Leila Slimani promet une trilogie: Elle démarre par «Le Pays des autres» 

Le 5 mars dernier, Leila Slimani a gratifié ses lecteurs d’un nouveau roman assez captivant. C’est que la plume de notre romancière franco-marocaine était attendue après son best-seller « Chanson douce », prix Goncourt 2016 qui lui a valu une belle renommée francophone voire internationale puisque son roman a été traduit en une quarantaine de langues et vendu à plus d’un million d’exemplaires.  Tarbouche bas Lalla Leila !  

« ici, –  sous-entendu au Maroc- c’est comme ça ». 

« Le pays des autres » édité chez Gallimard n’est que la première partie d’une trilogie appelée à tenir le lecteur en haleine. Sa première partie intitulée « La guerre, la guerre, la guerre » se passe au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ses héros, Mathilde, une jeune aventurière Alsacienne, est éperdument amoureuse d’Amine Belhaj fierté de feu Kadour, père décédé des suites de la Der des Der… D’emblée, la fiction se nourrit de l’Histoire omniprésente du protectorat français du Maroc. Ce jeune Spahi marocain incorporé dans l’armée française retourne au Maroc sitôt la libération de la France du joug nazi célébrée. Suivi, peu de temps après pas sa dulcinée, voilà le jeune couple installé à Meknès, ville impériale métamorphosée par l’installation des soldats et autres colons français. 

Animé par un retour à une terre glorifiée par son défunt père, la mise en valeur de cet héritage s’est muée en une rude épreuve pour le jeune couple. Alors qu’Amine est très vite monopolisé par sa confrontation à une nature hostile qui l’éloigne de Mathilde, celle-ci, « « comprit qu’elle était une étrangère, une femme, une épouse, un être à la merci des autres ». Il est loin le temps de l’insouciance où elle le couvait de « peur qu’il soit une illusion ». La donne a changé en sa défaveur sans aucune explication car « ici, –  sous-entendu au Maroc- c’est comme ça ». 

Si cette terre s’est montrée récalcitrante et avare de bienfaits, Mathilde a donné naissance à deux enfants qui vont apprendre à vivre ou plutôt à survivre. 

Les péripéties de cette famille pendant une décennie qui amèneront le Maroc à s’affranchir de la tutelle française, non sans douleur, constituent la trame du roman…

Pour l’auteure, après ses deux premiers romans situés dans les milieux clos de la bourgeoisie parisienne, c’est une envie de retrouver « son » Maroc dans une période « de grande confusion » qui l’a boostée pour offrir sa trilogie. Alors que toutes les lumières étaient centrées sur la douleur immense de l’histoire de l’Algérie, elle voulait relever un défi et non des moindres à savoir redonner ses titres de noblesse à ce « territoire romanesque absolument passionnant » qu’est le Maroc car le Maghreb est multiple. 

Ce roman est un voyage dans le temps et plus encore…

Ce roman est un voyage dans le temps puisque les patchworks dépeints avec finesse rappellent dans certains passages ceux d’écrivains contemporains de l’époque tels « Le miracle du Maroc » d’Henry Bordeaux, « Fès ou les bourgeois de l’Islam » de Jérôme et Jean Tharaud ou encore « Au Maroc » de Pierre Lotti. 

Sur fond de guerre de décolonisation, les composantes de la société qui s’y juxtaposent, s’y frottent et se confrontent sont hautement bigarrées et complexes à la fois. Mais aussi antinomiques qu’ils puissent être, ils ont la particularité de vivre dans le « pays des autres ». Les colons comme les indigènes, les soldats comme les paysans ou les exilés. Mais ce sont les femmes, pleinement incarnées par Mathilde, qui vivent dans le pays des hommes et doivent sans cesse guerroyer au quotidien pour leur émancipation.  

« …j’ai juste envie d’embrasser la condition humaine dans ce qu’elle a de beau et de mélancolique… »

En dévorant ce roman, notre cœur balance entre l’aversion ou l’affection que l’on éprouve à l’égard de Mathilde et d’Amine. Profondément humains et par conséquent faillibles, ils ne sont ni l’incarnation du mal ni du bien ou encore moins du blanc et du noir. Ici tout est une histoire de nuances à laquelle notre romancière s’attache en déclarant à nos confrères de la matinale de France Inter que son récit est « est roman d’ambigu, du gris, de la confusion car on aurait tort de s’enfermer dans une pensée radicale ». Et d’ajouter « …j’ai juste envie d’embrasser la condition humaine dans ce qu’elle a de beau et de mélancolique. » 

A vos inconditionnels plus qu’à vos détracteurs, bonne lecture… 

 

Leïla SLIMANI- Photo Francesca Mantovani

Leïla Slimani est née en 1981. Elle est l’auteure de deux romans parus aux Éditions Gallimard, Dans le jardin de l’ogre (« Folio » n° 6062) et Chanson douce (« Folio » n°6492), qui a obtenu le prix Goncourt 2016 et le Grand Prix des lectrices de « Elle 2017 ».

 

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