Chaos syrien : Moscou muscle sa présence

En soulignant le fait que l’armée syrienne a réussi à amortir le choc des diverses tentatives d’incursion des groupes djihadistes lancées depuis l’Est d’Alep, allant jusqu’à envisager une trêve dès vendredi pour permettre aux civils de quitter les zones de combat, Moscou ne semble plus croire en un quelconque développement diplomatique dans la crise syrienne. Les perspectives de paix en Syrie ne sont plus d’actualité. C’est le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, qui vient de l’affirmer en accusant la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis d’entraver les opérations militaires russes en Syrie.
La position russe ne varie pas d’un iota. Moscou dénonce la présence de groupes djihadistes au sein de l’opposition syrienne. « S’agit-il d’une opposition avec laquelle nous pouvons passer des accords ? » interroge le ministre russe de la Défense en évoquant les victimes de ces derniers jours à Alep où des civils ont été tués lors de l’offensive lancée par des groupes rebelles contre les forces syriennes, soutenues par l’armée russe.
« La perspective d’un début de règlement politique et d’un retour du peuple syrien à une vie pacifique est retardée indéfiniment », poursuit Sergueï Choïgou alors que l’aviation russe marque depuis deux semaines une pause en attendant le feu vert du maître du Kremlin. Faut-il croire que la solution reste éminemment militaire ? En tout cas, force est de constater que l’armée syrienne n’entend pas se laisser faire dans le dossier de la pacification d’Alep. Ainsi, c’est vers Al-Bab, localité qui surplombe la deuxième ville syrienne, que l’attention est aujourd’hui focalisée. Depuis que l’armée syrienne a croisé le fer avec les forces « Bouclier de l’Euphrate » soutenues par une cinquantaine de chars turcs qui voulaient investir la ville d’Al-Bab. Plus, en prévision d’une avancée syrienne sur cette localité, l’armée mobilise des forces au niveau de la base aérienne de Koweiris, là où sont massés des hélicoptères de combat russes. L’affaire a tendance à se compliquer au niveau de ce front dans lequel la Turquie mène des opérations par procuration en vue de mettre en place la « zone tampon » qui la prémunirait des périls terroristes, les Kurdes étant assimilés aux pires ennemis d’Ankara. D’ores et déjà, une alerte chaude a été déclarée en octobre dernier lorsque des chasseurs turcs allaient intervenir sur le sol syrien avant d’être mis en joue par les systèmes de défense aériens russo-syriens.
Pour nombre d’experts, la Turquie qui a soutenu le transit de djihadistes vers la Syrie depuis 2011 joue des alliances qu’elle a pu nouer avec divers groupes armés pour harceler l’armée syrienne et la détourner des fronts du Nord. Le cas des dernières batailles de Deraa, dans lesquelles des groupes armés coalisés ont subi de lourdes pertes, dont des chars, serait symptomatique de ce sombre jeu auquel se livre la Turquie dans la région. Et il n’est pas étonnant que la réconciliation entre Moscou et Ankara prenne un sévère coup avec l’évolution constatée au niveau des divers théâtres de combats en Syrie. Le récent déplacement, à Moscou, du ministre turc de la Défense, n’aura pas été fortuit. Surtout que la présence russe en Méditerranée a pris de l’ampleur avec l’arrivée, au large de la Syrie, d’un porte-avions russe avec toute son escorte, y compris trois sous-marins. Une forte présence qui, assurent nombre d’analystes, est destinée à clore définitivement le dossier d’Alep. Et de porter un sérieux coup à Daech avec la prise d’Al-Bab, en prélude à la grande bataille programmée au niveau d’Al Raqqa.

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