Ahidous environnemental : Le bal de Benkirane

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Il pleut des météorites au Maroc. Le fait est incontestable. Mais personne n’ira jusqu’à soupçonner la présence d’une Zone 51 bis dans le Royaume, avec tout le mystère lié aux « petits hommes verts » qui avaient fait florès aux USA. Et pourtant ! Ne voilà-t-il pas que d’aucuns n’hésitent pas à se lancer tête baissée dans des conjectures des plus hasardeuses allant jusqu’à voir, et c’est le summum de la reptation intellectuelle, des anacondas nager dans quelque marigot du pays… Alors que de pareils reptiles n’ont jamais figuré dans les mauvais tours que font subir les charmeurs de serpents à cette partie de la faune marocaine exhibée de jour comme de nuit à Djamaa Lefna, haut lieu touristique de la ville ocre. A moins que le zoo de Témara qui communique fréquemment sur sa richesse ait la surveillance assez lâche pour laisser vagabonder son patrimoine hors du site dédié. Mais ce qui empoisonne davantage la chronique médiatique est bien le peu de cas que bien des confrères font de certains sujets d’actualité qui empoisonnent la quotidienneté et ses chroniqueurs. Et l’affaire des déchets, importés ou pas, est symptomatique de l’état délétère dans lequel s’embarque le débat politique national… Avec ce qu’il charrie dans son sillage comme réactions qui frôlent la démesure. A l’image de ce que des politiques colportent comme jugements à l’emporte-pièces du type « parasitage de la COP 22 ». En tout cas, s’il y a quelqu’un à plaindre dans ce sale dossier, c’est bien le gouvernement dans son ensemble, et non plus la seule ministre en charge du dossier de l’Environnement. Car le scandale est à la mesure du dédain affiché à l’endroit des industriels du plastique qui attendent toujours l’accompagnement idoine pour un recyclage propre. Car s’il est bien d’interdire les sachets en plastique qui empoisonnent la vie tout court, tel n’est pas le cas des autres emballages de la même matière dont la nocivité est mesurable à l’aune du bisphénol et de ses dégâts. Mais là, motus officiel et bouche cousue !
Certes, les Marocains ne sont plus les sujets mineurs que l’on croyait avant le 20 février. Ils l’ont d’ailleurs démontré en étant partie prenante au débat national engagé, faut-il le rappeler, sur et dans l’élaboration de la charte nationale de l’environnement. Ils échappent à la case dans laquelle des formations politiques se complaisent à les enfermer par mépris élitiste. Du coup, rien de plus normal à ce que la masse, cette « chose informe » qui domine clairement le net pour affirmer ses points de vue, réagisse vivement. En dénonçant le scandale des déchets importés. Comme le scandale des décharges incontrôlées type Médiouna, véritable marigot dans lequel trempent des circuits à la limite mafieux. On a beau dire que les déchets importés sont exempts de toute substance nocive et que les cimenteries sont outillées pour leur incinération sans dégâts, rien n’y fait. Et une simple visite aux alentours des fourneaux des cimenteries les plus « high-tech » renseigne, à moins que l’on ne soit volontairement aveugle, sur les rejets de… particules. Tellement leur accumulation sur les sols avoisinant les sites de production saute aux yeux ! Alors, la question qui doit se poser est celle qui a trait à la loi du pollueur-payeur. Ce qui n’exclue, en aucune manière, l’engagement d’un autre débat relatif à l’opportunité, ou non, d’importer les déchets. Elle représente combien cette plus value induite par l’incinération des déchets ? Plus, que pèse le secteur cimentier dans son ensemble, avec ses majors, dans la facture énergétique du pays ? Et que représente la facture sanitaire dans tout ce « laisser aller, laisser faire» qui fait le bonheur des décideurs, technocrates comme politiques ?
« Les enfants ont aujourd’hui un risque élevé à un niveau inacceptable de développer des troubles neuro-développementaux comme l’autisme, le déficit d’attention et l’hyperactivité, des déficiences intellectuelles et d’autres troubles de l’apprentissage ou du comportement », assurent chercheurs et cliniciens. Une cinquantaine d’entre eux a choisi de briser l’omerta aux USA en publiant dans la revue « Environnement Health Perspectives » un texte dans lequel ils parlent cause et effets. Le lien, clairement fait entre les polluants environnementaux et l’augmentation des troubles neuro-comportementaux chez les enfants, pousse ces autorités scientifiques à demander une révision profonde de la régulation des substances chimiques. Pesticides organophosphorés, retardateurs de flammes, pollution atmosphérique, plomb, mercure… Voilà autant de substances chimiques incriminées.
Alors, doit-on accepter, sans ciller, la volonté gouvernementale de maintenir en l’état le flux d’importation de déchets ou doit-on, ne serait-ce qu’en faisant valoir le principe de précaution, interdire pareil commerce ? Avec la convention de Bâle ou pas, le bal est encore loin d’avoir fini. Bien au contraire, on est face à un « Ahidous » des plus endiablés, comme ceux qu’adore un Abdelilah Benkirane.

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