Agrumiculture: Contrat presque plein

L’an 1 du Plan Maroc Vert a été l’occasion pour la signature du contrat-programme de mise à niveau de l’agrumiculture 2008-2018. Dans le panier, la production des oranges devait être portée à 2,9 millions de tonnes par an, dont 1,3 million à l’export. A mi-parcours, le contrat est presque plein.

Du côté de l’Association des producteurs d’agrumes (ASPAM), on ne fait pas de mystère. Le contrat-programme signé en 2008 avec l’Etat avance bien. Déjà, on avance les chiffres clé à l’aune desquels on assure que les opérateurs ont bien assimilé les objectifs assignés : pas moins de 118.000 hectares ont été plantés, ce qui représente déjà plus de 10% des objectifs assignés. En terme de renouvellement et d’extension du verger, comme en matière de mise à niveau, les résultats sont des plus probants. Aujourd’hui, plus de 80% des surfaces dédiées ont été équipées en micro-irrigation. Ce qui représente un gain de 40% en apports hydriques sachant que pour chaque hectare d’agrumes, 8.000 à 8500 mètres cube d’eau par an étaient nécessaires. Aujourd’hui, ces apports ne dépassent pas les 5.500 à 6.000 m3. Et en attendant que les nouveaux vergers soient en pleine production, il faut dire qu’en terme de tonnage aussi, la filière a remporté le défi. Si la production 2014-2015 doit tourner atour de 1,9 million de tonnes (contre 2,2 millions de tonnes la saison écoulée), la moyenne annuelle se monte, elle, à 2,1 millions de tonnes. « Nous ne sommes plus très loin de l’objectif décennal», assure Ahmed Derrab qui chapeaute l’ASPAM. Bien entendu, pour afficher de tels résultats, «fabuleux » assure-t-on, l’Etat a tenu ses engagements, notamment en matière d’accompagnement des agrumiculteurs pour l’adoption de modes d’irrigation plus économes en eau (des soutiens allant de 80% jusqu’à 100% ont été prévus pour équiper en micro-irrigation les fermes), outre les primes à l’investissement pour l’achat de plants certifiés et agréés. Même en matière de valorisation de la production, des aides ont été programmés pour le renouvellement des stations de conditionnement et pour les équipements d’entrepôts frigorifiques. Cela sans compter l’encadrement technique dans lequel plusieurs acteurs publics se sont investis aux côtés des producteurs. ORMVA, INRA, EACCE, ONSSA étaient notamment de la partie… Mais si l’amont ne semble pas avoir souffert d’une quelconque défaillance, il n’en reste pas moins que le tableau est loin d’être idyllique dès lors qu’il est question d’évoquer le chapitre de la commercialisation. Un problème qui donne de l’urticaire aux producteurs aussi bien sur le marché domestique qu’à l’export. A l’ASPAM, on avance un « mea culpa» puisque cet aspect, très important, a été ignoré lors de la signature du contrat-programme. « Produire c’est bien, vendre c’est mieux, encaisser c’est l’idéal », c’est en ces termes que l’équation problématique de la commercialisation et des débouchés est résumée par A. Derrab. Un grand déséquilibre marque, en effet, le commerce des agrumes. Pas moins de 70% de la production sont absorbées par le marché local. Sauf que le marché local est peu rémunérateur pour les producteurs à cause notamment de la multiplicité des intermédiaires. Une réorganisation des circuits relève de l’urgence pour permettre à la filière de mieux exprimer son potentiel. A commencer par la révision de la taxe de 7% que les marchés de gros absorbent sans services rendus. L’organisation des producteurs en coopératives et/ou en groupements s’avère nécessaire pour que le gros de la plus value ne soit pas ainsi épongé par les circuits parasitaires. Et une normalisation est aussi à imaginer pour permettre une catégorisation de l’offre lancée sur le marché qui interdirait les tares du fardage des caisses dont pâtit le consommateur final.
Mais la malédiction de la commercialisation n’est pas tributaire du seul marché domestique. En effet, même à l’export, l’offre Maroc peine à se désengluer des 500.000 t, seuil annuel dans lequel elle reste enfermée depuis un quart de siècle. En 20015, la campagne export n’excèdera pas les 450 à 460.000 t (une contre-performance par rapport à 2014 : 585.000 t). Autant dire qu’à mi-parcours, le contrat reste inachevé alors que l’offre export devrait plafonner à 1,3 million de t en l’espace de dix ans. Des efforts sont à entreprendre sur les marchés traditionnels habitués à l’origine Maroc, comme le marché de l’U.E (360 millions de consommateurs). Car ce marché n’absorbe plus que 25% des exportations, soit autant que les marchés nord-américains, alors que la Russie 45%. Y réussira-t-on ?

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