Le courant passe entre Riyad et Tel-Aviv : Normalisation en catimini

Dans ses récentes déclarations, le ministre saoudien des Affaires étrangères estime que l’autorisation accordée à l’aviation israélienne de survoler l’espace aérien n’est pas de la normalisation. « Nous permettons à tous les Etats de survoler notre espace aérien et nous leur avons permis ceci. Il ne faut pas appeler ça de la normalisation », a dit Fayçal ben Farhane, le 16 juillet, dans son point de presse à l’issue du sommet de Djeddah auquel ont participé le président américain Joe Biden et 9 chefs d’Etats arabes. « Ceci n’est pas le prélude à l’établissement de relations avec Israël », poursuit-il en réponse à une question sur la décision du royaume annoncée la veille « d’ouvrir son espace aérien à tous les transporteurs aériens ».

Même rhétorique concernant le feu vert donné par Israël au départ de la force multinationale stationnée depuis les accords de Camp David de 1979 sur l’île de Tiran, mesure incontournable pour autoriser par conséquent le transfert à l’Arabie saoudite de sa souveraineté et celle de Sanafir, deux confettis de 62 et 33 km² à l’entrée du golfe d’Aqaba. En échange de quoi Riyad devrait préserver « la liberté de navigation dans ce détroit stratégique de la mer Rouge, y compris pour les navires israéliens à destination du port d’Eilat », selon les termes du président américain qui a parrainé ce transfert le qualifiant de « décision historique ».  ».
« Ce n’est pas de la normalisation »,
avait retorqué F. ben Farhane lors du point de presse improvisé à Djeddah.

D’autres mesures qui illustrent le cheminement saoudien vers la normalisation ont déjà été prises. La plus récente, la plus significative, a eu lieu pendant la saison de pèlerinage : les autorités saoudiennes ont désigné un religieux qui prône la normalisation avec Israël, cheikh Mohamad Issa, pour diriger la prière et prononcer le sermon du jour d’Arafat, le point culminant de ce rite religieux.

Durant ces dernières années, des dizaines de responsables israéliens se sont rendus en Arabie saoudite, selon Israel Hayom. De même pour des dizaines d’homme d’affaires et des pionniers en technologie qui y ont signé des accords en vue d’investissements saoudiens dans des sociétés et des fonds d’investissements israéliens, selon le quotidien économique israélien Globes, selon lequel ils se sont rendus avec leur passeport israélien. Le Wall Street Journal a révélé en mai dernier le premier investissement du gouvernement saoudien en plusieurs millions de dollars dans des entreprises de haute technologie israéliennes

Sans oublier que l’Arabie saoudite avait parrainé le processus de normalisation de quatre pays arabes qui sont ses plus proches alliés en 2020 : les Emirats arabe unis, le Bahreïn, le Maroc et le Soudan. Avec ce dernier elle a payé les 335 millions de dollars réclamés par les Etats-Unis pour rembourser les victimes d’attaques contre l’ambassade des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie, imputées à des jihadistes qui avaient été hébergés par le Soudan, pendant le règne d’Omar al-Bachir.

L’ex-Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n’a pas manqué d’exprimer sa « gratitude au prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, pour sa contribution à la conclusion de quatre accords de paix historiques connus sous le nom d’Accords d’Abraham ».

Dans les faits, le processus de normalisation va bon train, graduellement, sans signature d’accord. Son officialisation peut attendre.

Et il semble que la direction saoudienne estime que le moment n’est pas encore venu pour le faire. Les considérations qui animent cette tergiversation n’ont rien à voir avec les déclarations de ses responsables qui insistent sur la nécessité de restituer les droits du peuple palestinien et de faire avancer la solution à deux Etats.

Aucune pression n’est exercée de la part des Saoudiens dans ce sens. Si ce n’est des déclarations, sans effet sur les Israéliens.  Dans les territoires palestiniens de 1967, censés constituer la géographie de l’Etat palestinien convoité, les colonisations se poursuivent. Et pas question pour les Israéliens de partager al-Qods avec les Palestiniens. Les quartiers palestiniens de l’est de la ville sainte font l’objet d’un grignotage progressif par les organisations juives de colonies qui y étendent leur mainmise.

La politique saoudienne est farouchement hostile aux mouvements de résistance palestinienne comme à la résistance libanaise. La presse saoudienne regorge de positions qui les dénigrent, sous prétexte qu’elles sont à la solde de la République islamique d’Iran.

A plusieurs reprises, les responsables saoudiens ont dit que « l’Arabie sera la dernière à normaliser ses relations avec Israël ». Ces propos ne traduisent nullement le rejet de la normalisation mais la nécessité que les autres pays arabes, et musulmans par extension, y passent avant. Sinon, elle risque son leadership du monde arabo islamique.

Les Israéliens le comprennent très bien. Ils préfèrent officialiser la normalisation avec un Etat dont l’aura dans le monde islamique ne serait pas écorchée. Entre temps, ce sont eux qui dévoilent les mesures de normalisation, dans leurs déclarations et via leurs médias. Ces révélations semblent le moins du monde embarrasser les autorités saoudiennes qui ne prennent même pas la peine de les nier. Une affaire de « banalisation », selon certains analystes.

Lors du sommet arabe, le correspondant de la chaine de télévision israélienne Channel 13 se trouvait à Djeddah. « Fais attention que nous sommes en train de diffuser en direct. Tu me parles et je te réponds. Tout ceci se fait en direct. Nous sommes à Djeddah. Si vous voulez un autre indice de la normalisation, cette diffusion a été autorisée », s’est-il targué lors d’un direct avec le plateau de sa télévision en Palestine occupée. « Malgré les dénégations de F. ben Farhane, ce qui se passe est une démarche en direction de la normalisation », a ajouté le correspondant israélien.

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