Après le choc et l’effroi: Comprendre pour vaincre

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Sonnée, la France se réveille après avoir subi, vendredi 13 novembre, dans sa chair les affres du terrorisme djihadiste. Le bilan des derniers attentats concomitants opérés en Ile-de-France s’est révélé particulièrement lourd en pertes humaines : 130 morts et des dizaines de blessés. Mais le tournis est toujours là, omniprésent, depuis que les enquêteurs ont mis en évidence l’implication de jeunes banlieusards dans les tueries. C’est qu’il y a quelque chose qui cloche dans le modèle français d’intégration. L’heure n’est donc plus à la seule réaction, sécuritaire par excellence, pour conjurer un mal de vivre désormais domestique, ni à la seule expédition punitive, le Charles de Gaulle ayant reçu l’ordre de cingler les vagues pour se rendre en Méditerranée orientale pour croiser le fer avec Daech, nébuleuse commanditaire des attentas. L’heure est à la compréhension du phénomène djihadiste qui sévit dans l’Hexagone. Et rien de mieux que de mobiliser autour de cet effort de compréhension toutes les compétences intellectuelles susceptibles d’apporter les éclairages nécessaires. Car le constat, et il des plus désolants, est là : la France est pauvre en spécialistes de l’Islam capables de produire notes et ouvrages nécessaires à la compréhension des déchirements qui s’opèrent dans le monde arabo-musulman et à l’appréhension des défis auxquels la France est appelée à faire face. Déjà, dans le seul créneau du renseignement, outil indispensable à la prise de décision politique, l’approche du moment est décriée pour être lacunaire. Et ils sont nombreux « les vieux routiers » à s’être réveillés pour donner libre cours à leurs critiques à l’endroit des diverses officines faibles en encadrement humain adéquat. « on a beau avoir de bonnes oreilles, il est important d’avoir un cerveau» pour filtrer le trop plein d’informations qui sont le lot desdits services. Et là, ce sont les ressources humaines, faibles, qui sont mises à l’index. Mais le débat dépasse le seuil des « clercs » du renseignement pour s’inviter aussi, et c’est capital, parmi les instances universitaires. Un appel à contribution pour saisir les dimensions des attentats djihadistes, sous toutes leurs coutures, a été lancé rien moins que par le CNRS. Sociologues, anthropologues, philologues… Tout ce que compte la France en compétences scientifiques est sollicité pour apporter les éclairages nécessaires à la compréhension du djihadisme. Mais là, il s’agira de faire la part des choses, jugée des plus nécessaires, à l’heure où une inflation de spécialistes a dominé la scène médiatique. Autant dire que ne saurait  s’improviser spécialiste qui veut. Car il s’agira, en l’occurrence, de démêler un écheveau des plus complexes, loin des raccourcis qui conduisent à jeter l’anathème sur autrui, la communauté musulmane et ses lieux de culte faisant les frais en premier. C’est donc vers une analyse à froid d’un phénomène tout brûlant que la sphère universitaire s’oriente. Et c’est tout à son honneur. A charge pour les autres centres universitaires, ceux des pays arabo-musulmans, d’oser suivre pareille piste. Histoire de décortiquer un mal profond dont il est difficile de guérir en soutenant, tout simplement, que le djihadisme relève de l’hérésie.

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