Du Makhzen, du PJD et d’autres choses: Entre clarifications et faux fuyants

La situation du pays est peu reluisante. Il suffit d’écouter les banquiers pour s’en convaincre : l’économie qui tourne au ralenti est au bord de l’arrêt. Ce que d’ailleurs les statistiques officielles confirment en creux… Même si le ton est à l’optimisme. Le chômage, aussi endémique que galopant, est la plaie qui représente un véritable déversoir de toutes les frustrations socio-économiques qui s’expriment, localement, avec plus ou moins de virulence. D’Al-Hoceima à Jerada, de Zagora à Essaouira, tout cela mis bout-à-bout conduit à dire que le corps social profondément atteint par la crise, se craquèle et donne lieu à des irruptions cutanées qui risquent de se transformer en abcès. Dans le même temps, la majorité aux affaires semble manquer de vision pour endiguer, dans un premier temps, les raisons de la frustration sociale, et établir un canevas de travail susceptible de redonner espoir à une opinion qui suit avec inquiétude un Royaume en effervescence. Dans le meilleur des cas, le chef du gouvernement recourt aux commissions pour plancher, on imagine toutes affaires cessantes, sur  tel ou tel problème à l’ordre du jour. Saad Eddine Othmani a la tête dans le guidon et s’agite en tous sens pour garder l’équilibre et éviter de se retrouver à mordre la poussière.

Tout cela a de quoi donner froid au dos.

Car cela rappelle, à bien des égards, que le Maroc patauge dans un marécage de problèmes, faux et/ou vrais, qui le tétanisent et l’empêchent de prendre l’envol nécessaire pour réaliser le saut qualitatif susceptible de le tirer vers le haut. Dès lors, face au cumul des problèmes à traiter, le tout dans l’urgence, on oublie le cap et on se concentre sur les solutions à portée de main : cela s’appelle, il n’y a pas d’autre mots pour le dire, du replâtrage. On s’empresse de faire place nette, quitte à mettre la poussière sous le tapis, pour donner l’impression d’avancer proprement. C’est l’illusoire qui alimente l’illusion.

Les preuves s’accumulent quant au degré de cécité des responsables gouvernementaux. Des ministres collectionnent gaffes et approximations au point de devenir la risée d’une opinion avide de changement. On comprend la colère royalement exprimée à l’endroit de l’Exécutif, des élus et de la classe politique qui meuble les institutions. Sans valeur ajoutée. Ou presque. Les fragilités dont souffre le pays sont pourtant connues de tous : vulnérabilité aux aléas climatiques, dépendance des carnets de commandes façonnés ailleurs, sous-valorisation des richesses locales prouvées et non prouvées, évolution du dossier saharien…

Tout cela fait frissonner lorsqu’on se rend à l’évidence que le pays n’a absolument pas la main sur tous ces dossiers. Même le capital humain qui ne demande qu’à être valorisé est laissé à l’abandon. Et le drame dans tout ça c’est qu’à la moindre bourrasque, tout le château de cartes édifié risque de s’effondrer.

A qui doit-on imputer la responsabilité ?

Au PJD qui est aux commandes d’une majorité aux affaires ? Assurément. Sauf les aveugles peuvent soutenir le contraire en assurant que nos pauvres apprentis responsables sont empêchés de travailler. Car ce serait assurer le recyclage du discours de victimisation qui nous a été servi ad nauseam par les leaders islamistes. N’est-il pas vrai qu’Abdelilah Benkirane a de tout temps fait miroiter plein de promesses sans réussir à les honorer au motif que des « crocodiles » l’empêchaient d’avancer ? La lutte contre la corruption fait du surplace et n’empêche nullement ce cancer de se généraliser à toutes les strates de la société. Même nos enfants trichent à l’école ! Que dire sur la déconstruction du système de rente qui a tendance à se reproduire à l’infini ? Et où en est le combat contre le népotisme, le favoritisme et les abus de position dominante ? Qu’a fait cette formation qui fait grand cas de la vertu et de sa promotion pour faire avancer les chantiers de la démocratie et de la séparation des pouvoirs ? Nada. Tout au plus leur ancien leader s’est-il permis, à la veille des législatives, de ruer dans les brancards en dénonçant le « Tahakkoum », cette dérive dont on affuble un Makhzen considéré toujours comme éminemment invasif. Pourtant, le même A. Benkirane avait les cartes en main pour tirer la pratique constitutionnelle et institutionnelle du pays vers le haut. En donnant de la consistance aux dispositions de la Constitution et en clarifiant le jeu de rôles dans la gestion des affaires du pays. Mais au lieu de cela, l’ancien leader islamiste qui croit en un retour triomphal sur la scène, a choisi d’adopter un profil bas alors que le climat politique était plus propice à faire avancer les institutions sur la voie royale de la monarchie parlementaire. Nul ne lui aurait tenu grief s’il avait osé assumer pleinement ses responsabilités en négociant le partage des périmètres du pouvoir. Il aurait gagné le respect de l’institution monarchique et fait le meilleur des cadeaux au pays en clarifiant le jeu politico-institutionnel. Mais la logique de ce qui est à César est à César n’aura pas prévalu rendant ainsi la recherche d’un compromis avec le Makhzen, cette institution à la tête de laquelle se trouve le Roi, un exercice de tous les temps.

Six ans sont partis en fumée ! Sauf pour le PJD qui a pu et su comment infiltrer les appareils de l’Etat via des nominations clé. Ce qui le prédispose à jouer encore des rôles de premier ordre quand bien même la rhétorique de la victimisation serait usuellement exploitée pour jeter de la poudre aux yeux des militants de base peu flexibles, comme c’est la cas de la jeunesse du parti, et de l’opinion encore flouée par le discours moralisateur qui leur a été servi par cette formation.

Que déduire dès lors de la surenchère politico-politicienne à laquelle se livre A. Benkirane en présence de Saad Eddine El Othmani, patron du parti et chef du gouvernement ? En se réclamant « royaliste » tout en s’interdisant d’être « makhzénisé » pousserait-il son alter égo à faire valoir la négociation d’un nouveau contrat avec la monarchie ? La question se pose non sans acuité puisque même le nouveau patron du PJD laisse clairement entendre que le parti qu’il chapeaute est ciblé. Tout cela a le mérite d’être étalé sur la table. Mais plutôt que de persister à vouloir le beurre et l’argent du beurre, n’est-il pas plus opportun et plus habile de soumettre un mémorandum à qui de droit pour éviter au pays de se perdre en conjectures ? Jusqu’à preuve du contraire, le Roi n’a pas cherché, en la critiquant même vertement, à brimer la classe politique. Bien au contraire, il faudra y voir une perche tendue pour faire preuve de plus de vigueur et de courage politique à assumer les choix que la situation exige. Le PJD osera-t-il franchir le Rubicon ? Seul l’avenir apportera son lot d’éclaircissements. En attendant, il est désolant de voir les élus de cette formation engager des batailles d’arrière-garde en vidant la proposition de l’USFP qui vise à interdire le cumul des mandats de sa substance. Pour que survive la rente politique. Dommage !

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