des nuées de manifestants ont protesté mardi 15 septembre contre la signature de l’accord de normalisation des relations entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn

L’armée israélienne a bombardé des sites de la bande de Gaza en réponse aux tirs de roquettes de l’enclave palestinienne vers Israël survenus dans la soirée de mardi. Ces tirs ont eu lieu alors qu’à Washington se déroulait la cérémonie de signature des accords de normalisation entre Israël et deux pays du Golfe, les Émirats arabes unis et Bahreïn.

Plus tôt, sur la place centrale de Ramallah, Al Manarah, des centaines de personnes se sont réunies, drapeaux palestiniens en main et pancartes qui dénoncent les « Traitres » ou encore qui disent « Non à la normalisation avec l’occupant ». Des leaders de toutes les factions étaient en revanche présents, côte à côte. S’y trouvaient des ministres de l’Autorité palestinienne, des membres de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), et d’autres du Hamas. Ils ont tous dénoncé les accords de la honte. Cette union qui a été scellée depuis Beyrouth enterre donc 15 ans de divisions entre Fatah et Hamas.

Ils sont unanimes à considérer la signature de cet accord de normalisation des relations entre les Emirats arabes unis, Bahreïn et Israël comme un « coup de poignard » dans le dos. Déçus de l’attitude de la Ligue arabe à l’égard de la cause palestinienne, du changement de paradigme et de priorité, tous prônent l’unité comme seule solution pour faire échec au « Deal du siècle » dont les manifestations commencent à se faire sentir auprès des pétromonarchies. « Nous avons espoir dans le peuple arabe, la nation arabe, mais nous en voulons surtout aux dirigeants de ces pays du Golfe, pas à la population », a toutefois tenu à préciser Marouf Arefai, membre de l’Autorité palestinienne. Un constat qui n’est pas dénué de fondement au regard des manifestations qui se déroulaient à Bahreïn contre un pouvoir qui « ne représente pas le peuple bahreïni » qui reste, lui, hostile à toute normalisation avec l’entité sioniste. Même à Abou Dhabi, les Emiratis commencent à s’organiser pour dénoncer la forfaiture des héritiers Ben Zayed. 

Lors d’une cérémonie en grande pompe dans les jardins de la Maison Blanche, le président américain a vanté un « moment incroyable pour le monde », « incroyable pour la paix ». Les Emirats arabes unis et Bahreïn deviennent officiellement les troisième et quatrième pays arabes à signer des accords de normalisation avec Israël, après l’Egypte et la Jordanie. « Après des décennies de divisions et de conflits, nous sommes témoins de l’aube d’un nouveau Moyen-Orient », a déclaré Donald Trump qui se trouve désarmé face aux desiderata de Benyamin Netanyahu. Le chef du gouvernement de l’occupation israélienne a quant à lui salué « le début d’une nouvelle ère », adressant un « que la paix soit avec vous » en arabe à « tous les pays » qui s’engagerait sur le même chemin pour la paix dans la région. Des négociations en ce sens seraient d’ailleurs en cours et en bonne voix, à en croire D. Trump qui affirme que cinq à six autres pays arabes seraient prêts à signer des accords similaires très prochainement.

S’ils ont joué eux aussi le rôle joué par l’administration Trump dans ces accords, les ministres des Affaires étrangères des Emirats arabes unis et de Bahreïn ont insisté sur le fait que ces accords étaient un premier pas vers une paix dans la région, mais qu’elle ne pouvait être durable qu’avec une solution à deux Etats entre Israël et la Palestine.

« Ces accords nous permettent d’apporter un soutien encore plus fort au peuple palestinien pour réaliser son rêve d’un Etat indépendant dans une région stable et florissante », a déclaré le ministre émirien des Affaires étrangères Cheikh Abdallah ben Zayed Al-Nahyane. Tout comme le chef de la diplomatie bahreini, il a remercié B. Netanyahu d’« avoir choisi la paix et arrêté l’annexion des territoires palestinien ».

Pourtant, dans les détails des accords rendus publics uniquement après la signature, aucune mention précise d’un arrêt des annexions.  Ces accords font beaucoup réagir côté palestinien. « Il n’y aura aucune paix, sécurité ou stabilité pour quiconque dans la région sans la fin de l’occupation et le respect des pleins droits du peuple palestinien », a ainsi assuré le président Mahmoud Abbas dans un communiqué. « Les tentatives pour contourner le peuple palestinien (…) auront de graves répercussions dont les Etats-Unis et l’occupation israélienne devront porter la responsabilité », a-t-il ajouté.

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