Guerre des étoiles: Les USA à la quête de la suprématie  

Le chef d’état-major de l’US Army, le général David Goldfein a annoncé qu’une guerre menée dans l’espace ne serait plus que l’affaire de quelques années. Dans un discours prononcé lors du symposium sur la guerre aérienne de l’Air Force Association, en Floride, le général David Goldfein, a déclaré qu’il était temps «d’embrasser la supériorité spatiale avec la même passion et le même sentiment d’appartenance qu’à la supériorité aérienne aujourd’hui», rapporte Space News.

«Il ne s’agit pas de savoir si mais quand les aviateurs se battront dans l’espace», a prévenu Goldfein, tout en insistant sur le fait que l’Armée de l’Air devait être plus à l’écoute de ce qui se passe dans l’espace et considérer l’espace comme un front clé d’une bataille.

«Je pense que nous allons nous battre depuis l’espace dans quelques années. Et nous sommes [les forces aériennes des États-Unis, ndlr] le service qui doit mener les combats en commun dans ce nouveau domaine contesté. C’est ce que la nation exige», a-t-il déclaré.

Plus, Goldfein a estimé que pour augmenter le potentiel de combat des États-Unis, il faudrait intégrer le renseignement et les possibilités de communications sur tous les plans: dans l’air, en mer, dans le cyberespace ainsi que dans l’espace.

Pour se préparer à se battre depuis l’espace, l’armée de l’air devrait, toujours selon le général, investir dans de nouvelles technologies mais aussi dans la formation de commandants. Le militaire a également précisé qu’il avait chargé le lieutenant-général Steven Kwast, commandant du centre d’apprentissage et de formation dans les airs, d’élaborer un programme pour former les officiers et les sous-officiers aux opérations spatiales.

Selon les informations de Space News, le budget américain consacré aux programmes spatiaux en 2018 est de 7,75 milliards de dollars, soit 20% de plus qu’en 2017. L’année prochaine pourrait également connaitre une augmentation du budget dans ce domaine, jusqu’à 8,5 milliards de dollars.

Des spécialistes prêtent aux États-Unis son recours, dans l’éventualité d’un conflit spatial, aux « armes nucléaires». D’après H.R. McMaster, conseiller à la sécurité nationale, son pays serait prêt pour tout conflit qui aurait lieu dans l’espace. Il a déclaré en marge d’une récente réunion du Conseil national de l’espace qu’il n’est pas vraiment illégal pour un État de chercher la domination dans l’espace. « Je dirais que les États-Unis ne sont pas vraiment le seul État qui cherche la domination dans l’espace. Si vous regardez la course spatiale classique entre les États-Unis et l’URSS, il s’agissait vraiment de chercher cette domination. Alors, cela fait partie du cercle spatial depuis un certain temps maintenant ». Aux yeux de cet expert US, «  tout État qui possède des capacités militaires spatiales, de façon vérifiable, va amener d’autres États à le faire. Cependant, je pense que les trois États dont nous avons parlé (USA, Russie et Chine) tirent profit actuellement de l’ambiguïté de la loi, et ils ne veulent pas vraiment arrêter ce processus, ce qui fait qu’il y a un problème. Il en résulte que, si un État augmente ses capacités, il incitera les autres à le faire. »

Devant cette effervescence, la Première Commission de l’Assemblée générale des Nations unies a approuvé la résolution sur la prévention d’une course aux armements dans l’espace. Pourtant, USA, France, Royaume-Uni, Israël et Ukraine ont voté contre. L’Assemblée générale compte lancer les pourparlers pour élaborer un document juridiquement contraignant sur la démilitarisation de l’espace. La résolution n’a pourtant aucune chance d’être adoptée au Conseil de sécurité des Nations unies, dont trois États membres permanents ont voté contre.En se mettant à dos une bonne partie de la communauté internationale. A rappeler que la Première Commission de l’AG de l’ONU chargée des questions de désarmement et de sécurité internationale a approuvé à la majorité le projet de résolution intitulé «Mesures pratiques pour prévenir une course aux armements dans l’espace». Un document soutenu par les représentants de 121 États avec 45 abstentions (essentiellement des diplomates de pays européens).

Les auteurs de la résolution appellent instamment à ouvrir immédiatement les négociations sur la mise au point d’un document juridiquement contraignant qui interdirait de déployer des armes dans l’espace.

La Première Commission a également approuvé plusieurs autres résolutions concernant la démilitarisation de l’espace. D’après l’information publiée sur le site de l’Onu, les documents ont été initiés par la Russie et les USA n’en ont approuvé aucun.

Le représentant de Washington s’est notamment opposé au projet de résolution interdisant «le déploiement en premier d’armes dans l’espace».

La Russie a attiré l’attention de la commission sur l’importance de préserver l’espace extra-atmosphérique afin de pouvoir continuer à effectuer des recherches purement pacifiques. D’après Moscou, des mesures irresponsables ont été entreprises dans le secteur spatial par le passé, qui ont poussé le monde au seuil de la catastrophe, souligne le site de l’Onu.

Les représentants russes pensent qu’une campagne sans précédent a été lancée pour discréditer les tentatives de la communauté internationale de prévenir la course aux armements dans l’espace. A cet égard, les diplomates russes ont appelé les pays membres de l’Onu à empêcher l’hégémonie d’un seul État (sous-entendu les USA) dans l’espace extra-atmosphérique.

Comme l’a expliqué le représentant de la délégation américaine au sein de la Première Commission, les résolutions ne donnent pas de définition suffisamment claire des armes qui doivent tomber sous le coup de l’interdiction.

D’après Washington, les armements antisatellites terrestres (qui seraient à disposition de la Russie et de la Chine, comme sont persuadés les USA) ne correspondent pas aux «exigences de transparence et de confiance». C’est pourquoi il est nécessaire d’instaurer un régime d’inspection des systèmes antisatellites.

Le représentant américain au sein de la commission a déclaré que la résolution interdisant le «déploiement en premier d’armes dans l’espace» n’était pas dans l’intérêt des USA en matière de sécurité. Il a noté que Washington était prêt à évoquer au niveau des experts gouvernementaux les paramètres d’un éventuel accord avec Moscou et Pékin sur la démilitarisation de l’espace.

La Russie et la Chine ont exprimé plusieurs fois leurs préoccupations quant aux projets US de conquête militaire de l’espace. Il est question d’un éventuel déploiement en orbite d’appareils capables de neutraliser des satellites, d’éliminer des missiles et des cibles terrestres.

La militarisation de l’espace est une composante de la mise en place de la défense antimissile globale des USA (ABM). Le Pentagone y travaille depuis 1983 dans le cadre du programme Initiative de défense stratégique (IDS), qui vise à mettre au point un système de défense antimissile avec des éléments installés dans l’espace.

Les USA comptaient développer une arme fonctionnant selon des «principes physiques différents». Avec la fin de la Guerre froide, l’IDS a été gelé mais le Pentagone n’a pas suspendu les travaux de développement sur la création d’armes spatiales.

Comme le rapportent les médias américains, Moscou et Pékin craignent particulièrement le laboratoire volant américain Boeing X-37, qui rappelle le vaisseau soviétique Bouran. Selon les informations ouvertes, le Boeing X-37 peut transporter des cargaisons en orbite.

Le commandement américain ne dévoile pas les missions que remplit cet avion unique. Les experts russes supposent que le Boeing X-37 peut être utilisé pour le renseignement, par exemple pour inspecter les satellites et éventuellement les mettre hors service.

Les spécialistes militaires occidentaux sont persuadés que Moscou et Pékin ont considérablement avancé dans le développement d’armements antisatellites terrestres. Ils prétendent que la Russie teste le missile antisatellite PL-19 Noudol, et la Chine le missile extra-atmosphérique Dong Neng-3 (DN-3).

Selon les prévisions de l’Institut international d’études stratégiques (IISS), la course aux armements spatiaux continuera de prendre de l’ampleur. Les analystes annoncent que le nombre de satellites militaires sera supérieur à mille d’ici 2020. A l’heure actuelle, les USA disposent de 127 satellites différents contre 94 pour la Russie et 72 pour la Chine.

Aux yeux de nombre d’experts, le contrôle de l’espace extra-atmosphérique permet de suivre la situation dans toute région du monde, et que le déploiement d’armes en orbite offre la possibilité d’infliger des dégâts maximaux à un grand nombre de cibles dans les plus brefs délais.

 

Comments (0)
Add Comment