Le CCG + sous coupe US : Riyad nie tout « pacte militaire arabe » anti-iranien

Le chef de la diplomatie saoudienne a déclaré que « les pourparlers avec l’Iran ( par la médiation de l’Irak) sont positifs, mais n’ont pas atteint leur objectif », soulignant que « la main du Royaume lui est toujours tendue ».

F. Ben Farhan a ajouté, que « le sommet de Djeddah s’est concentré sur le partenariat avec les Etats-Unis d’Amérique » tout en soulignant qu’ « aucune sorte de coopération militaire ou technique avec Israël n’a été proposée, ni lors du sommet ni avant lui, et il n’y a aucune proposition au nom d’une OTAN arabe ». « Je ne sais pas d’où vient ce nom », a-t-il encore indiqué. Plus, il a noté qu’il n’y a pas de discussions sur la coopération en matière de défense entre les pays du Conseil de coopération du Golfe et Israël.

Par ailleurs, il a estimé, en abordant la question qui a crispé les relations avec Washington, que « toute tentative d’imposer des valeurs aux pays serait contre-productive », en invoquant les pressions auxquelles l’Arabie saoudite a été exposée dans l’affaire du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en 2018.

Sur la crise pétrolière, le ministre a expliqué que « la question de la production de pétrole n’a pas été spécifiquement discutée au sommet de Djeddah », notant que « le système OPEP + en place travaille pour subvenir aux besoins du marché de manière requise. » Dans ce cadre, il a souligné que « le Royaume fera tout ce qui est nécessaire pour parvenir à l’équilibre du marché pétrolier », soulignant que « la production de 13 millions de barils de pétrole par jour est la capacité maximale que le Royaume garantira ».

Le chef de la diplomatie saoudienne a assuré que son pays croit « fermement à l’action multilatérale et nous soutenons la tendance à résoudre les différends par le biais des organisations internationales existantes ».

Rappel palestinien

L’Arabie saoudite a annoncé, samedi, la clôture du sommet de Djeddah sur la sécurité et le développement qui s’est déroulé avec la participation du président américain, Joe Biden, et de neuf dirigeants arabes. « Nous remercions les dirigeants et chefs de délégations des pays pour leur présence et leur participation active », a déclaré Mohamed Ben Salmane, prince héritier saoudien, qui a présidé le sommet, lors du discours de clôture, a rapporté l’agence de presse saoudienne. Le nouvel homme fort de Riyad, dit aussi « MBS », a souligné que « le sommet reflétait les relations profondes et solides qui unissent nos pays entre eux et aux Etats-Unis d’Amérique ». Soulignant que le sommet « a montré le souhait de poursuivre les progrès et la coopération, tout en renforçant notre processus de travail conjoint, pour faire face aux défis régionaux et internationaux, dans tous les domaines ».

Le président américain, Joe Biden, qui avait effectué une visite en Israël et dans les territoires palestiniens, dans la journée du vendredi, a participé au sommet, qui l’a réuni avec le prince héritier koweïtien Mishaal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, du président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohamed ben Zayed Al-Nahyane et Asa’ad ben Tariq al-Said, vice-Premier ministre et représentant spécial du sultan d’Oman. Le roi du Bahreïn, Hamad ben Isa Al-Khalifa, le roi de Jordanie, Abdullah II ben Hussein, l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al -hani et le Premier ministre irakien, Mustafa al-Kazemi étaient également présents au sommet.

Le prince héritier saoudien qui a ouvert le sommet de Jeddah avait noté qu’il « se tient à un moment où le monde est confronté à de grands défis », exprimant l’espoir que le sommet de Djeddah puisse « affronter les défis mondiaux », d’autant plus que « l’économie mondiale est liée à la stabilité des prix de l’énergie.  Par conséquent, nous devons continuer à pomper les investissements dans les énergies propres ».

Il a appelé l’Iran à coopérer, soulignant la nécessité d’entretenir de  « bonnes relations avec le voisin iranien » et appelant l’Iran à « ne pas s’immiscer dans les affaires des pays de la région ». Selon lui, « l’Irak connaît une amélioration de sa sécurité, qui se reflète sur la sécurité de la région », et que « la stabilité de la région nécessite des solutions politiques en Syrie et en Libye. »

Le président américain a souligné que les États-Unis ne s’éloigneraient pas du Moyen-Orient pour ne pas « laisser un vide à la Chine, à la Russie et à l’Iran ». Dans son allocution lors de la séance d’ouverture du sommet de Djeddah,  il a ajouté que « l’Iran déstabilise le Moyen-Orient… Nous travaillons en coopération avec vous pour faire face à la menace que l’Iran représente pour la région, et nous poursuivons nos efforts diplomatiques pour faire pression sur le programme nucléaire iranien. Nous tenons à ce que l’Iran ne puisse pas se doter de l’arme nucléaire. » Plus, devait-t-il ajouter, « nous chercherons non seulement à dissuader les menaces, mais aussi à réduire les conflits partout où cela sera nécessaire, comme nous l’avons fait au Yémen ».

Le président américain a déclaré qu’ « il y aura de nouveaux membres de coopération entre les pays de la région, notamment Israël », ajoutant s’engager à « construire davantage de partenariats entre nous ».

Le roi Abdallah II de Jordanie qui a rappelé que son pays accueillait  « plus d’un million de réfugiés syriens, et la communauté internationale doit assumer son rôle dans la question des réfugiés », a insisté sur « l’importance de parvenir à une solution juste et globale à la question palestinienne sur la base de la solution à deux États ».

Abdel Fattah al-Sissi, président égyptien, a déclaré que « le moment est venu » pour des efforts concertés « pour mettre fin aux guerres dans la région, qui ont permis à des forces extérieures de s’immiscer dans ses affaires ». Et a expliqué que « le sommet d’aujourd’hui  comporte des implications politiques claires », soulignant que « les efforts conjoints pour résoudre les crises ne peuvent aboutir sans parvenir à une solution au premier problème arabe, qui est la Palestine, sur la base de la solution à deux États ».

Le Raïs égyptien a assuré qu’ « il n’y a pas de place pour le concept de milices et gangs armés dans la région ». « Nous protégerons notre sécurité et nos intérêts par tous les moyens, et nous renouvelons notre engagement à combattre le terrorisme sous toutes ses formes », a-t-il fait savoir.

Hamad ben Issa Al-Khalifa, roi de Bahreïn, a déclaré que « l’ingérence étrangère reste l’un des plus grands défis auxquels la région est confrontée ». Il a insisté sur la nécessité de « la solution de la question palestinienne sur la base de la solution de deux États et de l’Initiative de paix arabe ».

Tamim ben Hamad Al-Thani, émir du Qatar, a souligné que « la source de tension la plus importante perdurera dans la région tant qu’Israël poursuivra ses violations ». Et il a formulé l’espoir que « les États-Unis joueront un rôle pour des négociations sérieuses pour trouver une solution à la question palestinienne ».

L’émir du Qatar a également affirmé « le droit des pays de la région à posséder l’énergie nucléaire à des fins pacifiques ».

Mustafa Al-Kazemi, Premier ministre irakien, a parlé de son côté « des difficultés politiques que connaît la démocratie en Irak ». Evoquant la crise libanaise, il a réitéré le « soutien de son pays au Liban pour surmonter ses crises ».

Mishaal Al-Ahmad Al-Jaber Al-Sabah, prince héritier koweïtien, a exprimé son désir de promouvoir la coopération Golfe-États-Unis dans divers domaines, soulignant que « les développements récents nécessitent davantage de consultation et de coopération en construisant des visions claires pour renforcer la sécurité et la stabilité ».

Invitant « l’Iran à coopérer davantage avec l’Agence internationale de l’énergie atomique », il a appelé « à résoudre la question palestinienne conformément à la légitimité internationale et au droit du peuple palestinien à son État indépendant ».

Lors de la séance publique du Sommet de Djeddah, les dirigeants des Emirats et du Sultanat d’Oman ont préféré garder le silence.

Tiran sans « casques bleus »

« Les forces internationales de maintien de la paix, y compris les troupes américaines, quitteront l’île de Tiran », un des îlots stratégiques situés en mer Rouge, entre l’Égypte, la Palestine occupée et l’Arabie saoudite, a annoncé la Maison Blanche dans un communiqué. « Les forces internationales de maintien de la paix, y compris les troupes américaines, quitteront l’île de Tiran », a confirmé devant la presse le président américain en visite en Arabie saoudite, à Jeddah.

Sous souveraineté égyptienne depuis 1950, occupés en 1956 par l’entité sioniste au terme de la guerre éclair du canal de Suez, Tiran et Sanafir sont au cœur des guerres israélo-arabes.

Tiran, 61,5 km2, est une île à six kilomètres à l’est de la péninsule égyptienne du Sinaï, à l’entrée du golfe d’Aqaba, qui conduit à la Jordanie et l’entité sioniste. Sanafir, 33 km2, est elle à 2,5 kilomètres plus à l’est.

L’accord de paix de Camp David signé en 1979 entre l’entité sioniste et l’Égypte a permis à l’Égypte de récupérer ces territoires. Mais Le Caire s’est engagé à une démilitarisation du Sinaï et à ne pas poster de troupes sur ces deux îlots. Seule la force multinationale d’observateurs est autorisée dans la zone.

Entre 2016 et 2017, une série de jugements contradictoires a été prononcée par la justice égyptienne, avant que la Cour suprême constitutionnelle ne tranche en faveur d’une rétrocession pure et simple à l’Arabie saoudite. Certains observateurs voient dans cette étape un premier pas vers la normalisation des relations entre la grande monarchie du Golfe et l’entité sioniste.

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