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Anis Birou explique la politique migratoire du Maroc: Entre responsabilité et humanisme

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De quoi la nouvelle politique migratoire déployée par le Maroc est-elle le nom ? Une question rendue complexe à l’aune de la gestion des drames causés par les flux migratoires qui transcendent les frontières tout au long des côtes méditerranéennes, et bien ailleurs. Anis Birou, en charge du dossier, évoque dans cet entretien comment le Royaume tente de gérer, dans une dimension humaine, les diverses facettes d’un tel phénomène. Le Maroc qui fait partie des « couloirs migratoires » tente, avec ses partenaires, d’atténuer la somme des drames à l’origine de cette grande crise humanitaire qui marque le 3ème millénaire. 

PERSPECTIVES MED : PAR QUOI SE DISTINGUE LA NOUVELLE POLITIQUE MIGRATOIRE MISE EN BRANLE DEPUIS DEUX ANS ?
Anis Birou : La nouvelle politique migratoire du Maroc apporte de nouvelles réponses aux enjeux stratégiques posés par la question de l’immigration, tant sur les plans humain, économique, culturel et social, qu’en terme de gouvernance. Elle prône le respect des droits de l’Homme et la lutte contre la traite des êtres humains.
Cette politique se veut cohérente, globale, humaniste et responsable. Elle vise à assurer une meilleure intégration des immigrés et une meilleure gestion des flux migratoires. Elle s’inscrit dans le cadre des Hautes Orientations Royales, de la Constitution, des recommandations du Conseil National des Droits de l’Homme et des conventions internationales signées par le Maroc. Elle se base dans sa mise en œuvre sur une approche participative et inclusive.

EN QUOI LA DIMENSION HUMAINE EST-ELLE PRISE EN COMPTE PAR LADITE POLITIQUE ?
A.B: Il y a lieu de signaler que la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile est guidée dans sa vision, dans ses objectifs et dans ses programmes d’actions par six principes directeurs dont le premier est l’approche humaniste qui vise à garantir le respect de la dignité humaine. Il s’agit en particulier de préserver le droit à la vie, parfois mis en péril lors des tentatives d’immigration illégale, d’éviter les traitements inhumains ou dégradants, de lutter contre la traite des être humains et d’offrir une chance aux migrants de refaire leur vie au Maroc.
Ainsi, le Maroc, dans son engagement pour une approche humaniste dans sa politique d’immigration et d’asile, a tout d’abord mené une opération exceptionnelle de régularisation de la situation administrative des étrangers en séjour illégal au Royaume tout le long de l’année 2014. Il a mis en place une procédure d’examen des demandes d’asile, ouvert un chantier de mise à niveau du cadre législatif et réglementaire et mis en œuvre un plan sécuritaire pour la lutte contre les réseaux de traite des êtres humains et de trafic des migrants.

ON A SOUVENT REPROCHE A LADITE POLITIQUE DE NE PAS DISPOSER D’UNE ARMATURE LEGISLATIVE IDOINE. QU’ENVISAGEZ –VOUS POUR EN PARFAIRE L’ARCHITECTURE ?
A.B: Un des 11 programmes d’action de la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile est dédidé au « Cadre réglementaire et conventionnel ». Il regroupe des actions relatives à l’élaboration de nouvelles lois, à l’amendement de lois sectorielles en relation avec la migration et à la signature de nouvelles conventions internationales. Ainsi, un nouveau système législatif intégré a été conçu autour de trois projets de lois : un projet de loi relatif à la lutte contre la traite des êtres humains, adopté en Conseil de Gouvernement du 30 avril 2015 et transmis au Parlement pour adoption, un projet de loi relatif à l’asile, qui sera examiné en Conseil de Gouvernement prochainement, et un projet de loi relatif à la migration en phase légistique finale.

LE PROCESSUS DE REGULARISATION DES MIGRANTS EST ENCORE LOIN D’ETRE ACHEVE. PENSEZ-VOUS QU’IL Y A DES LIMITES A CE PROCESSUS ?
A.B: Le Maroc a lancé une opération execeptionnelle de régularisation de la situation administrative des étrangers en séjour illégal qui s’est déroulée sur toute l’année 2014 et qui s’est basée sur des critères les plus souples. Outre la participation de la société civile, ONG et associations de migrants, aux travaux des commissions locales chargées de l’examen des demandes de régularisation, une Commission Nationale des Recours a été installée sous la présidence du Conseil National des Droits de l’Homme et qui avait recommandé la régularisation systématique des femmes et des enfants.
Cette opération qui a connu l’enregistrement de 27.463 demandes a permis la régularisation de la situation de 68% des demandeurs soit 18.694 en attendant les résultats de l’examen des demandes non acceptées par la Commission Nationale des Recours.

COMMENT SE PROFILE AUJOURD’HUI LA COOPERATION AVEC LES PAYS DE L’UNION EUROPEENNE EN MATIERE DE GESTION DES FLUX MIGRATOIRES ? Y’A-T-IL DES CONCORDANCES EN LA MATIERE ?
A.B: Une Coopération rénovée dans le champs migratoire est l’un des principes directeurs sur lesquels repose la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile. Les domaines de coopération se sont élargis au niveau multilatéral, à travers la négociation de dispositifs de partenariat avec l’Union Européenne, les Nations Unies, l’Organisation Internationale des Migrations, etc.
A titre d’exemple, le Partenariat Pour la Mobilité signé en 2013 témoigne de la volonté d’une collaboration étroite entre le Maroc, l’Union Européenne et ses états membres dans le domaine de la migration. Un accord de financement a été signé fin 2014 avec l’Union Européenne en vue de promouvoir l’intégration des migrants au Maroc dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’insertion professionnelle et d’appui à la femme migrante. De même, plusieurs pays européens apportent leur assistance technique ou financière dans la mise en œuvre de la Stratégie Nationale d’Immigration et d’Asile.

QU’EN EST T-IL DES RAPPORTS AVEC LES PAYS EMETTEURS DE MIGRANTS ?
A.B: Il y a lieu de souligner que l’opération execeptionnelle de régularisation de la situation administrative des étrangers en séjour illégal au Royaume a enregistrée des demandes de 116 pays différents avec une grande proportion d’origine syrienne et subsaharienne. Et là, il est à signaler l’implication et la coopération des ambassades des pays d’origine des migrants dans la sensibilisant et l’appui de leurs ressortissants dans la présentation de leurs demandes de régularisation.
La lutte contre la migration illégale au niveau mondial rend nécessaire l’adoption d’une approche globale et solidaire vis-à-vis des pays d’origine des migrants, notamment l’Afrique Subsaharienne, basée sur le développement socio-économique de ces pays.
De ce fait, le Maroc a élargi les domaines de coopération au niveau bilatéral avec les pays du Sud en initiant des projets de co-développement pour renforcer la coopération Sud-Sud.
Il a également proposé une Alliance Africaine pour la Migration et le Développement comme espace commun de réflexion et de coordination entre pays africains autour des questions imgratoires et leur synergie avec le développement.

ESTIMEZ VOUS QUE LE ROYAUME FAIT DESORMAIS PARTIE INTEGRANTE DES COULOIRS MIGRATOIRES ? SI C’EST LE CAS, COMMENT GERER UNE TELLE PROBLEMATIQUE ?
A.B: La situation géostratégique du Maroc fait de notre pays un carrefour des flux migratoires. Cependant, dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle politique migratoire, des mesures ont été prises visant le renforcement de la gestion des frontières pour limiter les flux migratoires irréguliers et lutter contre le trafic des migrants. Il s’agit d’un renforcement de la surveillance et du contrôle de l’ensemble des zones frontalières, qui a été établit à travers, la mise en place de dispositifs technologiques modernisés ainsi que le déploiement des forces de l’ordre sur l’ensemble des postes frontaliers. Par ailleurs, les autorités compétentes ont mis en place un plan national sécuritaire pour la lutte contre les réseaux de la traite des êtres humains qui prennent de nouvelles formes en termes d’organisation et de relations avec d’autres réseaux criminels internationaux, et ce en coordination avec les services d’autres pays, notamment l’Espagne avec laquelle la coopération dans ce domaine est exemplaire. Ce plan se base sur la réduction des activités de ces réseaux ; le renforcement de la surveillance des plages afin de réduire les activités des réseaux de la migration illégale ; l’anticipation des activités des réseaux criminels, le secours des victimes et le démantèlement de ces réseaux ; l’encouragement du retour volontaire des migrants en situation illégale, en coopération avec les corps diplomatiques de leurs pays, dans des conditions qui respectent leurs droits et leur dignité. Grace à tous ces efforts, le Maroc est de moins en moins un couloir migratoire privilégié par les passeurs.

QUE SUGGERE POUR VOUS LE PHENOMENE DE LA MIGRATION CLIMATIQUE ? LE MAROC DOIT-IL SE PREPARER DAVANTAGE POUR GERER PAREILS DEFIS QUI, HIER ENCORE, ETAIENT ALEATOIRES ?
A.B: Les conséquences directes et indirectes du changement climatique sur les écosystèmes à l’échelle mondiale conduisent les populations qui en sont victimes à choisir l’immigration vers des pays ou des régions qui leur serviraient de refuge tant vis-à-vis des aléas de ces changements que d’un point de vue économique. Une telle réalité pose avec acuité la question de la capacité des pouvoirs publics à contenir les vulnérabilités environnementales et l’efficacité des dispositifs juridiques existants, à réguler la question des migrations climatiques et à lui trouver des réponses adaptées. Aussi, vu le caractère transversal et complexe des problèmes liés aux migrations climatiques, il s’avère nécessaire de concevoir la gestion de ce phénomène dans une perspective large, qui va de la prévention voire de la prévision jusqu’à l’adaptation et ce, dans un cadre de coopération internationale.

QUEL REGARD PORTEZ-VOUS SUR LE SOUTIEN DU TISSU ASSOCIATIF A LA POLITIQUE MIGRATOIRE DEPLOYEE PAR LE ROYAUME ?
A.B: Nous considérons que le rôle de la société civile dans l’accompagnement des migrants est un élément déterminant pour la réussite de la politique migratoire. En effet, les associations sont des leviers essentiels aux processus d’inclusion des migrants et représentent un espace transitionnel dans lequel les compétences et les connaissances peuvent être valorisées, approfondies et actualisées afin de favoriser leur intégration.
Dans ce sens, un mécanisme de concertation permanente avec les associations de migrants a été mis en place en vue de s’enquérir de leurs besoins et d’échanger sur les moyens pour les satisfaire. Un cadre de partenariat avec les ONG et associations œuvrant pour les migrants a également été instauré. Un appui financier du ministère chargé des Marocains Résidant à l’Etranger et des Affaires de la Migration et de ses partenaires institutionnels et internationaux est consacré aux activités des associations œuvrant dans le domaine de l’intégration des migrants et ce, dans le cade des appels à projets lancés annuellement dans les domaines de l’intégration économique et auto-emploi des migrants ; l’enseignement des langues et culture marocaines aux migrants ; l’intégration culturelle, éducative et sociale des migrants et leurs enfants ; le soutien aux groupes vulnérables des migrants ; les cours de soutien en faveur des enfants scolarisés des migrants ; l’assistance humanitaire.

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