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Croissance économique : Le modèle s’essouffle…

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Il y a de ces cénacles qui remplissent leur rôle : «agiter les idées». C’est le propre du CERAB qui a tenté de décortiquer le modèle de croissance de l’économie marocaine. Un modèle qui semble avoir atteint ses limites.

Rythmée par une croissance en dents de scie depuis une quinzaine d’années, l’économie nationale peine à émerger et à permettre l’inclusion sociale. L’impact de cette croissance sur l’emploi ne se fait pas sentir d’une manière claire. Ainsi, le chômage persiste, même durant des années de forte croissance, et les disparités sociales s’aggravent. Le modèle, en panne, incite au changement. Tel le plaidoyer de nombre d’économistes. L’une des raisons fondamentales qui a rendu impératif le changement du modèle de croissance économique résulte du passage forcé de l’économie marocaine d’une économie de rattrapage, relativement fermée et très peu ouverte sur les échanges où dominaient l’imitation technologique et le dualisme, à une économie mondialisée extravertie où la clef de voûte repose sur l’innovation. Vue sous ce prisme, il faut croire que les circuits de l’économie nationale n’ont toujours pas réussi à intégrer la nouvelle donne pour exprimer au mieux une croissance forte et durable. Celle que les institutions de Bretton Woods chiffrent à au moins 7% par an pour pouvoir relever les défis du sous-développement.
À quel point l’actuel modèle triptyque basé sur le développement sectoriel, la libéralisation du marché et l’ouverture commerciale intègre-t-il les différentes dimensions de développement ? À quel point permet-il de renforcer la cohésion sociale et de réduire les inégalités sociales ? Jusqu’à quand pourrait-il se contenter de la seule consommation intérieure comme moteur de la croissance ? Et quelle (s) alternative (s) devrait-on imaginer?
C’est à ces interrogations, entre autres, qu’un parterre d’économistes et de syndicalistes a essayé de répondre en tentant d’en percer tous les mystères lors d’un colloque organisé, fin avril à Rabat, par le Centre d’Étude et de Recherche Aziz Belal (CERAB) en collaboration avec l’Union marocaine du travail (UMT).
Après le Haut-commissariat au plan et le Centre marocain de conjoncture qui ont ouvert le débat sur le modèle de croissance adopté et ses limites, c’est autour du CERAB d’apporter son lot d’éclairages. Sur ce sujet éminemment complexe, « nous avons, plus que jamais besoin de débat », a tenu à rappeler l’ancien ministre des Finances, Mohammed Berrada. D’autant plus que le Maroc mène, sans concertation, une politique d’ouverture de son économie depuis la fin du Programme d’ajustement structurel (PAS). « Il me semble qu’il y a une pensée à développer» en la matière, même si au sein du parlement, il n’y a pas de débat sur la question : « Est-ce qu’on doit mener une politique libérale ou une politique keynésienne ? ».

Cet ancien commis de l’Etat s’est, dans une sorte de subjection, interrogé : y a-t-il modèle de développement marocain ? Et de répondre d’emblée avec la franchise qu’on lui doit: « Le Maroc ne dispose pas d’un modèle de développement qui correspond chez nous à une stratégie pensée, élaborée et cohérente ».

Selon lui, il ne suffit pas de rechercher la croissance tous azimuts, mais plutôt une qualité de la croissance sans laquelle on ne pourrait réaliser un développement cohérent et inclusif. Après avoir rappelé les différentes phases traversées par la croissance au Maroc à partir de l’indépendance, M. Berrada a expliqué que « ce n’est qu’à partir des années 2000 que le Maroc a pu reprendre avec une croissance de plus en plus importante et de qualité différente (une croissance moins inflationniste que dans le passé)».
Néanmoins, cette embellie n’a pas généré une réduction des inégalités. « Certes, le revenu par tête à augmenté de 2% sur les trente dernières années, mais les inégalités se sont accrues encore plus », assure cet économiste blanchi sous le harnais.

Déficit d’inclusion

Se référant aux travaux de l’économiste français Thomas Piketty, connu pour sa spécialisation dans l’étude des inégalités économiques, M. Berrada a expliqué que, lorsque le taux de rentabilité du capital (R) se trouve supérieur au taux de croissance (G) cela induit qu’il y a eu augmentation des inégalités et vice versa. « Thomas Piketty démontre qu’il est fort probable que dans les années à venir le taux de rentabilité du capital R soit supérieur à G à l’échelle mondiale », a-t-il soutenu. Tout en affirmant que le Maroc ne semble pas échapper à cette donne.
Quid du pronostic de l’ancien commis de l’Etat ? A ses yeux, «le taux de rentabilité du capital est appelé à augmenter dans les années à venir » et, par conséquent, « la concentration du capital risque d’augmenter au Maroc » voire « d’atteindre des niveaux extrêmement élevés et potentiellement incompatibles avec les valeurs méritocratiques et les principes de justice sociale qui sont des fondements des sociétés modernes».
Un avis partagé par le secrétaire général de l’Union marocaine du travail (UMT), Miloudi Moukharik. Evoquant la question de l’inclusion sociale, et partant du fait que les questions économiques conditionnent celle d’ordre social, le syndicaliste a critiqué « la mauvaise répartition des richesses » qui donne lieu, selon lui, à une augmentation des disparités sociales et favorise les pratiques rentières profitant à « une poignée de nantis ».
Un brin philosophe, le patron du plus ancien syndicat a estimé que le Maroc « n’est pas un pays sous-développé » mais plutôt un pays « mal développé ». Et c’est sur cette même trame que le président du CERAB, Mohammed Chiguer, allait broder son laïus. Lui qui considère que «le Maroc a évolué sur le plan économique, mais n’arrive toujours pas à progresser ». Estimant que « le modèle économique en place depuis 1983 favorise le sous-développement ».

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