L’art du chalutage diplomatique d’Alger: Collectionner les précédents juridiques anti-marocains

L’Algérie ne désarme pas face au Maroc. Et ses affidés qui font l’éloge du séparatisme ne s’estiment nullement vaincus face aux acquis que le Royaume entend multiplier pour blinder sa position dans les divers cénacles  où surgit la question du Sahara marocain. Une des dernières preuves est à situer au niveau du verdict de la Cour de justice de l’Union Européenne (CJUE) qui frappe d’invalidité partielle l’accord de pêche qui lie Rabat à Bruxelles. En ciblant en particulier la portée de l’accord qui permet à la flotte européenne d’accéder aux eaux des provinces méridionales. Au-delà du jargon juridique, le fait est que la CJUE remet en cause la marocanité du Sahara et ce pour la deuxième fois consécutive, la même juridiction ayant dans un passé récent remis en cause l’accord de libre-échange maroco-européen à cause du statut des provinces sahariennes.

Nul besoin de rappeler, à ce stade, qu’il s’agit-là de l’œuvre du Polisario qui, à en croire ses « éminences grises », ne reculera devant rien pour faire valoir « le droit inaliénable du peuple sahraoui » à disposer de son avenir. Pour ce faire, non seulement le recours aux menaces de remise en cause du cessez-le-feu est franchement envisagé, comme en font foi les déclarations tonitruantes de ses dirigeants qui n’hésitent plus à gesticuler (comme ce fut le cas pour le passage frontalier d’El Guergarate), mais entend aussi mettre le paquet sur le plan politico-juridique en cherchant à nuire aux intérêts stratégiques du Maroc là où ils s’expriment. En s’attaquant aux exportations des phosphates (là où ça risque de faire mal si jamais le précédent sud-africain est reproduit) et en semant la zizanie au sein des partenaires traditionnels du Royaume, comme le confirme le ciblage de l’espace européen. Pis, il ne faudrait guère s’étonner de voir les mêmes agitateurs ruer davantage dans les brancards au niveau du Continent africain, l’objectif étant de minorer le poids du retour du Maroc à l’UA.

Derrière toutes ces batteries d’actions, il est superflu de rappeler l’omnipotence de la diplomatie algérienne. Et la partie d’échecs qui se joue actuellement au détriment des intérêts marocains n’est qu’à ses débuts. De quoi alerter les Marocains sur ce qui les attend comme défis à relever sur le plan juridique. Et enjeux à maîtriser sur les plans politique et diplomatique. En d’autres termes, il ne faut pas s’aveugler par un quelconque succès rencontré ici ou là tant que la guerre n’est pas terminée. Le retard constaté au niveau de l’acceptation de la candidature du Royaume à la CEDEAO est symptomatique de cet état de fait. Dès lors, rendre « invisible » un fait séparatiste c’est faire preuve de myopie alors que les coups pleuvent de toute part.

Si Nasser Bourita, chef de la diplomatie marocaine, a affirmé à des confrères que «rien dans ce verdict ne conteste la légitimité politique du Maroc à conclure avec l’UE des accords couvrant le Sahara marocain», c’est qu’il cherche à maintenir le flou. D’après le responsable marocain, «l’avis» rendu le 10 janvier dernier par le premier avocat général de la CJUE, Melchior Wathelet, avait en effet décrété «invalide» l’accord de pêche Maroc-UE au prétexte qu’il incluait le Sahara marocain. Tout en nuançant que sur cette pente-là, la CJUE n’a pas suivi son premier avocat général. «LA CJUE n’a pas repris les conclusions de son premier avocat général», rassure-t-il, précisant que la haute Cour de l’UE n’a à aucun moment «invalidé» l’accord de pêche Maroc-UE.

Rien dans le verdict de la CJUE ne remet en question la légitimité politique du Royaume à négocier des accords avec l’UE, y compris dans le volet Sahara dont la CJUE demande «indirectement» une simple mention dans les futurs protocoles d’accord. D’autant plus que rien dans le nouveau verdict de la CJUE, après celui de fin 2016 sur l’Accord agricole, ne fait guère mention du Polisario qui cherche à se faire passer pour «le représentant exclusif» des Sahraouis ».

A contrario, la réaffirmation de la portée stratégique de la coopération entre Rabat et Bruxelles est jugée comme un gage d’exclusion du fait séparatiste. «Le Royaume équivaut à l’ensemble de son territoire» de Tanger à Lagouira, précise N. Bourita.

On ne reprochera jamais à un responsable marocain un quelconque excès dans ses interprétations tant que cette démarche tend à rassurer l’opinion publique. Mais le fait est que le Maroc aurait gagné certainement à faire preuve d’une grande sagacité en prévoyant les coups bas de ses adversaires. A quelque chose malheur est bon… Pourvu que l’on puisse tirer les conclusions qui s’imposent. Et en s’armant des compétences susceptibles non plus à voler à son secours en cas de coup dur, mais plutôt à anticiper tout départ de feu.

 

lire aussi:

L’accord de pêche dans les filets de la CJUE: Où conduira le tourbillon de l’invalidation?

Comments (0)
Add Comment