Brahim Mezned fait le pari sur le numérique  pour sauver l’industrie culturelle

Entre annulation des manifestations culturelles et fermeture des espaces artistiques, l’industrie culturelle marocaine a subi de plein fouet les effets de la pandémie de Covid-19. Sans vouloir, pour autant, s’enliser dans la crise ni  cesser d’enchanter les amoureux de l’art, certains artistes et professionnels se sont sitôt adaptés en misant sur le numérique.

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Brahim Mezned fait le pari sur le numérique  pour sauver l’industrie culturelle

Concerts en ligne, expositions virtuelles, ou encore films gratuitement accessibles sur la toile sont autant de formules qui ont été adoptées dès le déclenchement de la pandémie au Maroc avec parfois une touche de solidarité et de charité lesquelles ont rencontré un large écho sur les réseaux sociaux.

Une sorte de résilience culturelle face à des circonstances très singulières, mais aussi et surtout une manière de repenser l’organisation des événements culturels, ne serait-ce que que le temps de la pandémie, et dont les opérations de report ou des annulations en cascade ont entraîné dans leur sillage des pertes non négligeables en termes d’emploi et de création de la valeur.

Ces concepts dont certains existent même avant la crise de coronavirus, particulièrement à l’étranger, sont au goût de plusieurs mélomanes, cinéphiles et autres passionnés des arts. Joignant l’utile à l’agréable, ils permettent de préserver ce lien entre artistes et public, sans enfreindre les règles de la distanciation sociale.

Certains y trouvent une occasion d’exprimer et partager bonheur et émotion durant cette crise si épouvantable, tandis que pour d’autres, ces nouveaux champs de production culturelle ne pourraient jamais remplacer la magie du spectacle vivant sous toutes ses formes d’expression artistique et culturelle.

 Brahim El Mazned, Directeur fondateur de Visa For Music,  assure que les artistes et les professionnels du secteur culturel ont fait preuve de créativité et d’adaptation en créant des formats d’activités culturelles et artistiques qui maintiennent une dynamique créatrice d’une valeur, aussi minime qu’elle soit. “C’est vrai que le numérique a rendu le spectacle accessible pendant le confinement et a permis aux artistes de se réinventer. Mais malheureusement, le spectacle vivant souffre déjà de fragilité structurelle et on ne peut pas limiter son rôle dans ce changement vers le numérique”, confie B. El Mazned  à la MAP

“Cette crise nous confirme que le numérique ne pourra jamais remplacer l’émotion du live et la rencontre directe entre un artiste et ses spectateurs”, affirme B. El Mazned, également Fondateur de l’agence culturelle Anya.

Le digital change le processus de la création artistique de la production à la diffusion, en modifiant également le rapport de l’artiste avec son public, observe-t-il, précisant que le numérique est un outil à développer, à maîtriser et à intégrer dans les stratégies de communication, comme complément au spectacle vivant.

Pour redynamiser et redonner une nouvelle image à l’espace collectif, il faut également donner à la culture des places autres que celle d’Internet et celui de l’univers digital, estime notre interlocuteur, qui est par ailleurs directeur artistique du Festival Timitar des Musiques du Monde, une manifestation principalement dédiée à la culture amazighe. Certes, les acteurs culturels et les artistes devront s’adapter aux nouvelles réalités et accepter de se produire différemment, dans d’autres lieux adaptés et devant un public limité. Les artistes ont toute la capacité pour s’adapter à ces nouvelles réalités, quelle que soit leur nature ou leur capacité (petites salles, cafés littéraires, écoles…), avec des formats plus adaptés, rassure-t-il.

Par ailleurs, B. El Mazned a relevé que la culture qui joue un rôle essentiel dans le développement humain en tant que levier d’intégration sociale, “ne doit pas passer à la trappe en ces temps de crise”. A cet égard, il invite à repenser l’organisation d’activités à travers l’invention de nouveaux lieux de spectacles comme les établissements scolaires, les jardins publics, les hôpitaux, ou encore les établissements pénitentiaires.

Aux yeux de ce membre de la Banque d’expertise UE/UNESCO, la pandémie de Covid-19 a mis à genoux beaucoup de secteurs, y compris celui de la culture. C’est une crise inédite qui a non seulement impacté notre région, mais le monde entier. En effet, les derniers chiffres de la Fédération des Industries Culturelles et Créatives (FICC) en disent long sur cette agonie dont a été victime le secteur de la culture. Ce sont environ 100.000 emplois qui ont été directement impactés par cette crise sans précédent, alors que près de 1.100 entreprises ont accusé 70% de baisse de leur chiffre d’affaires en moyenne.

L’impact économique de cette crise est ainsi estimé, par la Fédération qui relève de la CGEM, à de 2 milliards de dirhams pour le secteur des industries culturelles et créatives.

A l’échelle mondiale, la pandémie de Covid-19 a eu un impact sur 95% des 60.000 musées dans le monde, alors que les pertes pour l’industrie cinématographique mondiale, à titre d’exemple, sont estimées à plus de 10 milliards de dollars US, selon l’Unesco.

Autant dire que la crise sanitaire que nous vivons a non seulement mis en évidence l’importance de la culture en tant que mode sublime d’expression de l’humanité, mais également comme vecteur clé du développement économique et social. Le secteur culturel et créatif se doit encore de faire montre de résilience sans égal face à cette pandémie si particulière, en donnant de nouvelles dimensions à la façon d’investir et de créer la valeur dans le secteur.

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