Campagne agrumicole, Orange coupée en deux à l’export

0 43
Si le plan agrumicole avance résolument vers ses objectifs, la campagne en cours a de quoi temporiser les ardeurs à l’export. Le potentiel exportable n’excèdera pas les 560.000 tonnes alors que l’objectif ciblé est de dépasser le million de tonnes.
Tout concourt pour que les chiffres définitifs de la production nationale en agrumes soient comprimés à hauteur de 2 millions de tonnes cette saison (contre 2,1 millions de t la saison écoulée). La pluviométrie y est pour quelque chose, au même titre que le phénomène de l’alternance. Pourtant, le bilan d’étape permet de dire que les objectifs assignés à la filière agrumicole ont été atteints en termes d’extension et de renouvellement du verger. « On est aujourd’hui à 110.000 hectares concernés par cette spéculation » affirme Ahmed Derrab au nom de l’ASPAM. Mais il faut croire que la montée en production, ciblée dans le contrat programme qui lie la profession à l’Etat est encore loin d’avoir exprimé tout le potentiel souhaité. A l’horizon 2018, la production devrait plafonner à 2,9 millions de tonnes dont 1,3 m/t à l’export.
Dépendre moins des Russes
Si un léger retard est observable au niveau de la montée en puissance de la capacité de production, ce qui est encore plus visible réside au niveau de la contre-performance à l’export. Tout au plus réussira-t-on à boucler la saison avec, tout au plus, 560.000 t à l’export. Une contre-performance qui s’explique, aux yeux de l’interprofession, par la conjonction de plusieurs facteurs déterminants. D’abord, il y a lieu de placer la conjoncture économique internationale dans le centre du débat. « On endure les contrecoups de la crise qui a marqué les principaux débouchés », assure A. Derrab. Mais à ce facteur s’ajoute d’autres, comme l’émergence de nouveaux concurrents très forts de la taille de la Turquie et de l’Egypte. Cela sans parler de l’Espagne qui réussit à exporter, à elle seule, 3,6 millions de tonnes. Ou encore la décision prise par l’interprofession au cours de ces trois dernières années en vue de recadrer au mieux les exportations avec une bonne et judicieuse répartition des exportations sur les divers marchés. « Cette réorientation qui se fait dans la coordination entre les divers acteurs a permis d’atteindre des résultats positifs », rappelle A. Derrab.
Certes, le marché russe sur lequel un travail serré a été fait reste un débouché stratégique. Mais il fallait toutefois ne plus lui consacrer 55% à 60% du potentiel export. « Toute dépendance d’un mono-marché est dangereuse » assure l’interprofession qui a choisi de revoir la stratégie sur ce débouché de sorte qu’il n’absorbe plus que 35 à 40% du total export. A charge de compenser ainsi les pertes sur le marché de l’Union Européenne en lui allouant 30 à 35% du volume exportable, et sur celui de l’Amérique du Nord à hauteur de 15%… Le reste étant canalisé vers les pays du Golfe et les pays d’Afrique.
En somme, la répartition géographique des exportations agrumicoles doit permettre aussi bien la préservation des positions stratégiques obtenues de haute lutte sur bien des débouchés que le come back réussi sur les marchés traditionnels de la taille de l’Europe. Tout en ne négligeant point les nouveaux marchés de proximité que représentent les pays d’Afrique avec l’émergence d’un hub dédié aux produits horticoles en Cote d’Ivoire. A charge d’organiser un tel commerce avec des circuits de transport bien rodés, mais aussi des aménagements douaniers et financiers adéquats.
Agir en amont
Mais l’interprofession rêve d’autres débouchés asiatiques jugés porteurs tels le marché japonais et/ou chinois avec lesquels un travail se fait au niveau de la normalisation pour pouvoir les aborder dans les années à venir.
Pour tenir pareilles perspectives de croissance, de lourds investissements ont été consentis dans la filière. Et l’effort déployé par l’Etat dans le cadre des PPP a été des plus encourageants pour les producteurs, comme en témoignent les subventions accordées pour la conduite moderne des cultures ainsi que pour l’acquisition de plants certifiés. « Notre ambition consiste à travailler huit mois sur douze, soit d’octobre à début juillet, avec des variétés plus précoces et d’autres plus tardives », assure-t-on au niveau de l’ASPAM. D’où les interventions en amont pour réorienter les producteurs sur d’autres variétés que les petits agrumes. C’est donc vers une réorganisation de l’offre que l’effort tend pour assurer une telle présence sur les marchés de l’export. Et c’est de cette maîtrise là que découle l’effort supplémentaire consenti au niveau de la commercialisation. « Cela permet une plus grande visibilité », assure-t-on. Et c’est pourquoi les producteurs assurent qu’ils auraient pu faire mieux à l’export.
Mais au niveau de l’aval, les agrumiculteurs ne sont pas pris à la gorge par la seule rude concurrence que déploient d’autres origines. Ils le sont aussi au niveau local avec une désorganisation des circuits de commercialisation. Une lapalissade que l’interprofession regrette tout au plus alors que le marché tourne annuellement avec 1,5 à 1,6 million de tonnes ! Et cela se traduit par un manque à gagner et pour le producteur et pour le consommateur. Car sur le prix du kilo d’oranges écoulés sur le marché à 7DH, le producteur ne perçoit, lui, que 1,8 Dh tout au plus. La différence étant empochée par les intermédiaires. Avec une organisation du marché intérieur plus performante, le consommateur pourra prétendre à un prix correct (4 Dh le kilo) au même titre que le producteur (2,5 Dh le kilo). Pour ce faire, c’est toute la chaine logistique qui doit être revue de fond en comble avec des circuits de distribution plus organisés et donc plus transparents qu’à l’heure actuelle. Comme quoi, là aussi, la pression du social qui se manifeste avec les parasites du marché contribue à tuer le social, producteurs et consommateurs étant pénalisés. La normalisation du marché intérieur offre, et c’est la prime défendue par les producteurs, des produits de qualité. Car le vrac actuel, avec zéro traçabilité, n’est bon pour personne.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus