Crise libyenne et bruits de bottes algériennes: Les regards se tournent vers Berlin…

Le chef de la diplomatie russe a déclaré que les négociations sur la Libye du 13 janvier à Moscou, qui se sont soldées sans accord de cessez-le-feu, «ne sont pas considérées comme irrévocables», mais comme une contribution à la conférence de Berlin et appelle l’Allemagne à inviter les parties libyennes pour la rencontre prévue le 19 janvier courant.

Les pourparlers qui se sont tenus à Moscou n’ont jamais été considérés comme irrévocables dans le règlement de la situation dans le pays, mais ils étaient importants pour faire avancer le processus de paix, a déclaré Sergueï Lavrov lors de la conférence de politique internationale Raisina Dialogue ce mercredi 15 janvier à New Delhi, en Inde.
«Nous n’avons jamais considéré la réunion à Moscou comme définitive, mais comme une rencontre pour promouvoir la paix et pour la contribution à la conférence de Berlin. Nous avons recommandé à l’Allemagne d’inviter les Libyens et nous espérons qu’ils réagiront positivement à cette proposition. Le processus est en cours, il se poursuit», a souligné le chef de la diplomatie russe.
Les participants à la rencontre de Moscou du 13 janvier ont discuté de la possibilité et des conditions d’une désescalade des tensions en Libye. Cependant, aucun accord de cessez-le-feu n’a été adopté car le document final n’a pas été signé par toutes les parties.

Le maréchal Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne, avait demandé le 13 janvier au soir un délai de réflexion jusqu’à mardi matin avant de signer l’accord formel de cessez-le-feu en Libye accepté par son rival, le chef du gouvernement d’union nationale libyen (GNA) établi à Tripoli, Fayez el-Sarraj. Mais l’homme fort de Banghazi a refusé d’avaliser le cessez-le-feu négocié sous l’égide d’Ankara et Moscou.

Cette réunion faisait suite à l’initiative de Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan de pousser les parties adverses en Libye à cesser les hostilités.
Évoquant une situation «calme», la Turquie a estimé dimanche 12 janvier que les deux belligérants s’efforçaient «de respecter» le cessez-le-feu. Ce qui n’a pas empêché le Président turc de «menacer» le maréchal Haftar de «leçon» inoubliable s’il persistait dans son politique guerrière.
Ankara, pour rappel, a déjà envoyé des troupes turques et du matériel de guerre en Libye pour soutenir Tripoli, assiégé par l’ANL, comme il compte aussi sur les milliers de djihadistes convoyés depuis la Syrie pour renflouer les forces de F. al-Sarraj, avec lequel les Turcs ont négocié des accords sur la délimitation des frontières maritimes.
Un retour en force d’Ankara dans la région qui n’est pas pour plaire ni aux capitales européennes, ni à celles du voisinage libyen.

Alger avait affirmé que le problème ne pouvait avoir qu’une solution «exclusivement inter-libyenne» et que «la présence d’aucune force étrangère» dans ce pays voisin n’était acceptable.
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, a rappelé dans ce contexte qu’Alger prônait toujours la non-ingérence dans les affaires intérieures des pays.

Pour rappel, R. T. Erdogan a annoncé le 5 janvier, que des unités militaires turques étaient en route pour Tripoli à la demande de F el-Sarraj, précisant qu’il s’agissait de l’envoi d’experts militaires et d’équipes techniques pour soutenir les autorités reconnues par la communauté internationale et menacées par l’Armée nationale libyenne du maréchal K. Haftar.
L’Union européenne, ainsi que, notamment, l’Italie, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne dénoncent le déploiement militaire turc en Libye et appellent Ankara à mettre un terme à son intervention. Au même titre d’ailleurs que l’Egypte qui est épaulée dans sa lutte anti-terroriste par l’Arabie Saoudite et les EAU.

Ce n’est donc pas par hasard que l’Algérie qui rue dans les brancards s’est décidé pour une démonstration de force à la frontière avec la Libye où un contentieux territorial est toujours pesant.
En effet, l’ANP algérienne a lancé des manœuvres à munitions réelles «Borkane 2020», au niveau de la 4ème région militaire à Ouargla, dans le sud-est de l’Algérie, à la frontière avec la Libye, sous la supervision du général-major Saïd Chengriha, chef d’état-major et commandant des Forces terrestres algériennes, indique un communiqué du ministère de la Défense nationale (MDN).
Ces manœuvres interviennent dans un contexte d’enlisement de la situation politique et sécuritaire en Libye, suite à l’assaut donné par l’Armée nationale libyenne (ANL) commandée par le maréchal Khalifa Haftar sur la capitale Tripoli.
Ces exercices ont été menés «par les unités organiques de la 41e Brigade blindée, appuyées par des unités aériennes», affirme le MDN algérien qui précise qu’elles ont eu lieu «au niveau du polygone de tirs et de manœuvres du secteur opérationnel nord-est d’In Amenas».
Par ailleurs, la même note ajoute que ces exercices ont vu également «la participation de drones qui ont découvert, lors d’une opération de reconnaissance, un groupe ennemi qui tentait de s’infiltrer dans une infrastructure énergétique».
«Ces drones ont procédé au bombardement de ce groupe, tandis qu’un détachement des troupes spéciales a été débarqué par des hélicoptères, dans l’objectif de boucler et de détruire ledit groupe», explique le MDN.

Depuis l’attaque terroriste, en janvier 2013, contre le complexe gazier de Tigentourine, dans la région d’In Amenas, par un groupe venu de Libye, l’ANP a renforcé le dispositif sécuritaire à la frontière avec ce pays.
Elle a notamment déployé plusieurs unités de combat et augmenté le niveau de surveillance en s’appuyant sur des moyens aéroportés et des drones.

Depuis la chute du pouvoir de Mouammar Kadhafi en 2011, les flux de circulation d’armes de guerre dans toute la région du Sahel ont augmenté d’une manière inquiétante.
Des saisies d’armes et de munitions dans le sud de l’Algérie, notamment près des frontières avec la Libye, le Niger et le Mali, sont régulièrement annoncées par la défense algérienne.

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