Daech sous forte pression en Irak : L’arme des attentats privilégiée

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Au moins 32 personnes ont péri hier dans un attentat-suicide à la voiture piégée à Bagdad, au moment même où le Président français entamait une visite d’Etat en Irak. Mais le bilan allait s’alourdir avec la signature par Daech de 7 autres attentats aussi sanglants. Plus tôt dans la journée, l’organisation terroriste avait revendiqué l’attentat contre une discothèque d’Istanbul en Turquie dans la nuit de samedi à dimanche (nuit du Nouvel An) qui a fait 39 morts, dont 26 étrangers.
Le séjour en Irak de l’hôte de l’Elysée s’inscrit dans le cadre de la contribution de la France à la lutte contre l’EI, qui affronte les forces irakiennes dans son bastion irakien de Mossoul (nord). Celles-ci sont soutenues par une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.
Samedi dernier, 27 personnes ont péri dans un double attentat-suicide sur un marché à Baghdad. La double attaque est survenue sur le marché de mi-gros d’Al Sinek, en plein cœur de Baghdad. Deux kamikazes se sont fait exploser quasi simultanément. Dimanche, au moins sept personnes ont été tuées dans une attaque contre un barrage de la police, au sud de la ville de Najaf. Les deux opérations ont été revendiquées par l’EI.
Baghdad est en alerte depuis le lancement, le 17 octobre 2016, d’une offensive militaire d’envergure pour reconquérir Mossoul, deuxième ville du pays, aux djihadistes qui l’occupent depuis juin 2014. Le 27 décembre, le Premier ministre irakien, Haïder Al Abadi, a déclaré que «les informations disponibles montrent que l’Irak a besoin de trois mois pour éliminer» le groupe djihadiste en question. Contredisant ses déclarations de novembre à travers lesquelles le chef du gouvernement avait promis que la deuxième ville d’Irak serait reprise avant la fin de l’année 2016. Mais la question qui se pose reste liée, elle, à la gestion de l’après victoire militaire (encore difficile) contre Daech. D’autant plus que l’Irak est miné par un système confessionnel qui peine à « blinder » le pays contre une idéologie djihadiste qui joue la carte des sunnites pour mieux s’enraciner.
Si le Premier ministre irakien, Nouri Al Maliki, s’est résolu en août 2014 à céder le pouvoir, sous la pression de la communauté internationale, au gouvernement de Haïder Al Abadi, c’était en aout 2015, c’est pour enclencher un train des réformes prévoyant la suppression d’importants postes et privilèges. Haïdar Al Abadi, membre du parti Dawa, était appelé à solder un lourd héritage marqué par la désintégration du pays et une situation sécuritaire chaotique due à l’émergence des djihadistes de l’EI. Une réalité qui n’a pas empêché les Kurdes de mettre à profit la déliquescence du pouvoir central pour s’emparer de Kirkouk, ville importante sise dans une zone riche en pétrole. Après avoir accédé en 2006 au pouvoir, Al Maliki, qui s’est présenté comme homme de compromis, a fini par déchanter en soufflant sur les tisons ethniques et religieux. Ainsi, le 11 octobre 2006 est adoptée la loi créant un Etat fédéral malgré l’opposition des sunnites.
Ces derniers y voient une manœuvre légalement destinée à les marginaliser. D’autant que leurs régions, situées en majorité dans l’ouest, sont désertiques et dépourvues de pétrole. Le 14 août 2007, une série d’attentats provoque la mort de plus de 400 personnes dans la province de Ninive (nord). Attentats imputés à la branche irakienne d’Al Qaîda. La tenue des législatives en mars 2010 aiguise de nouveau le confessionnalisme. Les chiites votent pour la liste de l’Etat de droit d’Al Maliki et l’Alliance nationale irakienne (ANI).
Les sunnites optent en faveur de la liste laïque Iraqiya de l’ex-Premier ministre Iyad Allawi. En novembre, les forces politiques du pays signent un accord sur le partage du pouvoir entre Kurdes, sunnites et chiites. Jalal Talabani est réélu président et Al Maliki demeure Premier ministre. Les réformes sociales et économiques tardent à venir et la corruption s’est installée en système. D’où le mouvement de contestation populaire de février 2011 contre l’inertie du gouvernement face à ce fléau.
Après avoir envahi le pays en 2003, éliminé Saddam Hussein et soutenu Al Maliki, les derniers soldats américains quittent l’Irak le 18 décembre 2011. Le président Barack Obama voit en l’Afghanistan sa priorité par rapport à l’Irak. Il laisse le pays dans une situation de délitement multidimensionnel. Le lendemain, Al Maliki lance un mandat d’arrêt pour «complot» contre le vice-président sunnite, Tarek Al Hachemi, qui se réfugie au Kurdistan. Le bloc Iraqiya dénonce la «dictature» du Premier ministre.
Entre-temps, les tensions atteignent leur paroxysme entre le gouvernement central et la région autonome du Kurdistan, notamment sur la question de l’exploitation des hydrocarbures. En décembre 2012, d’importantes manifestations éclatent, notamment dans le bastion sunnite d’Al Anbar, à l’ouest, appelant au départ d’Al Maliki, auquel il est reproché d’avoir marginalisé les populations de cette région de par son autocratie. Cette crise politique et la situation sécuritaire chaotique qui prévaut dans le pays constituent une aubaine pour les djihadistes de l’EI et des tribus hostiles au gouvernement pour prendre, en janvier 2014, le contrôle de Fallouja et des quartiers de Ramadi (Al Anbar). Face à l’incapacité des forces irakiennes à combattre les djihadistes, les Etats-Unis décident de s’impliquer directement dans la guerre. Entrainant dans leur sillage une coalition internationale aux intérêts divergents.

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