L’orthodoxie financière sépare l’Europe en deux , le Sud perd-il le Nord ?

« Ce discours est répugnant dans le cadre d’une Union européenne. C’est vraiment le mot: répugnant », a déclaré A. Costa lors d’une conférence de presse à Lisbonne, à l’issue d’un Conseil européen par visioconférence.

Le chef du gouvernement portugais répondait à une question sur la position défendue par le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, selon lequel la Commission européenne devrait ouvrir une enquête afin de comprendre pourquoi certains pays membres ne disposent pas de marge budgétaire pour répondre à la crise sanitaire.

Selon la presse néerlandaise, W. Hoekstra a déclaré à plusieurs reprises cette semaine que certains pays auraient dû économiser davantage ces dernières années pour absorber les coûts entraînés par la pandémie.

« Ce type de réponse est d’une inconscience absolue et cette mesquinerie récurrente mine totalement ce qui fait l’esprit de l’Union européenne et représente une menace pour l’avenir de l’Union européenne », a ajouté A. Costa.

« Personne n’est disposé à entendre à nouveau des ministres des Finances néerlandais comme ceux que nous avons entendu en 2008 et dans les années qui ont suivi », a-t-il poursuivi en référence à Jeroen Dijsselbloem, prédécesseur de W. Hoekstra et ancien président de l’Eurogroupe, très critiqué par les pays du Sud de l’Europe pour sa gestion de la crise de la dette au sein de la zone euro. « Visiblement, certains pays changent les noms tout en gardant des gens avec le même profil », a conclu M. Costa.

Dans une lettre adressée mercredi au président du Conseil européen Charles Michel, les dirigeants de neuf pays européens, dont Antonio Costa, avaient appelé à la création de « corona bonds » afin de disposer de fonds importants face à la crise sanitaire exceptionnelle qui secoue l’UE.

La mutualisation des dettes des pays européens est fréquemment réclamée par les pays particulièrement endettés du Sud de l’Europe, comme le Portugal, mais elle est rejetée par les pays du Nord. Ces derniers, comme l’Allemagne et les Pays-Bas, plus vertueux en matière budgétaire, ont toujours observé avec méfiance les Etats du Sud, qu’ils jugent plus laxistes, surtout depuis la crise de la dette de la zone euro.

L’institution s’autorise à racheter davantage que 33% de la dette d’un pays pour son programme de rachats d’actifs de 750 milliards d’euros. Une mesure extraordinaire pour soutenir certains pays en difficulté, mais qui pourrait la conduire à être accusée de financer les déficits des Etats C’est un tabou qui vient de sauter.

La Banque centrale européenne (BCE) a enlevé les limites qu’elle s’était jusqu’ici fixées dans les programmes de rachat d’actifs. Son document publié mercredi soir détaille le fonctionnement de son programme temporaire d’achats d’urgence face à la pandémie (PEPP), l’institution laissant entendre qu’elle s’autorise à racheter davantage que 33% de la dette d’un pays.

Pour ce programme, comme pour les précédents, la BCE dit vouloir suivre la clé de répartition habituelle, c’est-à-dire que les rachats sont proportionnés à la souscription de chaque pays à son capital. Avant de préciser: «Il est néanmoins essentiel d’adopter une approche souple à l’égard de la composition des achats au titre du PEPP.» Et ce, poursuit-elle, «afin d’empêcher que les bouleversements actuels de la courbe agrégée de rendement des obligations souveraines de la zone euro ne donnent lieu à de nouvelles distorsions de la courbe de rendement sans risque de la zone euro». Et, «tout en veillant également à ce que l’orientation générale du programme couvre tous les pays de la zone euro».

Le PEPP, qui s’élève à 750 milliards d’euros, a été décidé le 18 mars dernier pour soutenir l’économie de la zone euro, paralysée par la pandémie. Les obligations de certains pays, notamment l’Italie, ont bondi jeudi à cette nouvelle.

De fait, c’est bien ce qu’avait affirmé Christine Lagarde, elle aussi dans un tweet, le 18 mars. «Les moments extraordinaires demandent des actions extraordinaires. Il n’y a aucune limite à notre engagement pour l’euro», avait-elle assuré, après avoir été critiquée pour des propos trop nuancés lors de la conférence de presse de début mars.

La limite de 33% existe pour que l’institution ne soit pas accusée de financer directement le déficit des Etats de la zone euro. C’est d’ailleurs un des points qu’avait souligné la Cour de justice européenne, lorsqu’elle avait jugé l’action de la BCE licite en 2018. Cette dernière pourrait être accusée à nouveau par les tenants d’une politique monétaire plus traditionnelle, mais elle pourrait s’en sortir dans la mesure où ce programme ne devrait pas durer au-delà de la fin de cette année.

Jeudi matin, la Fed a également promis qu’elle allait prêter «agressivement» de l’argent pour lutter contre les dégâts économiques du coronavirus. Dans une interview, Jerome Powell, son président, a souligné que «les munitions ne vont pas s’épuiser».

Rien de plus normal puisqu’il est désormais évident que l’économie mondiale est entrée en récession, conséquence de la pandémie de coronavirus qui se propage dans le monde, a annoncé vendredi la directrice générale du FMI, Kristalina Gueorguieva. Tout en ajoutant que la récession sera « plutôt profonde » en 2020. La patronne du FMI s’attend toujours en revanche à une reprise en 2021 à condition que les gouvernements prennent des mesures adéquates et « coordonnées ». Elle a par ailleurs souligné le grand besoin de financement pour les pays émergents, avançant le chiffre de 2 500 milliards de dollars.   

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