Législatives au Liban : Un scrutin aux enjeux multiples

Pas moins de 103 listes avec 718 candidats, pour les 15 circonscriptions électorales étaient en lice pour élire 128 députés que compte le parlement libanais. Si ces épreuves ont eu lieu, alors que l’on redoutait leur annulation, l’engouement des Libanais, très remontés contre la classe politique dans son ensemble, n’aura pas été au rendez-vous. Seuls 41% des suffrages ont été exprimés lors de ces législatives marquées, il faut le souligner, par le noyautage de la scène politique de pétrodollars et l’intervention directe de chancelleries en tête desquelles se trouve Riyad et Washington. Le tsunami électoral attendu pour bouter l’Iran et ses mentors hors du Pays du Cèdre n’aura pas eu lieu, tant les symboles sur lesquels ont compté les « faiseurs de roi » ont été démonétisés, à l’image de Samir Geagea, patron des Forces Libanaises, ou encore de Fouad Seniora qui a tenté d’amalgamer autour de sa « personne » les électeurs sunnites.

Naïm Qassem, numéro deux du Hezbollah, a déclaré après avoir voté dans la deuxième circonscription de Beyrouth, que ces « ces élections sont cruciales car elles nous transfèrent de la phase de l’effondrement à celle de la renaissance ». Selon un décompte encore provisoire, Mohamad Raad, député du Hezbollah, aurait obtenu le plus grand nombre de voix du scrutin 2022, en récoltant plus de 46 mille voix dans la circonscription III du Sud du Liban.

Lors de sa première apparition télévisée après le scrutin législatif, Gebran Bassil, leader du Courant patriotique libre (CPL), a assuré que la bataille électorale au Liban était contre les Etats-Unis et Israël. « L’argent qui a été dépensé lors des élections provenait d’un protagoniste régional bien connu,  ce qui indique que la bataille se situe à ce niveau », a-t-il accusé faisant allusion à l’Arabie saoudite dont les ingérences de l’ambassadeur au Liban ont été très flagrantes durant les derniers jours qui ont précédé le scrutin, pour soutenir les candidats des Forces libanaises de S. Geagea et ceux du PSP du leader druze Walid Joumblatt, surtout que le boycott du chef du courant du Futur Saad Hariri avait laissé un grand vide, notamment au sein de la communauté sunnite. « Le CPL n’était pas en bataille contre les FL, le PSP, les Kataeb ou le mouvement Amal, mais la bataille a commencé dès le 17 novembre contre les USA et Israël », a pesté G. Bassil.

Les élections se tiennent conformément à une loi proportionnelle adoptée en 2017, et en l’absence du principal leader sunnite S. Hariri, qui les boycotte.
Dans le quartier sunnite de Tarik Jdidé, à Beyrouth, bastion des Hariri, les partisans de l’ancien Premier ministre ont installé plusieurs piscines gonflables au milieu des rues pour exprimer leur intention de boycotter le scrutin, rapporte l’AFP.

al-Manar, télévision proche du Hezbollah, a rapporté que des éléments des machines de vote des Forces libanaises ont semé la panique dans certaines régions pour intimider les électeurs surtout ceux du CPL et empêcher le bon déroulement du scrutin. Des exactions ont été signalées dans la région de Chekka contre des partisans du CPL et des menaces ont été proférées en direct sur la télévision contre la vie de son chef G. Bassil.

En revanche, constate le correspondant d’al-Manar, les stands des FL dans les autres régions n’ont pas été inquiétés, surtout à Haret Hrek, dans la banlieue-sud de Beyrouth. Dans la soirée, les médias libanais ont rapporté que dans la Bekaa, des partisans des FL ont blessé une jeune fille lorsqu’ils ont ouvert le feu sur le convoi de voitures de partisans du Hezbollah qui fêtaient sa victoire électorale.

Pour nombre d’observateurs, il n’y aura pas de grande surprise à attendre de ce scrutin. Hezbollah et Mouvement Amal, alliés chiites, s’en sortiraient plus forts à l’issue des législatives. Et il en irait de même pour le CPL.

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