Astana et la quête d’une porte de sortie à la crise syrienne: La position léonine de Moscou

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La Russie de Poutine inaugure une nouvelle ère dans la région du Machrek en imprimant son tempo aux démarches qui entourent, aujourd’hui, la gestion de la crise syrienne. Téhéran, soutien inconditionnel de Damas, et Ankara qui charrie dans son sillage une partie de la rébellion, ne pouvaient que suivre l’imprimatur du maitre du Kremlin. Ce n’est pas pour rien que Vladimir Poutine a appelé, au deuxième jour des pourparlers d’Astana, de favoriser un dialogue direct inter-syrien. Vœu pieu s’il en est au regard de la crise de confiance qui s’est forgée au fil de plus de cinq année de guerre civile. Dans la capitale kazakh qui abrite les pourparlers inter-syrien, sous la supervision des capitales impliquées dans les négociations et avec le soutien de l’envoyé spécial de l’Onu, Staffan De Mistura, la discussion entre les protagonistes en charge d’asseoir le cessez-le-feu sur tout le territoire syrien, objectif de la réunion d’Astana, est plus militaire que politique. Même si la finalité des discussions, indirectes comme l’est d’ailleurs la guerre par procuration qui ensanglante les divers fronts syriens encore ouverts, est de préparer le terrain à un accord multilatéral qui serait officialisé ultérieurement à Genève. Ce n’est pas pour rien qu’en inaugurant les pourparlers le président kazakh, Noursoultan Nazarbaïev, a souligné que le conflit syrien pouvait être résolu «seulement par des négociations». Et que le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a salué des négociations qui doivent «devenir une étape importante pour régler la crise». Le dossier est des plus complexes puisque les parties essaient de trouver un accord pour consolider le cessez-le-feu en vigueur depuis la libération d’Alep par l’armée syrienne et mettre un terme au conflit syrien qui dure depuis six longues années et qui a déjà fait plus de 310 000 morts. Un accord encore difficile à trouver puisque Bachar Jaafari, représentant actuel de la Syrie auprès de l’ONU qui conduit la délégation du gouvernement syrien, cherche à arracher un cessez-le-feu sur un an et à forcer la main à la Turquie pour qu’elle se désengage de la Syrie tout en fermant ses frontières face aux divers trafics qui renforcent les capacités de nuisance de la rébellion. L’opposition syrienne parrainée par la Turquie est représentée par 12 groupes rebelles seulement. Ce qui est loin d’englober tout l’arc en ciel des mouvements armés desquels sont exclus, pour terrorisme avéré, et le groupe Al-Nosra, filiale d’Al-Qaida, et Daech. Pour Alexandre Lavrentiev, chef de la délégation russe, «le format de cette rencontre est unique, car elle réunit les représentants du gouvernement et de l’opposition syriens sous le même toit». En outre, c’est la première fois que les Etats-Unis ne sont pas représentés dans des négociations d’un tel niveau par une délégation officielle, mais par leur ambassadeur dans le pays qui accueille l’événement. L’installation de la nouvelle administration Trump peut expliquer une telle absence. Mais pas uniquement, Téhéran ayant veillé à ce que les Américains soient exclus de la rencontre d’Astana. Une attitude des plus rigides que la diplomatie russe s’est évertuée à rendre plus flexible pour assurer le succès du rendez-vous kazakh.
Les groupes rebelles avaient laissé entendre que l’opposition et le gouvernement syrien n’auraient pas de négociations en tête-à-tête à Astana. Mais la diffusion en direct des négociations a laissé entrevoir que Mohamed Allouche, dirigeant de Jaysh Al Islam, coalition de groupes islamistes et salafistes qui luttent dans la région de Damas, était présent aux côtés des représentants du gouvernement syrien.
La délégation de l’opposition syrienne s’est également entretenue avec des opposants politiques syriens qui ne prenaient pas officiellement part aux négociations, dans un lobby de l’hôtel Rixos, lieu qui accueille les pourparlers de paix dans la capitale kazakhe. A l’occasion, le chef de l’opposition syrienne et représentant du groupe islamiste Jaysh Al Islam, Mohamed Allouche, a déclaré sa volonté de se rendre «partout où il est nécessaire pour stabiliser le cessez-le-feu» en Syrie.
Il a promis que si le cessez-le-feu s’installait, l’opposition passerait à la prochaine étape lors de futures négociations. Les rebelles syriens ont cependant déclaré qu’ils allaient «continuer le combat», si les négociations avec les émissaires de Bachar Al Assad échouent à Astana. «Si les négociations sont un succès, nous sommes pour les négociations. Si elles échouent, malheureusement, nous n’aurons pas d’autre choix que de continuer le combat», a prévenu Ossama Abou Zeid, un porte-parole de la délégation rebelle.
La Russie s’est dite globalement satisfaite des résultats de la session plénière, a annoncé le chef de la délégation russe, Alexandre Lavrentiev. Il a tout de même noté que «la méfiance mutuelle entre les parties demeurait». La Russie, l’Iran et la Turquie ont appelé les groupes rebelles à se distancier des groupes terroristes, tels que Daech et le front Al Nosra.
L’affaire est encore loin d’être entendue puisque les représentants du pouvoir syrien persistent à considérer les rebelles comme autant de terroristes. Comme quoi, le rétablissement de la confiance est un long processus qui ne fait que démarrer à Astana. Sous la supervision de Moscou qui cherche par tous les moyens à maintenir les ponts jetés entre Téhéran et Ankara.

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