Prix, compensation et tutti quanti : Les éclaircissements « technocratiques » de F. Lekjaa

A l’issue du Conseil du gouvernement de jeudi, c’est à F. Lekjaâ, ministre délégué chargé du Budget, qu’est revenue la charge d’expliquer aux médias comment l’Exécutif gère la crise actuelle qui, relève-t-il, nécessite un effort continu pour fournir toutes les ressources nécessaires aux citoyens. La patate chaude a été refilée à un technocrate aguerri, plutôt qu’à l’habituel porte-parole du gouvernement, pour répondre aux attentes des déclassés que compte le pays depuis que la pandémie a contribué, dans une grande mesure, à saigner à blanc nombre de secteurs d’activité. Le message véhiculé par F. Lekjaa est-il capable de faire mouche alors que dans le pays, excédés par les hausses successives des prix, dont les produits pétroliers, les citoyens organisent des marches de protestation ? La question se pose non sans acuité.

Mais que dit la « rhétorique lekjaaienne » ?

Pour l’importation des céréales, des produits énergétiques ou encore des produits essentiels qui entrent dans le cadre des achats des entreprises marocaines, le ministre a confié que l’ensemble de ces produits sont disponibles. Mais pour pouvoir fournir les céréales au Maroc, a-t-il précisé, le coût annuel sera de 7,3 milliards de dirhams.

En d’autres termes, tel est le surcoût induit pas une année agricole bien en dessous de la moyenne, et le tarif de la dépendance alimentaire. « Il est certain que les prix ont augmenté de manière générale. Mais j’avais déjà expliqué ça au Parlement. Rien que le fret des marchandises correspond à 20% du prix des produits de manière générale. Et vu que le prix du fret a augmenté, en raison de la hausse des prix de l’énergie, ces produits ont subi une augmentation », a expliqué le ministre.

De manière générale, et jusqu’en avril 2022, « la situation était sous contrôle« , a précisé le ministre, « en particulier le taux d’inflation qui a atteint 4,1 % au Maroc alors qu’il a dépassé les 6,5 et 7 % dans la région, et 6,1% en Europe et d’autres pays du monde », notant que « pour garder le taux d’inflation à ce niveau, cela a nécessité une politique financière et monétaire avec un suivi quotidien pour que le taux d’inflation reste à ce niveau ».

Concernant les produits pétroliers, le ministre a fait savoir que « si aujourd’hui les prix des transports publics, toutes catégories confondues, sont stables et n’ont pas connu de hausse, cela coûte à l’état plus de 540 millions de dirhams par mois ». Idem pour le gaz butane. « Si le citoyen paye aujourd’hui la bonbonne de gaz butane à 40 Dh, c’est parce que l’état paye 116 dh pour chaque bonbonne », a-t-il souligné. Nul besoin de rappeler, à ce sujet, qu’il s’agit-là d’une lapalissade. Le technocrate qui semble friand de chiffres n’a pas abordé la question de la libéralisation des produits pétroliers et les dégâts qu’une mauvaise gouvernance a pu générer. « Toutes ces problématiques ont conduit à la hausse des dépenses de la Caisse de compensation de plus de 15 milliards de dirhams cette année, pour dépasser les 32 milliards de dirhams. Et cet effort supplémentaire de 15 milliards Dhs, et jusqu’à avril 2022, a été réalisé pour que nos ressources directes et indirectes (financement innovant … ) s’améliorent. Ça nous a également permis de faire face à ces problèmes et ce coût sans avoir recourt à la modification de la loi de finances approuvée par le Parlement« , a-t-il expliqué. Mais le ministre n’a pas cherché, à tort ou à raison, de revenir sur les marges réalisées par les pétroliers et qui, à elles seules, pourraient compenser, selon des estimations crédibles, les décaissements « sociaux » en lien avec la Compensation.

De manière générale, devait-il conclure, « nous avons des dépenses claires à savoir le soutien au tourisme, le soutien aux transporteurs et la facture de compensation en visant les produits essentiels. Nous avons aussi des revenus qui se sont améliorés parce que le but c’est de faire face à cette crise et préserver le cadre macro-économique et à travers lui, la souveraineté financière de notre pays, ce qui signifie investir les marges et donner la possibilité à l’administration publique de prendre les décisions qui s’imposent ».

La sortie de F. Lekjaa laisse, sans aucun doute, pantois nombre d’observateurs. Surtout que l’état du monde, dans lequel baigne le Royaume, appelle l’Exécutif à faire preuve d’une plus grande perspicacité dans les choix à mettre sur la table pour servir les citoyens. Ces derniers s’interrogent sur ce qui fait leur présent au regard du « yo-yo » des prix. Le dernier exemple a trait aux eaux minérales. L’offre de l’Exécutif est tout, sauf capable de convaincre…

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