AU-DELÀ DU SIEL 2015 : QUID DE LA CULTURE ?

0

Comme dans toute foire, faut-il sacrifier à l’habituel comptage des visiteurs pour attester de la réussite ou non du Salon international de l’édition et du livre ? L’édition 2015 aura fait le plein de débats. Propulsant la culture sur les devants de la scène. Question lancinante s’il en pour tout pays. 

Oui, le ministre en charge de la Culture a cherché à marquer de sa présence l’édition 2015 du SIEL. Oui, il a même pris la parole bien des fois pour défendre l’action du ministère qu’il pilote, tout en se contentant aussi souvent d’écouter les autres. Amine Sbihi est allé plus loin dans le marketing politique qui accompagne cette opération de promotion de la culture, la circulation du livre représentant un pilier incontournable. En mettant en scène les aides que le département de la Culture, dont le budget reste aussi rachitique que par le passé, a décidé de débloquer pour encourager les artistes nationaux : des plasticiens aux hommes du théâtre. Mais la somme de tous ces millions de dirhams que l’arroseur a débloqué, l’argent public n’ayant pas d’odeur idéologique assure-t-on, est-on face à une stratégie culturelle dûment tracée dans le temps comme dans l’espace ? On laisse au ministre le soin d’y répondre. Et il ne manque pas d’arguments pour le faire au vu ne serait-ce que de l’enveloppe budgétaire allouée au secteur. Quant à la question du « soft power » que le pays est en droit de revendiquer pour faire bonne figure parmi les nations, nul besoin de souligner que l’affaire est encore loin, très loin, d’être pliée. Car la culture est liée à la production idéelle qu’offre le génie marocain chaque année. C’est la somme d’un marché de l’édition, encore anémique malgré les combats menés par nombre d’éditeurs trop petits pour faire la différence ne serait-ce qu’avec ceux de l’espace du Machrek. C’est aussi l’offre en spectacles de dimension internationale où les vedettes marocaines occupent une place de choix. C’est en plus le nombre de productions scientifiques réalisées et de brevets estampillés « made in morocco »… Et la liste est longue pour faire du « soft power » local un facteur de construction du pays et de sa projection dans un univers concurrentiel. A la lumière de ce qui vient d’être énoncé, il faut s’avouer nos faiblesses pour pouvoir avancer en relevant tous les défis qui se présentent. Et dans ce cadre-là, une question basique mérite d’être soule
vée à l’heure où le souvenir du SIEL n’est pas encore définitivement enfoui : qu’a-t-on fait pour encourager la lecture au sein de la population qui le peut encore (abstraction faite du taux de l’analphabétisme) et garantir, économiquement, à la production éditoriale de tourner à un régime acceptable ? Rien n’a été décidé alors que le jeu ne saurait être gagnant sans une politique faite d’appui sérieux aux éditeurs et de révision à la baisse des taxes qui pénalisent le livre. L’affaire n’est donc pas, il faut en convenir, du seul ressort d’un seul département. Elle doit être l’œuvre globale de tout un gouvernement qui s’est fixé pour objectif de garantir l’émergence du pays. Car le secteur de l’Education nationale est intimement lié à la chose culturelle. Car c’est bel et bien dans les établissements scolaires que l’on forme les esprits à la critique, comme à l’autocritique. Et là aussi, il faut dire que l’on est malheureusement plus éloignés de toutes les lueurs d’espoir que la mise en place de la haute commission ad hoc avaient charrié dans son sillage. On est encore au stade du débat sur la langue de base à adopter pour faciliter l’apprentissage alors que la question nodale qui se pose a trait à la promotion de l’intelligence au niveau de tous les paliers de l’éducation. Car au-delà de la socialisation des individus, de l’acquisition des valeurs intrinsèques à la société, et de la maîtrise des bases du savoir en constant changement, l’école est attendue là où elle doit s’investir : former les citoyens d’aujourd’hui et de demain. Des citoyens sains de corps et d’esprit. A-t-on des chances de voir le système obéir aux lois de l’aggiornamento nécessaire, celui qui serait à même de favoriser l’émergence du pays parmi les nations où le savoir est sacralisé ? C’est bien de cette culture-là que les Marocains devraient s’alimenter au lieu d’absorber le trop plein d’une société du spectacle exporté en franchise de droits de douane. Triste image que celle qu’offre les cafés du pays pleins à craquer à l’occasion de derby footballistiques. Quant aux cafés littéraires…

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus