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Briser les murs

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le Maroc a raison de chercher par tous les moyens à ne pas insulter l’avenir. Le Roi en a donné, une fois de plus, la preuve en inscrivant la réconciliation entre le Maroc et l’Algérie au centre des préoccupations de l’heure. Car se leurre tout stratège qui tablerait sur l’effondrement de l’un des systèmes pour réussir à tirer la couverture de tous les bénéfices sur lui. N’en déplaise à Dieu, ni le Maroc ne sera épargné en cas de déconfiture de notre voisin de l’Est, car il devra non seulement gérer les millions d’exilés qui fuiraient le chaos mais aussi gérer un vaste territoire qui se transformerait en une large zone grise où pulluleraient les groupes armés, ni l’Algérie ne vivra dans l’opulence en cas de décomposition de son meilleur challenger pour asseoir un quelconque leadership… Le sort des deux pays est lié par la géographie avant tout, et surtout par une histoire commune que les générations montantes ne doivent pas occulter au risque de s’aliéner une mémoire vive faite d’un combat commun pour la libération.
Le Souverain a eu raison de rappeler dans son dernier discours l’épisode de Sétif qui illustre, à bien des égards, la communauté de destin des pays maghrébins. Ceux-là mêmes qui ont réalisé que pour surmonter les épreuves, rien ne doit s’opposer à la constitution d’un front commun avec un programme a minima. C’est de ce combat là qu’il faudra certainement s’inspirer davantage pour dépasser les turpitudes du présent. Celles qui poussent l’Algérie à construire un mur de trois mètres de hauteur le long de sa frontière avec le Maroc. Un geste inamical qui interpelle aussi notre culpabilité à nous, Marocains, d’avoir érigé une barrière de barbelés sur la même frontière.
Certes, la lutte contre l’immigration clandestine explique cet état de fait. Mais il faut tirer les enseignements de quelques précédents aussi identiques que dramatiques. Le Mur édifié par les USA le long de sa frontière avec le Mexique n’a pas réussi à assécher les flots de migrants. Et on n’ose même pas rappeler le Mur de Berlin qui s’est effondré avec l’arrivée à terme de l’ancien ordre mondial bipolaire.
Entre l’Algérie républicaine et le Maroc monarchique il n’y a aucune raison pour laisser la haine s’accumuler dans les cœurs et dans les esprits des populations des deux pays. Au contraire, les deux systèmes sont appelés à trouver un modus vivendi qui est susceptible de relancer le rêve unitaire maghrébin, loin de tout contrôle jacobin. Il s’agit en l’occurrence d’une affaire autour de laquelle la démarche participative, fédérant toutes les énergies, doit se cristalliser loin des pesanteurs politico-diplomatiques qui ont fait que l’Algérie et le Maroc, contrairement à toute logique, se sont tournés le dos tout en multipliant les enchères qui pourraient un jour se transformer en dérive suicidaire. On n’aura jamais assez de rappeler aux esprits chagrins l’exemple typique de la bonne entente franco-allemande qui a permis de dépasser les clivages de l’histoire pour rendre honneur à la géographie : l’espace européen ainsi ouvert leur est redevable de cette realpolitik là. Saura-t-on faire la même chose pour éviter à l’espace maghrébin, obnubilé qu’il est aujourd’hui par deux défis de taille s’alimentant l’un de l’autre, le chaos libyen et la zone grise sahélo-saharienne en l’occurrence, de se consumer par le feu croisé du terrorisme et de la sécession ?
Les discours entre Rabat et Alger confirment de la manière la plus officielle qui soit que le temps des retrouvailles est arrivé. Et c’est à qui osera faire le premier vers l’autre que reviendront les dividendes d’une réconciliation qui s’inscrira en lettres d’or dans les livres de l’Histoire. Le Maroc garde toujours la main tendue aux frères algériens pour que l’accolade qui transformera la chronique régionale ait lieu. L’étreinte fraternelle entre les deux peuples qui partagent ce qui est le plus cher, le sang versé sur la voie des indépendances, suivra d’elle-même. On ose rêver à l’heure où le Maroc affiche sa ferme volonté à renouer avec l’organisation panafricaine pour la constitution de laquelle de nombreux efforts ont été consentis. Un leadership commun, algéro-marocain, est possible sur la voie de la contribution à la construction maghrébine certes, mais aussi africaine. Dans cette épreuve de force qui n’a que trop duré, y a-t-il un mal à ce que nos dirigeants consentent à une réconciliation au terme de laquelle il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu, le bénéfice, tout le bénéfice devant être capitalisé au service des peuples de la région ? Pareille vision de l’histoire pourrait être déconsidérée pour sa naïveté. Mais le futur milite, à n’en point douter, pour sa primauté sur toute autre considération. Osons conjuguer ce futur là au présent. Sans condition d’aucune nature.

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