Taïwan cristallise la tension sino-américaine : Washington maintient son « ambiguïté stratégique »

Le président américain a répondu par l’affirmative à la question de savoir si les Etats-Unis étaient prêts à défendre militairement Taïwan en cas d’attaque par la Chine, qui considère l’île comme faisant partie de son territoire. «Oui, nous avons un engagement en ce sens», a répondu J. Biden lors d’un échange avec des électeurs à Baltimore, retransmis le 21 octobre sur CNN.
La déclaration du président US vient en contradiction avec la politique tenue de longue date par les Etats-Unis dite d’«ambiguïté stratégique», Washington aidant Taïwan à construire et renforcer ses défenses sans promettre de manière explicite de venir à son aide si une attaque avait lieu.
Durant une interview cet été sur la chaîne ABC, le locataire de la Maison Blanche avait fait une promesse similaire, parlant d’«engagement sacré» à défendre les alliés de l’Otan au Canada et en Europe, et «de même avec le Japon, la Corée du Sud, et Taïwan».
Dans la foulée des déclarations de J. Biden le 21 octobre au soir, la Maison Blanche a affirmé à la presse que la politique des Etats-Unis envers Taïwan n’avait «pas changé». Interrogé également sur le fait de savoir si les Etats-Unis seraient en mesure de répondre au développement des programmes militaires en Chine, J. Biden a aussi répondu par l’affirmative. Le 22 octobre, Pékin a réagi en appelant l’hôte du Bureau Ovale à la «prudence». «Sur les questions liées à ses intérêts fondamentaux, comme sa souveraineté et son intégrité territoriale, la Chine ne laissera aucune place au compromis», a par ailleurs indiqué devant la presse Wang Wenbin, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. «Nous ne sommes pas le fauteur de troubles», se défend Pékin
«Ne vous inquiétez pas de savoir s’ils vont être plus puissants», a affirmé J. Biden «La Chine, la Russie et le reste du monde savent que nous disposons de la plus puissante capacité militaire du monde», a-t-il ajouté. Il a toutefois exprimé sa préoccupation sur la possibilité que des pays rivaux des Etats-Unis «s’engagent dans des activités où ils feraient une sérieuse erreur». Il a cependant réitéré sa volonté de ne pas créer un climat de nouvelle guerre froide avec Pékin. Lors d’une conférence de presse le 21 octobre, l’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun, interrogé sur le dossier taïwanais, avait souligné que son pays n’était pas à l’offensive. La Chine est en position de «défense». «Nous combattons pour maintenir notre souveraineté et notre intégrité territoriale», a-t-il dit. «Nous ne sommes pas le fauteur de troubles. Au contraire, certains pays, les Etats-Unis en particulier, prennent des mesures dangereuses menant directement à une situation dangereuse à Taïwan», a-t-il ajouté. «Nous devrions appeler les Etats-Unis à mettre fin à une telle pratique. Entraîner Taïwan dans un mur, ce n’est l’intérêt de personne», a martelé le diplomate chinois.
La Chine et les Etats-Unis s’opposent frontalement sur beaucoup de dossiers mais la question taïwanaise est souvent considérée comme la seule susceptible de provoquer une confrontation armée.
Le prochain ambassadeur à Pékin, le diplomate de carrière Nicholas Burns, avait estimé le 20 octobre qu’il ne fallait «pas faire confiance» à la Chine sur Taïwan, et recommandé de vendre davantage d’armement à l’île pour renforcer ses défenses. N. Burns s’exprimait devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, qui doit confirmer sa nomination. Il avait également dénoncé les récentes incursions chinoises dans la zone d’identification de défense aérienne taïwanaise, les qualifiant de «répréhensibles».
Les Etats-Unis reconnaissent depuis 1979 la République populaire de Chine, mais le Congrès américain impose parallèlement de fournir des armes à Taïwan pour son autodéfense. L’île a son propre gouvernement depuis la victoire des communistes sur la partie continentale de la Chine en 1949, mais Pékin considère ce territoire comme une de ses provinces et menace de recourir à la force au cas où l’île proclamerait formellement son indépendance. Le président chinois Xi Jinping a cependant réaffirmé récemment sa volonté de parvenir à une réunification «pacifique».

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