La vierge d’Al-Qods perd un de ses chantres : M. Al-Nouab n’est plus…

M. Al Nawab a rendu l’âme à l’hôpital de Sharjah, où il a passé le restant de son exil dans le foyer de l’une de ses sœurs. Ironie du sort, c’est dans l’un des temples de la « régression arabe » contre laquelle le poète irakien s’est toujours insurgé, que M. Al Nawab a rendu son dernier soupir.

Considéré comme l’un des plus grands poètes irakiens contemporains, son répertoire est aussi riche en poésie classique qu’en « Jazal », le langage populaire, le défunt a connu le triste sort réservé dans l’espace arabe aux opposants politiques. A plusieurs reprises, il a été poursuivi et emprisonné en Irak dans les années 60 avant de choisir la voie de l’exil qui l’a conduit notamment à Beyrouth, Damas, Tripoli, etc.

Né en 1934 dans une famille de la haute société de Bagdad, diplômé de la faculté des lettres, M. Al-Nawab s’est fait connaître pour ses poèmes de combat. Ce communiste révolutionnaire a donné l’exemple de l’intellectuel engagé qui n’a jamais baissé la voix face aux atrocités des régimes répressifs arabes à la solde de l’impérialisme. Ses critiques à l’endroit des dictatures arabes faisaient mouche au sein de la jeunesse arabe qui aspirait à l’émancipation et à la liberté. Il compte d’ailleurs parmi les principaux poètes à avoir introduit le parler populaire irakien dans ses œuvres. Il figurera parmi les grands poètes irakiens qui ont marqué d’une forte empreinte la littérature arabe, à l’image d’un Badr Chakib Al Sayab ou encore Abdelwahab al-Bayati.

Exilé à l’époque de Saddam Hussein, sa dernière visite en Irak remonte à 2011 – après le retrait des troupes américaines qui ont envahi le pays en 2003. Il avait été accueilli en grande pompe par la présidence.

Jamais marié et sans enfant, il était aux Emirats pour suivre un traitement médical. Vendredi, le Premier ministre irakien Moustafa al-Kazimi a demandé à ce que son corps soit rapatrié en Irak par avion ministériel pour être inhumé dans son pays. Ses poèmes ont été repris en masse lors du soulèvement populaire inédit de l’automne 2019 contre une classe politique accusée de mauvaise gouvernance et de corruption endémique. « Il reste vivant dans l’esprit de tous ceux qui chantent ses poèmes immortels », a réagi sur Twitter le président irakien Barham Saleh.

Dans l’inconscient collectif arabe, sa voix fluette résonnera toujours de son profond dépit face à la violence faite à la Palestine. Une usurpation qui s’est faite avec la complicité des décideurs arabes qui, aux dires du poète défunt, s’étaient empressés de « taire la vierge palestinienne violée par tous les pervers du siècle » de peur que ses cris ne fassent tâche dans le registre d’une dignité arabe. Souillée…

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