La spirale de la violence à Al-Hoceima: Un jeu à somme nulle!

Ni « Hyde Park », ni « arbre à palabres » pour les jeunes d’Al-Hoceima excédés par les promesses non tenues de lendemains qui chantent. Les protestataires n’ont que le macadam à battre pour exprimer leur colère vis-à-vis d’un legs fait de marginalisation et de sous-développement. Et même les projets signés devant le Roi en 2015 pour faire de cette ville un Phare de la Méditerranée sont restés en plan… Jusqu’au jour où la colère royale s’est exprimée en conseil des ministres pour que toute la lumière soit faite sur les défaillances constatées. Et ce sont les manifestations qui perduraient dans la région qui ont agi comme révélateurs de l’incurie ambiante. Lamentable situation qui allait permettre à quelques agitateurs « hors sol » de radicaliser, à grand renfort de messages sur le web, un mouvement social avec lequel le système démocratique, en construction dans le pays, pouvait bien s’accommoder. Plusieurs signaux royaux, directs ou non, ne prêtaient guère à confusion. D’abord, il s’agit de traiter les prévenus du Hirak du Rif avec les égards que l’Etat de droit exige. Ensuite, les enquêtes diligentées pour définir qui est responsable de quoi dans le cafouillage qui a marqué la gestion des projets du Phare de la Méditerranée. Et last but not least, la réaffirmation ex cathedra de la légitimité des revendications exprimées par les manifestants d’Al-Hoceima, le chef de l’Etat français, en visite dans le Royaume, ayant confirmé l’intérêt porté par le Souverain à ce qui se déroule dans cette région rifaine. Intérêt qui s’est exprimé par les ordres adressés aux forces de l’ordre d’opérer un retrait partiel de la zone en attendant que le processus de normalisation puisse s’accomplir. La noria des visites ministérielles devant y contribuer largement, d’autant que l’Exécutif a fait montre de sa disposition à tout mettre en œuvre pour rattraper les temps perdus.
Mais qu’est-ce qui s’est passé entre-temps pour que « le chameau terrasse tout ce qui a été emblavé »? Qui a œuvré pour convaincre que l’injonction d’interdire la manifestation du 20 juillet allait passer comme une lettre à la poste ?
Assurément, la gestion sécuritaire stricto sensu s’avère inopérante telle qu’elle est conçue. Quant bien même la manifestation n’aurait pas réussi à mobiliser les foules, elle a quand même été contrée avec brutalité. Le bilan des confrontations est lourd : 72 éléments des forces publiques ont été blessés à des degrés plus au moins graves « suite à leur provocation et à des jets de pierres lancées par certains individus encagoulés », et onze personnes parmi les manifestants ont été également blessées suite à l’usage du gaz lacrymogène, indique, jeudi soir, un communiqué de la préfecture de la province d’Al Hoceima. Plus, trois cas critiques ont été évacués par les airs vers l’hôpital militaire de Rabat pour y suivre les soins idoines.
On imagine l’atmosphère de peur qui règne aujourd’hui à Al-Hoceima et dans les localités avoisinantes. Pis encore, l’inquiétude gagne aussi tout marocain qui ne rêve que d’un pays fort, stable et où il fait bon vivre, dans un système démocratique et respectueux des droits humains. Surtout lorsqu’il constate que le logiciel politico-sécuritaire a du mal à s’articuler avec les dispositions de la Constitution. Certes, nul n’osera dire qu’il faut interdire de tout interdire. La démocratie est faite de droits et d’obligations pour tous. N’empêche que c’est aux responsables de faire montre d’une plus grande intelligence dans la gestion des crises que toute société non figée est appelée à vivre. En étant prédictifs et proactifs. C’est à cette aune là que sont jaugés visionnaires et stratèges. Une espèce qui se fait rare par les temps qui courent. Dommage que le pays soit ainsi livré à une spirale où la violence qui l’agite s’apparente à un jeu à somme nulle.

 

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