D. Trump joue la carte de l’apaisement : L’Empire reste à vif !

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C’est la mi-janvier que Donald Trump investira, en conquérant, les couloirs de la Maison Blanche pour s’installer définitivement dans le Bureau Ovale. D’ici là, le richissime homme d’affaires n’a pas hésité à recadrer le débat en expliquant les points forts, mais très controversés, de son programme électoral. Dans une interview accordée à la chaine CBS, il s’est montré très ferme sur plusieurs dossiers-clés de son agenda conservateur. De l’immigration à l’avortement, le président élu s’est montré décidé tout en essayant d’apaiser les craintes suscitées par son élection dans de larges pans de la société américaine. Le candidat anti-élite, élu sur un discours populiste, a également cherché à établir une forme d’équilibre dans les premières nominations à son cabinet, en propulsant à deux postes-clés de son administration le président du parti républicain et son ancien directeur général de campagne, personnalité par ailleurs très controversée.
« N’ayez pas peur », a-t-il ainsi tenté de rassurer les milliers de manifestants qui le défient quotidiennement dans plusieurs villes des États-Unis, lors de l’interview. Des milliers de personnes ont encore défilé à New York dimanche, après des dizaines de milliers samedi, dans la « Big Apple » comme à Los Angeles, et plusieurs milliers d’autres à Chicago. D. Trump a également condamné les actes de violence et de harcèlement contre des minorités qui, selon l’opposition démocrate et des associations, se sont multipliés depuis son élection. « Ne faites pas ça, c’est terrible, parce que je vais réunifier ce pays », a-t-il expliqué, se tournant ensuite vers la caméra pour leur dire d’« arrêter ».
Au cours de cet entretien, le président élu, qui prendra ses fonctions le 20 janvier, a confirmé qu’il nommerait à la Cour suprême des juges anti-avortement et favorables au port d’armes à feu. « Voici ce qui va se passer. Je suis pro-life [anti-avortement, NDLR] et les juges seront pro-life », a-t-il dit. « Ils vont être très favorables au deuxième amendement » de la Constitution, qui fait de la détention d’armes un droit pour chaque citoyen américain. D. Trump va devoir nommer un juge à la Cour suprême, car un siège est actuellement vacant. Mais il pourrait procéder au cours de son mandat à d’autres nominations. La Cour suprême, dont le pouvoir sur les questions de société est déterminant, pourrait ainsi prendre une coloration très conservatrice. En revanche, le président républicain n’a pas l’intention d’œuvrer à une remise en cause du mariage homosexuel. Il a rappelé que la Cour suprême avait statué sur le sujet. « C’est la loi […] Cela me convient », a-t-il dit.
D. Trump a réaffirmé sa volonté d’expulser jusqu’à 3 millions de clandestins. Cette annonce a généré un couac avec la majorité républicaine. Interrogé plus tôt dimanche par CNN, son chef de file à la Chambre des représentants, Paul Ryan, a assuré que le nouveau président élu ne prévoyait pas de créer des équipes dédiées aux expulsions de clandestins et que la priorité restait la « sécurisation » des frontières. Mais l’intéressé a bien assuré qu’il bâtirait bien « un mur » à la frontière avec le Mexique pour limiter l’immigration clandestine, mais qu’il pourrait être constitué aussi bien de béton que de « clôtures ».
Lors de cette première interview télévisée depuis son élection mardi, le nouvel homme fort de l’Empire a montré une certaine flexibilité sur « Obamacare », la loi emblématique du mandat de son prédécesseur qui permet à tous les Américains d’avoir une assurance santé, mais dont le fonctionnement est très critiqué. Elle pourrait être amendée, et non simplement abrogée. Élu sur un programme populiste de rejet des élites, le magnat – dont la fortune personnelle a été estimée par le magazine Forbes à 3,7 milliards de dollars – a aussi annoncé qu’il renonçait à sa rémunération de président, qui se monte à environ 400 000 dollars par an.
Après plusieurs jours de larges consultations, D. Trump a entamé le bal des nominations de sa future administration. Il a désigné le président du parti républicain Reince Priebus comme secrétaire général de la Maison-Blanche. Il s’agit d’un homme politique expérimenté qui orchestrera toute l’administration du nouveau dirigeant et servira de lien avec les élus et le parti, sorti divisé de la campagne. Mais il s’est aussi adjoint un « haut conseiller et chef de la stratégie » en la personne de Stephen Bannon, son directeur général de campagne, patron du site d’informations ultraconservateur Breitbart News, qui entretient des liens avec des mouvements d’extrême droite européens. Dans le communiqué annonçant sa nomination dimanche, Reince Priebus indique qu’il va « travailler à créer une économie qui marche pour tout le monde, à sécuriser nos frontières, à abroger et remplacer [la réforme de l’assurance santé] Obamacare et à détruire le terrorisme radical islamique ». Le futur chef d’orchestre de la Maison-Blanche adopte ainsi une ligne plus dure que Donald Trump sur « Obamacare », qui a permis à 22 millions d’Américains supplémentaires d’avoir une couverture médicale.

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