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Accélération industrielle : Panne technique ou systémique ?

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Si le plan d’accélération industrielle 2014-2020 souffle sa première bougie, aucun signe positif n’a encore surgi. Devant accélérer son développement, l’industrie nationale qui peine à redémarrer cale devant ses difficultés.

Pompeusement baptisé « Plan d’émergence aux écosystèmes performants », le plan dit aussi d’accélération industrielle s’est fixé 2020 comme date butoir, a fait le plein de promesses. Parmi les monts et merveilles promis, l’augmentation de 9 points la part du PIB industriel (14% à 23%) dans le PIB global et la création de 500.000 emplois à cet horizon. Douze mois plus tard, rien n’augure que le train de l’industrie a été mis sur les rails pour franchir les très ambitieux objectifs qu’il s’est fixé. Pis, les clignotants du secteur sont toujours dans le rouge. Une première lecture des récentes enquêtes relatives à l’activité industrielle, publiées par les différents conjoncturistes nationaux et internationaux, laisse présager qu’un rebond de l’industrie marocaine ne devrait pas intervenir dans l’année en cours voire même pas à moyen terme. Au ralenti, pour ne pas dire au point mort, l’industrie marocaine ne parvient toujours pas à trouver son second souffle comme en témoignent les résultats trimestriels de l’enquête mensuelle de conjoncture publiés le 24 avril par Bank Al Maghrib (BAM). D’après cette dernière, même si les entreprises sondées jugent le climat des affaires « normal », les craintes demeurent de mise. Les industriels affirment que la situation de leur trésorerie aurait été, quant à elle, « difficile», en liaison principalement, avec l’augmentation des impôts et des charges non financières, l’accentuation des difficultés de recouvrement, ainsi que le raccourcissement des délais fournisseurs. S’y ajoutent également, selon les chefs d’entreprises, les coûts unitaires de production qui sont « globalement en hausse ».
Autant dire que ces limites rendent difficile l’augmentation des effectifs, qui stagnent par rapport au trimestre précédent, voire donnent lieu à des pertes d’emploi. Celles-ci sont devenues, ces dernières années, quasi-constantes pour ce secteur qui croupit dans une léthargie sans pareille. L’industrie nationale, y compris l’artisanat, a perdu 37.000 postes d’emploi rien qu’en 2014, soit une baisse de l’ordre de 3% du volume d’emploi du secteur, et le double de la perte moyenne des trois années précédentes, estimée à 18.000 postes, selon la note d’information du HCP relative à la situation du marché du travail en 2014.
Défaillances élevées
Reflétant les difficultés des entreprises nationales, les pertes d’emploi sont dues essentiellement à l’augmentation incessante des défaillances. Celles-ci sont appelées à se maintenir pour ne pas dire à enfler. Ayant prévu un maintien de la croissance des défaillances d’entreprises au même niveau qu’en 2014, à savoir 10%, le spécialiste de l’assurance crédit Eulers Hermès vient de confirmer cette prévision dans son bulletin économique du 24 avril. Autant dire que les défaillances devraient toucher pas moins de 8.374 sociétés. Selon les pronostics pays dudit bulletin, les entreprises marocaines, à l’image de celles d’autres pays de la Méditerranée, font face à d’importants obstacles dégradant le risque pays. Selon les analystes d’Eulers Hermès « le Maroc, en général, se positionne comme un pays à risque moyen et comme un pays vulnérable en matière de risque de financement en particulier ». Le ministre qui envisage de créer la moitié des 500.000 emplois grâce aux IDE, se doit plus que jamais, de surveiller le financement, dont les marges restent limitées pour envisager croissance et débouchés, et se pencher sur l’amélioration de la compétitivité du pays. Cette dernière étant mise à rude épreuve aussi bien par le ralentissement du crédit du secteur privé que par l’augmentation des coûts salariaux unitaires qui pèsent sur l’économie marocaine. Mais ce qui contribue aussi à l’essoufflement du tissu industriel est aussi à situer au niveau d’un risque plus important ; l’apparition de plusieurs zones low-cost (à bas coût). Selon la même source, « le coût du travail en Espagne a baissé de 30% et de 46% en Grèce». Ces deux pays sont ainsi venus s’ajouter à la Roumanie qui a bien des avantages comparatifs par rapport au Maroc à ce niveau. Peut-être que le problème de la compétitivité ne se révèle pas trop à court terme mais à moyen terme, il faut se poser la question : est-ce que le coût du travail et la productivité vont assez bien et assez vite pour soutenir la concurrence.

Les promesses ne valant que par ceux qui y croient
Dans ce contexte, aucun signe d’accélération n’est perçu jusqu’à présent. Baignant toujours dans son marasme, l’encéphalogramme de l’industrie nationale est resté quasi plat depuis le lancement de ce plan. Et pourtant, l’Exécutif continue de multiplier les vœux pieux. Quelques mois après sa nomination, M.H. Elalamy s’est empressé d’enterrer le précédent plan industriel, baptisé « Pacte national pour l’émergence industrielle (PNEI) », qui n’a pas donné satisfaction en termes de réalisation d’objectifs avant même qu’il atteigne son échéance. Pour sortir du chapeau un nouveau plan aux objectifs utopiques. Des objectifs qui ont été confirmés par son patron, Abdelilah Benkirane, lors de la séance mensuelle consacrée à la politique générale du gouvernement quelques jours après. Le Chef du gouvernement avait affirmé que «ce chiffre (500.000 postes d’emploi) est exact et ne cache aucun subterfuge». Certes, l’approche qui consiste à placer haut la barre est louable. Et personne ne peut remettre en cause une quelconque approche volontariste. Mais s’agit-il vraiment d’un défi, à relever avec les moyens du bord et sur des bases réalistes, ou plutôt d’une gageure sans aucune forme d’assurance ? Ne fallait-il pas chercher des solutions pour arrêter l’hémorragie et rattraper les retards cumulés plutôt que de chercher à atteindre une contribution 23% au PIB. Une barre que l’on ne pourrait jamais franchir au rythme où vont les choses. A moins que le secteur n’arrive à progresser de 119% sur 6 ans, soit 17% par an au lieu des 4,2% enregistrés durant les dernières années. Sur le registre de l’emploi, pour atteindre le surréaliste objectif de production de 500.000 emplois, le secteur devrait en créer près de 84.000 par an (sur 6 ans). L’industrie, y compris l’artisanat, a créé 9.000 postes durant le premier trimestre 2015. Si le secteur parvient, dans le meilleur des cas, à maintenir cette cadence il ne pourra atteindre que 36.000 durant sa deuxième année de mise en oeuvre. Par conséquent, il ne va même pas compenser les 37.000 emplois perdus l’année dernière. Force est de constater que pour ce secteur, qui perd en moyenne 25.000 emplois par an, en créer 84.000 serait de l’ordre de l’absurdité. Rappelons que le secteur n’a pu créer en somme que 75.000 emplois sur les dix dernières années. Bon Sang ne saurait mentir. A moins que M.H. El Alamy dispose d’une autre liseuse de chiffres.

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