Conseil de sécurité tunisien: Lorsque BCE joue la transparence…

Le président tunisien a pris le peuple à témoin en assurant la transmission médiatique de la réunion du Conseil de Sécurité nationale (CSN) au cours de laquelle il a déploré les atermoiements de l’Assemblée à examiner le projet de loi sur l’Etat d’urgence, le manque de diligence dans l’enquête sur l’appareil sécuritaire secret (en lien avec la formation islamiste d’Ennahda), l’absence de suivi dans le traitement de l’affaire du « camp d’enfants » de Regueb et le décès de nourrissons. Autant de dossiers qui réclament un traitement d’urgence.

Au cours de cette réunion élargie à Sonia Ben Cheikh, ministre de la Santé par intérim, et Mohamed Fadhel Mahfoudh, ministre auprès du chef du gouvernement chargé des relations avec les institutions constitutionnelles, la société civile et les droits de l’homme, le président de la République a révélé que « ne voulant pas se mettre en violation de la constitution au sujet de l’Etat d’urgence, il a pris l’initiative d’en saisir par écrit «contrairement à mes habitudes», soulignera-t-il, le chef du Gouvernement et le président de l’ARP. Encore plus, il les a prévenus qu’il ne procèderait plus à l’avenir au prolongement de l’état d’urgence dont la date butoir arrivera à échéance le 4 avril prochain.

Evoquant la démission du ministre de la Santé, il a salué son acte, en homme imprégné du sens de l’Etat, et en a profité pour glisser : « La continuité de l’Etat exige qu’il y ait ceux qui partent et ceux qui les relèvent. J’espère avoir été clair et je suis prêt à le répéter si nécessaire. Mais, je crois que c’est bien compris. Nous ne voulons pas que la Tunisie soit tributaire de personnes, quels qu’ils soient, chefs ou administrés.»

Dans une vidéo de sept minutes mise en ligne par la Présidence, le Béji Caïd Essebsi s’est voulu direct dans ses remontrances au gouvernement et au parlement.

« Je souhaite de prime abord rappeler que la réunion du Conseil de sécurité nationale a suscité des interrogations nouvelles ou renouvelées de la part de certains, qu’il s’agisse d’hommes politiques ou d’hommes du pouvoir. Cette réunion était programmée pour la semaine dernière. Mais à la demande de Monsieur le chef du gouvernement qui avait des engagements que nous comprenons, nous l’avons reportée à aujourd’hui. » Réagissant sur le vif, Youssef Chahed a indiqué : « On nous a prévenus juste la veille, alors qu’on aurait dû en être avertis deux semaines à l’avance. » Forçant le chef de l’Etat a remettre les points sur les « i » en soulignant que « la question n’est pas là ! Nous pouvons même le faire un mois avant. Il y a un problème dans la compréhension du rôle des institutions. Le ministre de la Santé publique nous l’avions invité auparavant lorsqu’il s’agissait de la pénurie des médicaments. Il s’était présenté – et qu’il en soir remercié – et exposé la situation. Nous œuvrons pour faciliter le fonctionnement des rouages de l’Etat, quelles que soient nos propres idées. Je ne cesse de le rappeler, je m’appelle Béji Caïd Essebsi et j’ai mes propres idées. Ceux qui me connaissent le savent. Maintenant, je suis président de la République. Je n’ai pas à faire prévaloir mes idées, mais ce qui renforce l’Etat et rassemble ses rouages. La sécurité nationale ne se limite pas aux questions de sécurité (police) et de défense. C’est un concept global. » Et de retoquer et l’Exécutif et le législatif. « Le projet de loi sur l’Etat d’urgence. Je suis de ceux qui avaient signalé à M. le chef du Gouvernement de la nécessité de mettre fin à la situation actuelle. C’est pour cela que nous avons élaboré un projet de loi qui a été examiné et adopté par le conseil des ministres et que le gouvernement a soumis à l’ARP, il y a de cela quatre mois. Nous sommes en train de décréter l’Etat d’urgence selon un vieux décret de 1978. La nouvelle constitution a indiqué que ses dispositions sont anticonstitutionnelles et qu’une loi organique appropriée est indispensable.  La question est que ce projet de loi, est prêt, adopté par le gouvernement et transmis à l’ARP depuis quatre mois. Si l’ARP, pleinement souveraine en la matière, éprouve, pour des raisons qui la concerne, des difficultés à l’adopter, la question n’est plus de la responsabilité du président de la République, mais du ressort du chef du Gouvernement et de l’ARP. Et, c’est l’ARP qui y est habilitée à exercer son contrôle sur le gouvernement.

Contrairement à mes habitudes, j’en ai saisi par écrit le chef du Gouvernement, lui indiquant que je ne saurais me mettre en violation de la Constitution. J’ai également écrit au président de l’ARP pour lui dire que d’ici le 4 avril (2019, échéance du prolongement actuel de l’Etat d’urgence), il ne faut plus compter sur moi pour continuer à le faire. »

Revenant sur « l’appareil sécuritaire clandestin » en lien avec les islamistes qui ont martyrisé les formations progressistes, le Président tunisien rappelle que ce dossier a déjà été évoquée au sein du CSN. « Nous voyons tous les jours des prises de paroles dans les médias, avec mention de documents, et multiplications d’allégations. J’estime nécessaire de prendre position. Il ne s’agit pas de constituer une justice parallèle en charge de l’affaire en question. Mais, à voir la justice devenir la cible d’attaques et faire l’objet de remise en cause, nous risquons de nous retrouver dans une situation redoutable. Nous ne pouvons continuer à laisser se propager auprès de l’opinion publique un sentiment de problème (non-élucidé). Nous devons prendre position. »

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