La Tunisie dans l’attente: Ennahda se lézarde…

Alors que les tractations pour la formation du gouvernement tunisien, le premier depuis l’accession de Kaïs Esaïd à la magistrature suprême, le parti Ennahda qui assure le tempo de la vie tunisienne a tendance à se lézarder. Payant ainsi lourdement le fruit de ses tractations politico-politiciennes.

En Tunisie, tout semble normal. Mais en surface seulement. Ainsi, l’assemblée des représentants du peuple (ARP) a tenu vendredi une séance plénière pour annoncer la composition des blocs parlementaires et de l’assemblée. Faisant suite à la réunion des présidents de blocs parlementaires, tenue mercredi autour de la question de la répartition des quotas et des responsabilités au sein du Bureau de l’assemblée, ainsi que sur l’accès aux autorisations de formation des blocs parlementaires.
Au cours de la réunion, il y a eu répartition des tâches d’assistant du président de l’assemblée au niveau du bureau de l’ARP entre les blocs, conformément à la règle de la représentation proportionnelle stipulée par le règlement intérieur de l’assemblée des représentants du peuple.

Mais derrière ce calme de façade, tout bout. Ainsi, les informations en provenance de Dar Dhiafa à Carthage laissent croire que le chef du gouvernement désigné, Habib Jemli aurait suspendu les consultations qu’il avait entamées depuis quelques jours avec les partis politiques, les organisations nationales, des représentants de la société civile et des personnalités tunisiennes. Sans explication aucune.

Contrebalançant cette version des faits, on évoque aussi une entrevue tripartite entre Habib Jemli, Youssef Chahed et Mohamed Abbou. Rencontre provoquée par la naissance, mercredi, du bloc démocratique formé par Attayar et le mouvement Ach-chaâb et quatre élus indépendants.
Ce qui en fait la deuxième force politique au sein de l’Assemblée avec 41 députés.
Une réalité devant compliquer la tâche à tout gouvernement investi au regard des multiples chantiers de réformes attendus.
Autant dire que la victoire aux législatives 2019 n’est vraiment pas une sinécure pour Ennahdha. Car gouverner en « front line » sans réelle assise politique s’avère très délicat. Ceci est d’autant plus vrai lorsqu’on mesure les risques encourus dans toute alliance avec cette formation islamiste.
Résultat, aujourd’hui, le parti islamiste peine à trouver un parti ou partie qui accepterait d’entrer dans ce jeu d’alliance qui risque de coûter cher ensuite.

Et cerise sur le gâteau, Ennahda donne de lui une image pâle. Pour conjurer le mauvais sort, les uns et les autres rappellent ce à quoi est allé Abdelhamid Jelassi lorsqu’il a avancé qu’Ennahdha devrait peut être « composer avec Qalb Tounes » et « être francs avec nos électeurs sur la difficulté de la situation. Il faudra que nous leur expliquions que les choix qui s’offrent à nous sont limités. On demandera au chef de l’Etat de désigner un chef du gouvernement. Cela reste aussi une option…Si les choses nous semblent en contradiction avec nos valeurs, nous nous placerons alors dans l’opposition ».
Jusqu’ici, Ennahdha et son chef, Rached Ghannouchi,  refusent de gouverner avec le parti de Nabil Karoui, arrivé second.
Par ailleurs, « les démocrates » refusent de se mettre aux côtés de certains partis et certains exigent même des ministères régaliens. Ce qui renforce le malaise d’ Ennahdha. Un malaise qui trouve son paroxysme dans la démission du secrétaire général du parti et non moins enfant gâté du Cheikh Ghannouchi.
Zied Laâdhari, vient de publier ce jeudi 28 novembre sur son compte facebook une précision qui explique qu’il a décidé d’abandonner toutes ses responsabilités partisanes.

Z. Laâdhari souligne que la décision n’a pas été facile pour lui.
« Toutefois, après mûre réflexion, je me trouve cette fois contraint d’abandonner toute responsabilité au sein du parti ou du gouvernement ».
Il écrit, « je ne suis guère satisfait du tournant pris par notre pays depuis un certain temps, notamment certaines grandes décisions prises par mon parti ces derniers temps. Je n’ai pas réussi à convaincre la direction de mon parti à propos de sujets vitaux, et en même temps je n’ai pas été convaincu par des décisions de la direction du parti, dont la dernière a trait à la formation du prochain gouvernement. Au contraire, j’ai le sentiment qu’on commet les mêmes erreurs que par le passé (…) Avec ça, mon espoir est que nous réussissions, nous en tant que  tunisiens, à reprendre la situation en main, à faire prévaloir le sens de la responsabilité loin des petits calculs et des intérêts étriqués surtout eu égard à la délicatesse de l’étape et le volume des défis. »
Z. Laâdhari conclura en renouvelant ses remerciements au chef de son parti Cheikh Rached tout en s’engageant à tout faire pour être à la hauteur de la confiance placée en lui par les électeurs à l’assemblée des représentants du peuple.

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