Des militants égyptiens relaxés : L’arbre qui cache la forêt… `

Six militants égyptiens, dont la journaliste et blogueuse Esraa Abdel-Fattah, ont quitté les geôles, dimanche 18 juillet, soit quelques jours après que Washington ait exprimé ses préoccupations concernant les violations des droits humains dans le pays en 2014, les opposants égyptiens ont la vie dure.

Surprise, le parquet égyptien a ordonné samedi soir la libération d’Esraa Abdel-Fattah, 43 ans, à l’issue de près de 22 mois de détention provisoire sans jugement. En Egypte, selon la loi, les périodes de détention provisoire sans jugement peuvent être prolongées jusqu’à deux ans. L’avocat Khaled Ali a publié sur Facebook une photo de la militante après sa sortie de prison dimanche. Elle a bénéficié du même traitement réservé à cinq autres activistes, élargis après des mois de détention.
Connue pour avoir été l’une des fondatrices du « Mouvement du 6 avril » en 2008, à l’origine trois ans plus tard de la mobilisation de millions d’Égyptiens lors de la révolte ayant provoqué la chute de Hosni Moubarak dans le sillage du Printemps arabe, elle avait été arrêtée en octobre 2019 pour « diffusion de fausses nouvelles » et « collaboration avec un groupe terroriste ». Son arrestation avait provoqué de nombreuses critiques.
Opposée aux Frères musulmans à leur arrivée au pouvoir en Egypte en 2012, Esraa Abdel-Fattah avait soutenu les appels à renverser leur régime et les manifestations qui ont conduit au départ du président islamiste Mohamed Morsi. Elle avait aussi été emprisonnée à l’époque de Hosni Moubarak, après la création du « Mouvement du 6 avril » et son appel à une grève des ouvriers dans la ville de Mahalla dans le delta du Nil la même année.
La justice égyptienne a également décidé samedi de libérer le militant Abdel Nasser Ismaïl, leader du Parti de l’Alliance populaire (gauche), arrêté en septembre 2019 pour « participation à un groupe terroriste », selon des avocats des droits humains. Le journaliste et opposant égyptien Gamal El-Gammal, arrêté à son retour de Turquie en février, a également été libéré, tout comme l’avocate et militante des droits humains Mahienour El-Masry, ainsi que les journalistes Moataz Wadnan et Mostafa El-Asar.
La relaxe de ces militants est évaluée par des observateurs de la scène égyptienne comme une façon de rassurer à l’international, après que les États-Unis ont mis en garde le système égyptien contre le ciblage de militants des droits humains et indiqué que cela serait pris en compte lors de tractations en vue de ventes d’armes entre les deux pays alliés. Ces libérations « visent à calmer les tensions dans le pays et pourraient avoir un impact positif sur l’image de l’Égypte à l’étranger », estime Mustapha Kamel Al-Sayed, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire. « Mais je doute que ça change la situation car il y a beaucoup de prisonniers politiques »toujours en détention, ajoute-t-il.

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