Le Liban annonce le défaut de paiement : Et assure vouloir renégocier sa dette

En dépit de l’annonce du défaut de paiement par le Premier ministre Hassan Diab, la mobilisation s’est poursuivie dans certaines régions. Plusieurs personnes ont été blessées samedi 7 mars au soir lors d’une manifestation sur la voie rapide – le « ring », lieu emblématique de la contestation. La police antiémeute est intervenue pour empêcher la fermeture de cette artère qui traverse Beyrouth.

Dans les rues de Beyrouth, des partisans de l’ancien Premier ministre Saad Hariri ont bloqué l’autoroute qui mène au sud du Liban, avant d’être délogés par les forces de l’ordre. Les manifestants accusent les banquiers de s’être enrichis en investissant une grande partie des dépôts des épargnants, notamment l’argent envoyé par la diaspora du golfe et d’Afrique, en bons du Trésor et en eurobonds, à des taux avantageux, pour financer les besoins de l’État. Des montages financiers complexes, encouragés par la Banque centrale, ont permis aux banques de faire des profits faramineux, mais au détriment de l’économie.

L’agriculture et l’industrie ont été négligées, remplacées par une économie de rente qui ne produisait presque plus rien. Le déficit commercial et la balance des paiements se sont creusés dans un pays qui importe près de 80% de ses besoins. Tous ces déficits, en plus de celui de l’État, étaient financés par ces montages financiers qui profitaient aux banques. Résultat : l’épargne, prêtée à l’État au fil des ans, n’existe plus que sur le papier. C’est pour cette raison que les retraits en devises sont rationnés.

Pour la première fois de son histoire, le Liban, qui a toujours honoré ses engagements financiers, a décidé de faire défaut, à un moment où le pays traverse une crise politique, économique et financière sans précédent.

H. Diab l’a annoncé sur un ton grave lors d’un discours retransmis par toutes les télévisions, assurant qu’il était inconcevable que le pays honore ses dettes alors que les Libanais ne peuvent plus avoir accès à leurs comptes bancaires en raison de la pénurie de dollars. « Comment pouvons-nous payer nos créanciers alors que les hôpitaux souffrent d’une pénurie d’équipements médicaux», s’est-il interrogé. « Comment payer nos créanciers alors que de nombreuses personnes sont dans la rue, ne disposant pas des moyens de s’acheter du pain? », a déploré le Premier ministre.

Brossant un tableau sombre, mais réaliste de la situation, H. Diab a indiqué que 50% des recettes de l’État vont au paiement du service de la dette, qui s’élève à 90 milliards de dollars, plus de 170% du PIB. Il a également ajouté que le pays souhaitait engager des négociations en vue d’une restructuration de cette dette. Le Premier ministre a réaffirmé la détermination de son gouvernement à relancer l’économie productive et à lutter contre la corruption à travers un vaste programme de réformes.

Les milieux financiers n’ont pas officiellement réagi dans l’immédiat. Mais des porteurs de titres souverains libanais cités par l’agence Reuters auraient exprimé leur compréhension du fait que le Liban est dans une situation difficile.

Pour Beyrouth, le défi sera de trouver de l’argent pour financer son économie, puisque n’ayant plus d’accès aux marchés, il ne peut plus emprunter à l’étranger. 

Le procureur financier libanais a pris jeudi 5 mars une décision inattendue en gelant les avoirs d’une vingtaine de banques. Cette mesure est inédite au Liban. La décision vise, selon Ali Ibrahim, à « protéger les déposants et secouer les banques, en leur rappelant qu’elles ne sont pas au-dessus des lois ». Le magistrat a gelé les biens immobiliers, les voitures, les actions, des banques et de leurs présidents, mais pas les dépôts ou les transactions bancaires.

La décision leur interdit de vendre ou de liquider les avoirs. Cette mesure est intervenue alors que les propriétaires de certaines banques sont soupçonnés d’avoir fait sortir du pays des milliards de dollars pour les mettre à l’abri à l’étranger, notamment en Suisse, alors que les Libanais ne peuvent plus transférer de l’argent à l’étranger depuis le début du mois de novembre.

Mais cette décision a été à son tour gelée par le procureur général quelques heures plus tard. Le procureur de la République, Ghassan Oueidat, a expliqué qu’après le gel des avoirs des banques, il a reçu des informations selon lesquelles « les autorités financières internationales avaient l’intention de cesser de traiter avec les banques et les institutions financières libanaises », ce qui aurait plongé les secteurs monétaire, financier et économique dans le « chaos ». Il a donc suspendu la décision de son collègue afin d’en évaluer les « répercussions sur la monnaie nationale, les transactions bancaires, l’argent des déposants et la sécurité économique ».

En réalité, ces divergences au sein de la justice ne font que refléter les divisions de la classe politique entre ceux qui veulent en découdre avec les banques qu’ils jugent responsables de la crise, et ceux qui veulent les protéger.

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