Diplomatie partisane : A Rotterdam, A. Akhannouch ferme sur le dossier saharien

«Le Maroc n’examinera aucune option de partenariat n’incluant pas ses provinces du sud». C’est le message martelé, mardi 31 mai à Rotterdam, par Aziz Akhannouch lors de son intervention devant les participants au congrès du Parti populaire européen (PPE), rapporte le site du RNI, formation marocaine qui bénéficie du statut d’associé au sein de ce conglomérat politique européen.

«Le royaume a pris une position ferme sur la question du Sahara, et ce en œuvrant au développement de relations fondées sur l’honnêteté avec ses partenaires, et le respect de chaque partie des causes fondamentales et sacrées de l’autre», a précisé le président du RNI.

La position défendue par A. Akhannouch s’inscrit dans le sillage du discours du roi Mohammed VI prononcé le 06 novembre 2021, à l’occasion de la commémoration du 46e anniversaire de la Marche verte. «A ceux qui affichent des positions floues ou ambivalentes, Nous déclarons que le Maroc n’engagera avec eux aucune démarche d’ordre économique ou commercial qui exclurait le Sahara marocain », avait mis en garde le Souverain.

Pour rappel, la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a déjà annulé, en première instance le 29 septembre 2021, des accords avec le Maroc intégrant le Sahara occidental. L’UE a présenté un recours contre cet arrêt.

En marge de cette messe de la droite, A. Akhannouch a eu des entretiens avec le nouveau président du Parti Popular, indiquent des médias ibériques. A cette occasion, le chef du gouvernement a invité Alberto Núñez Feijóo à se rendre au Maroc, rapporte la Radio Cope. Le responsable espagnol a annoncé qu’il essaierait d’effectuer la visite au cours de cette année.

Des sources au PP ont, par ailleurs, confié à Cope qu’A. N. Feijóo a rassuré son interlocuteur marocain de «son engagement à maintenir une relation de bon voisinage et de loyauté avec le Maroc et sa volonté de mener une politique étrangère fiable», dans laquelle tout accord «se réalise dans la transparence, soit durable et bénéficie du consensus parlementaire», ajoutent la radio espagnole.

De son côté e El Mundo, autre média proche de la droite classique, a traité le même sujet, avec en prime des déclarations d’A. N. Feijóo qui a affirmé qu’en programmant une réunion avec A. Akhannouch, il souhaite que le Maroc sache sa position sur la question du Sahara occidental. A ses yeux, «le problème du Sahara ne peut pas être résolu avec une lettre clandestine. Il faut mettre la lumière sur le problème selon la transparence et les accords internationaux. C’est exactement le contraire de ce qu’a fait le gouvernement (socialiste aujourd’hui aux affaires). La clandestinité ne peut résoudre un problème international mais génère plus de problèmes, plus de tensions, plus d’incertitude et moins de responsabilité envers le peuple sahraoui, envers le Maroc et envers les Nations unies». Et d’expliquer qu’il est impératif «de revenir au sérieux en politique étrangère» de son pays, comme «de ne pas aviser le Maroc d’une action avec le chef du Front du Polisario, entré illégalement en Espagne avec la bénédiction du gouvernement de la nation».

Le président du P.P, qui se voit déjà dans les habits du prochain chef de l’exécutif espagnol, a décliné les principes devant guider sa politique marocaine. «Ce que je peux assurer au Premier ministre marocain, premièrement, est que je ne vais pas le tromper et je ne vais pas non plus tromper mon pays. Deuxièmement, tout ce que je vais entreprendre, je vais essayer de le faire par consensus afin qu’il soit durable (…) Et troisièmement, de lui dire très clairement que dans le cadre des résolutions de l’ONU, nous pouvons être d’accord sur beaucoup de choses mais en dehors des résolutions de l’ONU, les pactes ne vont pas produire d’effets internationaux», a-t-il expliqué.

Ces déclarations entonnées par A. N. Feijóo pourraient-elle résister à l’épreuve du pouvoir, comme des faits? La question mérite d’être posée à la lumière de l’expérience passée. Mariano Rajoy, dernier Galicien à gouverner l’Espagne, avait eu en 2004 alors qu’il était dans les rangs de l’opposition, une lune de miel avec le Polisario. Mais une fois à la Moncloa, de novembre 2011 à juin 2018, les intérêts économiques, politiques et sécuritaires avec le royaume ont pris le dessus, le poussant à abandonner ses anciennes promesses faites au Front.

Avant son investiture en juin 2018 en tant que Premier ministre, Pedro Sanchez avait également défendu le «droit du peuple sahraoui à l’autodétermination». Felipe Gonzalez, avec sa casquette d’opposant, s’était même rendu, le 14 novembre 1976 dans les camps de Tindouf pour prononcer un discours largement en faveur du Polisario. «Notre parti (le PSOE) restera à vos côtés jusqu’à la victoire finale», avait-il promis…

Sur ces revirements, qui mieux que Brahim Ghali, chef des séparatistes du Polisario dont la visite en Espagne avait jeté le froid sur les relations avec le Maroc, pourrait les expliquer. La semaine dernière, le chef du Polisario a affirmé à la chaîne Telecinco que «dans l’opposition, les partis espagnols adoptent des positions» qu’ils abandonnent une fois arrivés à la Moncloa.

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