Commis d’Etat vs comédiens d’Etat

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Peut-on parler de « Laftit-gate » ? Il y a ceux qui en voient un véritable scandale, surtout depuis que le pays a renoué avec une nouvelle dynamique politique charriée dans le sillage de l’adoption de la Constitution de 2011. L’égalité des citoyens gommant la notion passée de mode de « commis d’Etat »… L’Etat étant l’expression de l’ensemble des citoyens qui peuplent un territoire. Dès lors, point de privilèges pour les uns, sans tous les autres. Et point de prébendes aussi. Mais il y a aussi ceux qui font porter à l’affaire les attributs amples d’un habillage juridique qui autorise le traitement exceptionnel au profit de quelques acteurs publics en vue, le supposé décret du 26 décembre 1995 n’ayant pas été invalidé pour faire de Laftit un contrevenant en puissance qui mérite in fine de figurer dans le box des accusés pour avoir bénéficié d’un avantage indu.
On laisse de côté toute propension à prononcer une quelconque sentence que dicte l’éthique politique, Laftit es qualité de « commis de l’Etat » devant chercher, en principe, à ne pas commettre d’impair susceptible de lui ôter le caractère d’intouchable pour se soumettre, comme tout un chacun, à l’exercice salvateur et par trop démocratique de la reddition des comptes. Comme on ne chercherait point à chatouiller les sentiments qui font la joie des populistes prompts à s’enflammer pour le moindre écart pour en faire une affaire d’Etat.
Car l’essentiel, à n’en point douter, est à situer dans le pré-carré du Chef du gouvernement. Abdelilah Benkirane qui a fait campagne autour de la lutte contre la prévarication et la rente. Car si décret il y a, nul besoin de rappeler que c’est bien au Patron de l’Exécutif que revient la charge, courageuse, de l’abroger. Mais il faut croire que prisonnier de sa couardise, A. Benkirane préfère revêtir son uniforme de combat aux couleurs du PJD pour solder ses comptes avec des membres de son gouvernement qui échapperaient à son contrôle. Et pour faire bien monter la sauce, rien ne vaut la consigne de « silence » que les militants du parti islamiste doivent se conformer. Histoire de camper, avec maestria, le rôle de pompier-pyromane. Solidarité et cohésion gouvernementale ? Du pipi de chat ! L’important étant de voler au secours des siens, le maire de Rabat et le Président de la région, tous deux Pjdistes, ayant souffert le martyr d’un Laftit qui s’assume comme Wali et principal ordonnateur. Ainsi, Benkirane qui n’ignore pas les dictons populaires sait « brandir le doigt sous sa soutane ». L’essentiel étant d’électriser la situation à la veille des législatives d’octobre qui pourraient hâter le crépuscule de l’islamisme politique roublard tel qu’il s’exprime aussi sous nos cieux. Si l’été est caniculaire, rien n’empêche de pronostiquer un automne des plus austères en voix exprimées contre un Exécutif qui excelle dans le jeu de la victimisation (face à une résistance acharnée tantôt de l’Etat profond tantôt de l’Etat de l’ombre, si A. Benkirane n’invoque pas les crocodiles et autre démons). L’essentiel étant de ne pas présenter de bilan du quinquennat au peuple. Celui-là qui sait ce que la panne veut dire puisqu’il en subit toutes les conséquences…
On est donc face à une tragi-comédie qui met aux prises des « commis d’Etat » d’un côté et des comédiens d’Etat de l’autre. N’est-ce pas là le comble de l’absurde ?

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