Riyad basculerait vers la Chine : Les cartes rebattues à l’international

Le journal américain a indiqué que la visite du Président chinois devrait avoir lieu « plus tard au mois de mai prochain, après la fin du mois de Ramadan ». Cependant, ni le ministère saoudien des Affaires étrangères, ni l’ambassade de Chine à Riyad n’ont immédiatement répondu aux demandes de commentaires.

Le WSJ a rapporté les déclarations d’une source bien informée qui a fait savoir que l’Arabie Saoudite « tente de renforcer et d’approfondir ses relations avec Pékin, à la lumière d’un changement géopolitique au Moyen-Orient », à un moment où la Chine et la Russie cherchent à étendre leur influence en Asie et dans la région.

La même source a souligné que le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, et le président chinois, Xi Jinping, sont « de bons amis, et tous deux sont conscients qu’il existe un énorme potentiel pour des relations plus fortes ». Cette source a indiqué que l’affaire n’est pas liée à l’achat de pétrole du Royaume et des armes de la Chine.

Le même journal rappelle que l’Arabie saoudite discuterait actuellement avec la Chine de la possibilité pour Pékin de payer ses achats de pétrole en yuans. Une hypothèse qui, si elle se concrétisait, pourrait inciter d’autres exportateurs à faire de même et viendrait ainsi ébranler la domination du dollar américain sur le marché pétrolier mondial.

Comme le précise le journal new-yorkais, Riyad et Pékin ont discuté de ce paiement en yuan par intermittence pendant six ans, mais les pourparlers à ce sujet se seraient intensifiés cette année. En cause : un mécontentement de l’Arabie saoudite concernant les négociations menées par les Etats-Unis sur le nucléaire iranien, ainsi que le manque de soutien, selon les Saoudiens, de Washington à l’opération militaire menée par le royaume au Yémen.

Des responsables saoudiens auraient également déclaré avoir été choqués par le retrait précipité des Etats-Unis d’Afghanistan. Joe Biden avait par ailleurs déclaré lors de la campagne présidentielle américaine de 2020 que l’Arabie saoudite devrait être traitée comme un «paria» après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en 2018.

Le Wall Street Journal rappelle que la Chine achète plus de 25% des 6,2 millions de barils de brut exportés quotidiennement par l’Arabie saoudite.
Au cours des dernières années, la Chine a aidé l’Arabie saoudite à construire ses propres missiles balistiques, a été consultée sur un programme nucléaire et a investi dans des projets tels que Neom, projet de ville futuriste.

Ce rapprochement avec Pékin survient alors que les relations économiques entre les Etats-Unis et l’Arabie saoudite sont en perte de vitesse : Washington faisant désormais partie des premiers producteurs de pétrole au monde, ses importations de brut saoudien sont passées de 2 millions de barils par jour au début des années 1990 à moins de 500 000 en décembre 2021, selon l’Energy Information Administration des Etats-Unis. Les exportations de pétrole du royaume vers la Chine augmentent en revanche depuis 30 ans, et l’Arabie saoudite était l’an dernier le premier fournisseur de brut de la Chine, suivie de la Russie avec 1,6 million de barils par jour, selon les données de l’Administration générale des douanes de Chine.

Rien ne dit cependant que l’Arabie acceptera les paiements en yuans, car cette petite révolution pourrait ébranler l’économie saoudienne, dont la monnaie – le riyal – est liée au dollar. Un haut responsable américain cité par le journal aurait ainsi qualifié l’idée de ventes de pétrole libellées yuans de «très volatile et agressive» et de «peu probable».
A ce jour, environ 80% des ventes mondiales de pétrole se font en dollar, et l’Arabie saoudite vend son or noir exclusivement via le dollar depuis 1974, dans le cadre d’un accord passé avec l’administration Nixon comprenant des garanties de sécurité pour le royaume.

Comments (0)
Add Comment