Attentat terroriste d’Istanbul : Comment peut-on succomber, au Maroc, aux sirènes du djihadisme?

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Il y eut de nombreux sondages, préfabriqués pour d’aucuns et exagérés pour d’autres, qui ont confirmé que la jeunesse arabe reste subjuguée par le discours djihadiste qui se nourrit des préceptes éculés du wahhabisme. Et il faut croire que sur l’axe qui s’étend de Tanger à Djakarta, comme le soulignent nombre de géopoliticiens, la réalité serait bien pire. Les révélations qui se font jour sur le conflit syrien, là où les nébuleuses d’Al-Qaida (matérialisé par le sinistre front Al-Nosra qui assoiffe aujourd’hui Damas) et du prétendu Etat Islamique (hideusement réduit en arabe à Daech), démontrent par « a plus b » que ce n’est pas pour rien que ce front a réussi à drainer pas moins de 350.000 jeunes… Tous malheureusement séduits par la propagande djihadiste qui se fait aux normes hollywoodiennes par les experts de Daech. Mais aussi par l’absence d’un projet de société capable de les maintenir at home ; loin des tueries qui se réalisent au nom de l’Islam aujourd’hui en Mésopotamie. Mais pas seulement ! La Libye toute proche qui a réussi à susciter l’intérêt de bien des apprentis sorciers pourrait devenir demain, si jamais le chaos perdure, un autre théâtre de l’absurde où tous les chapitres s’écriraient dans le sang.
Il ne faut se couvrir la face : bien des marocains ont choisi de lier leur sort, qui par conviction et qui par appât du gain, aux acteurs hyperactifs du démembrement du monde arabe au nom d’une guerre sectaire habillée en djihad. Et d’autres n’hésitent pas à applaudir les « exploits » criminels réalisés sur le vaste terrain du djihadisme qui se joue des frontières par tous ces signataires par le sang du grand et absurde projet d’un califat. Lui même objet de déchirements sanglants, comme le confirment les luttes intestines qui rongent de l’intérieur le corps malade d’un supposé djihadisme salvateur éclaté en une kyrielle de chapelles. Comme ce fut le cas lors de l’assassinat médiatisé de l’ambassadeur russe à Ankara. Où encore tout récemment à l’occasion de l’attaque meurtrière d’une boite de nuit d’Istanbul. La blogosphère marocaine s’est emballée pour jeter l’anathème sur les marocaines froidement assassinées par un « soldat » que Daech a mandaté pour entretenir la terreur en Turquie. Faut-il s’étonner si la Justice se saisisse du dossier pour sanctionner ceux qui font l’apologie du terrorisme ?
Mais la question qui mérite mûre réflexion est bien celle-là ; comment réussir à assécher les sources de l’extrémisme et offrir à la jeunesse marocaine un autre projet mobilisateur qui annihile et remplace celui proposé par Daech et consorts ? Nul besoin de souligner qu’il s’agit-là d’une question nodale que les petits arrangements avec les idées des lumières ne sauraient que complexifier davantage. Dans un pays où l’enseignement de la philo s’accommode de textes qui descendent en flammes cette discipline de la raison, qui fait grand cas du questionnement des dogmes et rend honneur au doute, il faut dire que la quête d’une société immune n’est pas gagnée d’avance. Même les sécuritaires en sont convaincus. Eux qui appellent à ce que la lutte contre le djihadisme prenne une dimension totale, en y intégrant la famille, l’école et la société dans son ensemble.

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