« TIMBUKTU » RAFLE LES CÉSARS : SISSAKO AU PINACLE !

LA GÉOPOLITIQUE A-T-ELLE SON MOT À DIRE DANS LE SUCCÈS DE TIMBUKTU ? EN TOUT CAS, LE DRAME QUI MARQUE L’ESPACE SAHÉLO-SAHARIEN DEPUIS QUE LES DJIHADISTES SONT MONTÉS AU CRÉNEAU N’ÉPARGNE PERSONNE. VOILÀ POURQUOI L’ŒUVRE DU MAURITANIEN SISSAKO A ÉTÉ SALUÉE AUSSI SINGULIÈREMENT. ACTION !

Ce n’est pas pour bouder notre plaisir, mais de vous à moi, ce n’est tout de même pas tous les ans qu’on se réjouit d’une avalanche de Césars, en tout 7 moissonnés par un film étranger et à fortiori africain. Et Pourtant, l’Afrique est féconde en filmographie. Mais si les prétendants sont nombreux, rares sont les heureux élus… Les lois de la sélection et des jurys. sont ainsi faites. Déçu, Sissako en sait quelque chose depuis le festival de Canne de 2014. A chaque année son millésime. Celui de 2015 est lumineux, bouleversant et le titre ne peut laisser indifférent : Timbuktu . Le film raconte dans une infinie tendresse mêlée à la cruauté des assaillants l’histoire de Kidane. C’est un homme qui mène une vie simple et paisible dans les dunes, entouré de sa femme Fatima, sa fille Toya et de Issan, son petit berger âgé de 12 ans. En ville, les habitants subissent, impuissants, le régime de terreur des djihadistes qui ont pris en otage leur foi. Fini la musique et les rires, les cigarettes et même le football… Les femmes sont devenues des ombres qui tentent de résister avec dignité. Des tribunaux improvisés rendent chaque jour leurs sentences absurdes et tragiques. Kidane et les siens semblent un temps épargnés par le chaos de Tombouctou. Mais leur destin bascule le jour où Kidane tue accidentellement Amadou le pêcheur qui s’en est pris à GPS, sa vache préférée. Il doit faire face à des occupants venus d’ailleurs…
Bref, comme on peut l’imaginer, « Tombouctou appartient à la mythologie. On est tous atteints si ce lieu est atteint ». Conscient des difficultés du cinéma africain, Abderrahmane Sissako explique le pourquoi de son film qui est tiré en partie d’une histoire tragique. C’est l’histoire de « la lapidation à mort en 2012 à Aguelhok, petite ville du Mali, d’un homme et d’une femme qui s’aimaient et avaient eu des enfants mais dont le crime était de ne pas s’être mariés devant Dieu. Leur mise à mort fut diffusée sur internet. Et cette atrocité innommable s’est produite dans l’indifférence totale des médias et du monde ! Et d’ajouter que « Ce couple dont on ne connait même pas le nom est un couple symbolique. » Artiste et cinéaste, A Sissako appréhende son rôle comme un «passeur de cette conscience collective révoltée. A fortiori, quand il s’agit de ce que je connais le mieux, l’Afrique, ce continent qui souffre de l’indifférence ». Tombouctou est une ville symbolique, et l’épreuve qui lui fut infligée par l’occupation des djihadistes est symbolique elle aussi »… Cette fiction n’a nullement besoin d’être davantage romancée, « A quoi bon en rajouter, la réalité est déjà tellement insoutenable ». Les scènes sont caustiques. Et parce que l’humour a toujours constitué une arme, Sissako s’est singularisé en tournant le diktat en ridicule.. La musique, les acteurs, professionnels ou pas, brillent par des interprétations qui ne peuvent laisser le spectateur indifférent Avis à tous les amateurs du 7 ème art, c’est un film à voir absolument…

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