Comment Washington entend faire plier Amman

Les États-Unis envisagent de refuser leur aide à la Jordanie sauf si le Royaume hachémite, fidèle allié des Américains, décide de l’extradition d’une femme condamnée en Israël pour un attentat qui remonte à 2001. Ahlam Aref Ahmad Al-Tamimi avait aidé à tuer 15 personnes, dont deux Américains. Amman, pour rappel, a rejeté le «Deal du siècle» promu par l’administration US et tiré la sonnette d’alarme sur les risques induits par l’annexionnisme débridé d’Israël.  

0 5 519
Comment Washington entend faire plier Amman

L’administration US affirme qu’elle examine « toutes les options » pour pousser la Jordanie à extrader Ahlam Aref Ahmad Al-Tamimi, qui est recherchée par les États-Unis pour avoir conspiré en vue d’utiliser une arme de destruction massive contre des ressortissants américains. L’accusation a été déposée sous scellés en 2013 et annoncée par le ministère de la Justice quatre ans plus tard.

La question de l’extradition sera probablement soulevée cette semaine lorsque le roi Abdallah II de Jordanie s’adressera à plusieurs commissions du Congrès pour exprimer son opposition aux projets d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie par Israël.

A. Al-Tamimi figure sur la liste des « terroristes les plus recherchés » du FBI pour son rôle dans le convoyage du kamikaze de Ramallah à la pizzeria bondée de Jérusalem où il a frappé. Ce fut l’un des attentats les plus meurtriers de la seconde Intifada palestinienne. La femme recherchée vit librement en Jordanie depuis qu’Israël l’a libérée dans le cadre d’un échange de prisonniers avec le Hamas en 2011. Les autorités jordaniennes ont rejeté les demandes américaines de la livrer, malgré un traité d’extradition. La Jordanie compte une très  importante population palestinienne et il n’est pas certain qu’une menace sur l’aide l’amènerait à revoir sa position.

En prévision des interventions vidéo du roi Abdallah II au Congrès, prévues  mercredi avec les commissions des relations étrangères du Sénat et des affaires étrangères de la Chambre des représentants, le Département d’État US a déclaré que des milliards de dollars d’aide étrangère à la Jordanie pourraient servir de levier pour amener les autorités jordaniennes à extrader Tamimi.

La menace est venue des réponses écrites soumises par le candidat de l’administration à la fonction d’ambassadeur en Jordanie, Henry Wooster, à la commission sénatoriale des relations étrangères en réponse aux questions posées par le sénateur Ted Cruz, un républicain du Texas.

« Les États-Unis ont de multiples options et différents types de moyens de pression pour obtenir l’extradition d’Ahlam Aref Ahmad Al-Tamimi », a écrit H. Wooster. « Nous continuerons à dialoguer avec les responsables jordaniens à tous les niveaux, non seulement sur cette question, mais aussi plus largement sur le traité d’extradition. La générosité des États-Unis envers la Jordanie en matière de financement militaire étranger ainsi que de soutien économique et d’autres formes d’assistance est soigneusement calibrée pour protéger et promouvoir l’ensemble des intérêts américains en Jordanie et dans la région ».

À la question de savoir si l’aide à la Jordanie ferait partie de ce levier dans l’affaire Tamimi, H. Wooster a répondu : « Si cela est confirmé, j’explorerais toutes les options pour traduire Ahlam Aref Ahmad Al-Tamimi en justice, obtenir son extradition et aborder les questions plus générales liées au traité d’extradition », rapporte The Associated Press.

La référence à l’aide dans la réponse de Wooster était inhabituelle. Auparavant, l’administration Trump, et l’administration Obama avant elle, avaient adopté une approche discrète à l’égard de Tamimi, l’évoquant dans des conversations privées avec des responsables jordaniens, mais se gardant bien d’engager un combat public avec un des rares pays arabes qui reconnaît Israël et qui a été une source fiable d’informations de renseignement sur la région, y compris sur la Syrie voisine.

Les États-Unis sont depuis longtemps un important fournisseur d’aide à la Jordanie. Début 2018, l’administration Trump a signé avec la Jordanie un accord d’aide de 6,4 milliards de dollars sur cinq ans, qui a permis d’augmenter le montant annuel de l’aide de 275 millions de dollars pour le porter à 1,3 milliard de dollars. Cette impulsion « met en évidence le rôle central que joue la Jordanie en contribuant à favoriser et à préserver la stabilité régionale et soutient les objectifs des États-Unis tels que la campagne mondiale pour vaincre l’Etat islamique, la coopération antiterroriste et le développement économique », avait alors déclaré le Département d’État.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus