La République de la Barbade est née : Les derniers liens avec la couronne britannique brisés…

L’île connue pour ses plages paradisiaques, son rhum et pour être le lieu de naissance de la superstar mondiale Rihanna a désormais pour cheffe d’Etat une autre femme, Sandra Mason, jusque-là gouverneure générale du pays, après son élection en octobre au suffrage universel indirect.
S. Mason a prêté serment à minuit lundi soir dans la capitale, Bridgetown, lors d’une cérémonie officielle marquée également par le remplacement de l’étendard de la reine par le drapeau présidentiel.
Cette cérémonie, en présence du prince Charles, fils d’Elizabeth II, et de Rihanna, n’était toutefois pas ouverte au public mais le couvre-feu dû à la pandémie a été suspendu pour que les habitants puissent profiter des festivités, dont des projections et des feux d’artifice à travers l’île.
La Barbade reste membre de l’organisation du Commonwealth, ainsi que l’a relevé Boris Johnson, Premier ministre britannique, dans un communiqué. « Nous resterons des amis et alliés loyaux, en nous appuyant sur les affinités et connexions durables entre nos peuples et sur le lien spécial du Commonwealth », a écrit B. Johnson.
À la Barbade, le prince de Galles a été rattrapé par une polémique qui a éclos au cours du week-end sur des remarques qu’il aurait faites il y a quelques années à propos de la couleur de peau des futurs enfants du couple formé par son fils Harry et Meghan Markle.
Ces remarques, rapportées dans un livre à paraître mardi, ont été démenties par les services du prince Charles: « Il s’agit de fiction et ne mérite pas d’autre commentaire », a déclaré un porte-parole de Clarence House.
Les questions de l’influence britannique et du racisme ont été déterminantes dans la décision de la Barbade de devenir une république, l’île étant encore marquée par l’héritage de plusieurs siècles d’esclavage.
Des critiques visaient déjà l’invitation du prince Charles par la Première ministre barbadienne Mia Mottley, qui doit lui remettre la plus haute distinction de l’île, l’Ordre de la Liberté (« Order of Freedom »).
« La famille royale britannique est coupable d’exploitation dans cette zone et pourtant, elle n’a présenté aucune excuse officielle ou forme de dédommagement pour les préjudices passés », estime Kristina Hinds, professeure de relations internationales à l’université des Indes occidentales à la Barbade.
Pour certains militants, comme Firhaana Bulbulia, fondatrice de l’Association musulmane de la Barbade, la colonisation britannique et l’esclavage sont ainsi directement responsables des inégalités sur l’île. « Les écarts de richesse, la capacité à être propriétaire, même l’accès aux prêts bancaires, tout cela est lié aux structures créées sous le pouvoir britannique », soutient la jeune femme de 26 ans. « Les chaînes physiques (de l’esclavage) ont été brisées et nous ne les portons plus, mais les chaînes mentales persistent dans nos esprits », lance-t-elle.
Mais certains habitants pointent l’existence de problèmes plus urgents, notamment la crise économique causée par la pandémie de Covid-19, qui n’a fait que souligner la dépendance du pays envers le tourisme, en particulier issu du Royaume-Uni.
Avant l’émergence du virus, l’île aux eaux cristallines était visitée chaque année par plus d’un million de personnes.
Le calme des rues habituellement animées de Bridgetown, le nombre dérisoire de visiteurs et une vie nocturne moribonde témoignent aujourd’hui des difficultés de cette perle des petites Antilles, qui compte environ 287.000 habitants.
Le chômage atteint près de 16%, en hausse de 9% par rapport aux années précédentes, en dépit de l’augmentation des emprunts gouvernementaux pour financer des travaux du secteur public et créer des emplois.

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