Booster l’agro-industrie, Retard au démarrage

Après avoir gagné relativement la bataille de la production, le PMV semble buter sur la valorisation et la transformation (objectifs de la phase II). Et pour cause : sur les 6 agropoles devant être aménagés entre 2009 et 2015, trois seulement sont opérationnels et une reste à venir.
 
Ayant fait le choix de développer son agrobusiness à travers le Plan Maroc Vert (PMV), le Maroc a fait des pas très importants en termes d’augmentation des volumes de production. Cependant, après avoir gagné la bataille du pilier I du PMV, le pays se doit de mieux valoriser cette production pour avoir des produits à haute valeur ajoutée qui répondent aux normes et standards internationaux que ce soit en matière de la consommation ou au niveau de la sécurité alimentaire. Dans cette logique-là, le PMV prévoyait l’aménagement de six agropoles dans différentes régions durant la période allant de 2009 à 2015. Un projet qui accuse énormément de retard par rapport aux objectifs escomptés. In fine, ce ne sont que trois agropoles qui sont opérationnels, à savoir celles de Meknès et de Berkane qui ont été confiées à MedZ, aménageur attitré de la CDG, et celle de Tadla Azilal dont la première tranche est en phase de commercialisation par ONAPAR, filiale de la SNI. Entretemps, celle du Souss-Massa reste à un stade embryonnaire alors que celles du Haouz et du Gharb demeurent au stade de projets. Ainsi, on peut dire que les plus grand défi du pilier II du PMV à savoir la valorisation et la transformation sont encore loin d’être relevés.
Désintégration de l’amont
Outre les problématiques relatives à l’amélioration de la compétitivité, la sécurisation de l’approvisionnement, la protection de l’environnement, le développement d’une agro-industrie forte nécessite une mise à niveau de la logistique du secteur et créer une synergie entre les chaînes de valeur. Selon un professionnel avisé qui n’est autre que le secrétaire général de l’Aspam (Association des producteurs d’agrumes du Maroc, Ahmed Derrab, « le problème qui se pose, en général, c’est qu’il y a une rupture entre l’amont et l’aval du secteur ». « Dans la plupart des cas, les industriels ne sont pas des agriculteurs, et donc les intérêts ne sont pas concordants ». D’après cet observateur blanchi sous le harnais, l’idéal pour avoir une chaîne de valeur forte est « qu’il y ait une symbiose entre l’amont et l’aval ». L’archétype est « d’intégrer l’agro-industrie à l’amont et qu’elle soit une sorte de débouché normal », résume-t-il. On ne peut donc pas créer cette synergie sans qu’il y ait une mise en commun de moyens qui se renforcent entre eux pour aboutir à un même but : celui de booster le secteur qui se heurte à une réalité qui laisse songeur. Devant résoudre le problème de la rupture entre l’amont et l’aval du secteur, les agropoles connaissent des problèmes énormes. D’abord sur le plan de la réalisation et dans un deuxième temps sur les plans de la commercialisation et de la mise en place d’écosystèmes et de pôles de compétitivité capables de lier l’ensemble de la chaîne de valeur dans le but de la réalisation de gain de productivité et d’économies d’échelle.
A partir de 2010, la réflexion pour le développement d’agropoles a démarré. Première région visée, celle de Meknès qui abrite annuellement le SIAM. Après quatre ans de mise en service, cette dernière enregistre un taux d’occupation faible qui n’excède pas les 30%. Voilà qui doit interpeller les promoteurs de cette « zone spéciale » à l’heure où les industriels mettent en avant le frein du foncier face à l’investissement. Celle de Berkane qui a suivi connaitra, de son côté, un succès mitigé, le taux d’occupation étant de 40%. Ces taux sont jugés faibles par les professionnels, eux qui aspirent à beaucoup mieux, alors que le management de MedZ à qui l’aménagement des agropoles de Meknès, Berkane et Souss a été confié, affiche un optimisme de bon aloi. « Ce sont des taux encourageants. Après quatre ans, nous avons réussi à ramener une quarantaine d’investisseurs à Meknès », assure le président du Directoire de MedZ, Omar El Yazghi. « Il y a des PME et des grands investissements. Dix clients sont déjà opérationnels, dix autres sont en phase de développement » assure-t-il. Avant d’ajouter que vingt autres sont dans une phase initiale (plans architecturaux, etc…). Ces derniers « devront demander l’autorisation officielle au démarrage et je pense qu’ils vont le faire », soutient-il. O.El Yazghi qui se dit content de son bilan. « On aspire à plus », assure ce responsable qui ne ménage aucun effort pour défendre les réalisations du premier aménageur national. « A ce jour on développé à peu près 1700 ha sur tout le territoire marocain. Pour ce qui est des agropoles, on a développé 100 ha sur Meknès, à peu près 40 ha sur Berkane et on est en train de développer une cinquantaine d’ha sur l’agropole du Souss-Mass ». Omar El Yazghi qui soutient que l’intervention de la société qu’il pilote s’inscrit dans la logique d’accompagner les stratégies sectorielles de l’Etat, précise qu’il est fondamental pour MedZ en tant qu’aménageur d’ « attirer des grands comptes pour qu’ils ramènent avec eux leurs fournisseurs ». Sur Meknès, qui est le principal succès de ces agropoles, si succès il y a, O.El Yazghi assure qu’il y a parmi les grands comptes, le groupe suisse Eléphant Vert, Ynna Holding, CMCP et CMGP. Sur ces derniers, il affirme que « ce sont des gens qui travaillent avec les grands agriculteurs et les petits agriculteurs via les systèmes d’agrégation ». Et de supputer que les majors du packaging qui sont à Berkane seront aussi prochainement à Agadir.
En somme, « MedZ a réservé 900 MDH pour ses investissements dans les agropoles, dont 700 MDH pour celles de Meknès et Berkane et près 200 MDH pour celle d’Agadir », indique O.El Yazghi. A Meknès l’aménagement de l’agropole a donné lieu à plus de 2000 emplois créés, selon notre source. Un bilan qui demeure positif par rapport à celui de Berkane, où il n’y a que 12 entreprises opérationnelles principalement des coopératives et des PME et les emplois crées avoisinent les 350. Le principal grand compte qui y a élu domicile est une entreprise qui fait du Gouda (formage néerlandais). Un succès puisque les initiateurs de ce projet sont déjà à leur deuxième extension.
 

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