Conseil national de sécurité : L’urgence d’un dossier

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Tout récemment, le banc et l’arrière banc du système sécuritaire marocain s’est déplacé à la chambre des représentants. Une première dans le monde arabo-musulman à saluer à l’heure où le Maroc est engagé dans la lutte contre le terrorisme aussi bien à l’échelle nationale qu’internationale. Et que de lourdes menaces pèsent sur la stabilité de la région.

Nul besoin de rappeler ici que nos voisins maghrébins comme sahélo-sahariens vivent des mutations difficiles et lourdes de conséquences. On remarque d’abord qu’aucune information n’a circulé quant à la teneur de cette réunion qui s’est déroulée à huis clos. Tout au plus constate-t-on que des cadors de partis politiques se sont empressés de déclarer que la question de sécurité et de défense relève de l’inconnu, soit un domaine réservé aux professionnels. Il y en a même qui ont souligné que la culture partisane est vierge de toute réflexion se rapportant à un sujet aussi complexe et stratégique. La seule formation qui a mis au devant de la scène la question de la mise sur pieds du Conseil national de sécurité, en conformité avec les prescriptions de la Constitution de 2011, est l’Union socialiste des forces populaires (USFP). Bien entendu, une telle saillie est d’importance et va au-delà des joutes politico-politiciennes. La question nodale qui est à mettre en évidence est liée au retard enregistré quant à l’avènement dudit conseil. S’agit-il dès lors d’une question politique, institutionnelle, juridique, technique, économique ou de compétence ? Toujours est-il que cette problématique reste en suspens alors qu’on attendait de voir tous les acteurs droit-de-l’hommiste tétanisés face à cette initiative alors qu’ils ont toujours milité pour la transparence et la bonne gouvernance sécuritaire.
Pour les spécialistes des questions stratégiques, militaires et sécuritaires, « il faudrait repenser la défense et éviter la violence ». La défense est un enjeu trop vital pour être le domaine réservé d’experts et de professionnels. Car elle engage la survie de la Nation, de ses institutions, de son territoire, et de ses intérêts vitaux, tout autant que ses valeurs et sa capacité à résister aux menaces. La défense reste bien sûr une politique. C’est un engagement pour les hommes et les femmes qui ont choisi le métier des armes. Mais c’est aussi l’expression de la volonté d’un peuple de rester maître de son destin. Penser la défense, c’est l’objet d’échanges et de débats multiples et variés. Car n’oublions pas que depuis la fin du système bipolaire, les guerres n’ont jamais cessé.Chaque paix est suivie d’une guerre, latente ou déclarée. Et ce qui se passe dans notre hinterland est assez parlant pour craindre les miasmes de l’instabilité.
Les réflexions sur l’esprit de défense permettront, ainsi de faire dialoguer penseurs, praticiens et représentants de la société civile autour de la paix et de la guerre. Il s’agit de nourrir sur la place publique une réflexion qui engage notre avenir.
Malgré la survivance du postulat « secret défense », dans les pays démocratiques qui ont ouvert le débat autour des questions de sécurité et de défense, décideurs politiques, professionnels et chercheurs se retrouvent autour de débats féconds. Et tout cela représente une aide à la décision qui revient de droit au chef de l’Etat. C’est à lui que revient la responsabilité de toute décision politique et stratégique engageant le pays. Bien entendu, la dimension gouvernance sécuritaire et de défense est garantie par l’implication de tous les acteurs, y compris les commissions parlementaires et sénatoriales. Un simple regard porté sur la production des rapports du Sénat français, à titre d’exemple, devrait inspirer quant à la pertinence de l’ouverture du débat sur les questions stratégiques.
Les expériences humaines dans le domaine reposent sur des matrices de réflexion sur comment penser la défense et éviter la violence. Quatre axes principaux sont à souligner dans ce cadre conceptuel. La maîtrise de la technologie moderne par l’état-major dans la prise de décision et de commandement. De nouveaux paradigmes doivent être pris en compte pour évaluer les dangers et identifier et gérer les menaces. Car la défense et la sécurité relèvent d’un champ dynamique et non pas statique (Terminator). Il faut prendre en considération le symbole des pulsions destructives de l’homme et s’assurer que la défense concerne chaque citoyen et engage le pays dans son ensemble (Minotaure). Il faut évidemment se projeter dans le futur et ne pas rester prisonnier du présent. La pro-activité doit être épaulée par une doctrine à définir dans un cadre consensuel détectant les vulnérabilités pour faire face aux menaces d’aujourd’hui et de demain (Valmy). Et last but not least, il faut tirer les conclusions de tout déploiement de la force en faisant preuve d’une grande souplesse dans les techniques opérationnelles. Ceci est d’autant plus vrai que les armées classiques d’avant peinent à répondre aux impératifs de défense et de sécurité face à des mouvements de guérilla (Gladiator), En somme, la réflexion tend à repenser les dangers actuels et futurs en impliquant tous les intervenants, notamment la société civile qui demeure l’appui essentiel pour tout service de sécurité et pour toute armée. Un conflit sans l’engagement du peuple, avec toutes ses composantes, est une guerre perdue comme disait Raymond Aron.
En conclusion, une telle institution stratégique garantira notre capacité de décision opérationnelle, à tous les niveaux et à court, moyen et long terme. Nos dernières opérations extérieures ont suscité au Maroc un véritable débat et des réactions mitigées, voire contradictoires, surtout après la mort du pilote marocain Bakhti : différentes divisions sur la guerre au Yémen et une union sacrée autour des actions intérieures (opération Hadar) et extérieures de maintien de la paix et de la sécurité internationale (Afrique, Europe, Asie), outre son engagement dans la coalition internationale contre le terrorisme. Ce débat pourrait faire croire que le Maroc ne dispose pas de doctrine claire et pérenne qui lui permette de décider de sa participation ou non à une opération quelconque. Dans ce cadre, on doit poser la question sur comment trancher quand l’Exécutif, la classe politique et la société civile sont divisés et comment éviter que la décision géostratégique soit l’otage des agendas politiques. Pour tout dire, comment continuer à valoriser la puissance décisionnelle du chef de l’Etat, seul responsable selon la Constitution, de la défense de l’intégrité territoriale du pays et de sa stabilité, sans passer par un processus parlementaire long et incertain. Un pays comme le Maroc qui veut pouvoir peser sur le destin de la région, grâce à ses capacités de projection militaire et sécuritaire, ne peut s’affranchir d’un cadre de réflexion cohérent et responsable. Cette maîtrise doit s’articuler autour de trois axes directeurs, calculer les gains, coûts et risques d’une action, produire des analyses à la hauteur des enjeux et menaces (finalité et conséquences), et enfin le soutien de la population à toute opération militaire par le biais d’une communication stratégique adéquate et parfaitement maitrisée. Un Maroc fort devrait disposer de structures solides et crédibles pour endiguer tous les défis, endogènes et exogènes.

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