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Daech vs Al-Qaida: Stratégies et rapports de force

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Al-Qaida, comme Daech, ont assis leur force de nuisance sur des bases idéologiques assez différentes mais ô combien connexes. Les deux organisations terroristes prônent la lutte contre les impies et les laquais des croisés en terre d’Islam. C’est le retour au Califat qui est ainsi promu par cette nébuleuse terroriste qui fait du chaos et de sa gestion le moyen pour asseoir sa suprématie. Qu’est ce qui différencie alors Al-Qaida et Daech ? Eclairages.

Nombre d’analystes ont tenté de comprendre les liens organiques et/ou organisationnels entre l’EI dirigée officiellement par Ibrahim Al Baghdadi et Al-Qaida que pilote Ayman Al-Zawahiri. Mais le dénominateur commun c’est le takfirisme et la violence. Chaque organisation a son projet spécifique. L’EI est une branche djihadiste développée par Abou Moussaab Zarkaoui, père spirituel d’Al-Baghdadi et fondateur de l’Organisation « Unicité et Djihad » qui cherchait depuis 2004 à s’éloigner d’Ayman Al Zawahiri en s’en prenant aux chiites en les considérant comme des alliés de l’Iran et des Etats Unis d’Amérique. Chose qu’Al-Qaida n’a jamais voulu faire. Il y a une radicalité qui distingue clairement les deux organisations à tel point que les militaires occidentaux considèrent Daech comme une façade politique et militaire fondée dans la prison Bouka près de Bassorah. C’est dans cette prison que les trois composantes que sont les ex-officiers supérieurs de l’armée irakienne démantelée par Washington, les membres du parti Baath, dissout, et la branche irakienne de la confrérie Nakchabandia (puissante dans tout le Moyen Orient, et surtout au sein de la communauté sunnite) ont scellé leur entente. Les projets de ces deux organisations salafistes sont diamétralement opposés. Stratégiquement, l’objectif ciblé par Daech est l’établissement du Califat d’Alep à Moussol, alors qu’Al Qaida, cible la lutte planétaire contre les croisés, les juifs et leurs alliés et la libération des terres de l’Islam. Sur le plan organisationnel, l’EI a corrigé les erreurs d’Al-Qaida qui sur-médiatisait ses actions, comme ce fut le cas lors des attentats du 11 septembre 2001. Tout en commettant l’erreur stratégique en focalisant l’attention des puissances occidentales sur le sanctuaire des djihadistes que représentait l’Afghanistan sous les Talibans. Pour les théoriciens de Daech, Aboubakr En-Naji, auteur présumé du « Management de la barbarie », Ben Laden cherchait plus à se venger de ses parrains qu’à l’établissement d’un Etat califal qui rassemble la Oumma. Quand au mode opératoire d’Al-Qaida, tel que décrit dans leur journal électronique « Inspire », il se base sur le choix des cibles par Al-Qaida centrale réfugiée chez les Talibans pakistanais. Cet état-major réduit composé d’anciens officiers des forces spéciales égyptiennes décide des grandes lignes du djihad.
La planification et le lancement des opérations par Al-Qaida dans la Péninsule arabique (AQPA) qui dispose de moyens matériels et logistiques considérables. Et l’exécution des opérations est laissée à l’initiative de la cellule choisie ou d’un djihadiste solitaire. Ces cellules dormantes et autres «loups solitaires » sont généralement recrutés dans les prisons à travers la planète. Le mot d’ordre d’Al-Qaida pour ses sympathisants qui ont basculé de la criminalité vers le Djihad est de hisser la bannière du djihad en procédant à des assassinats ou à des attentats suicide.
Comme d’habitude, le mode opératoire est connu comme la fabrication des engins explosifs, le listing des cibles à travers la planète comprenant des personnalités proches du pouvoir occidental. Pour A. Al Zawahiri, Al-Qaida doit désormais s’attaquer au cœur des croisés, l’Amérique en tête. De son côté, Ibrahim Ibn Hassan Assiri, chef militaire d’AQPA, a décrit comment l’attentat contre l’hebdo Charlie Hebdo a Paris a été organisé et le rôle de la prison dans la désignation des « loups solitaires » qui n’ont aucun lien avec la structure de commandement d’Al-Qaida dont une partie est réfugiée dans le Wasiristan et l’autre en Iran. Celle-ci consiste à inspirer et guider les « moudjahidines » avec ses publications retraçant les grandes lignes du djihad. Généralement, c’est la technique de « la grappe de raisins » qui est utilisée. Le meneur de toute cellule recrute dans sa propre famille ou dans son quartier ou dans le même pavillon carcéral. Plusieurs attentats en Europe et dans le sous-continent indien ont respecté ce mode opératoire. Dans tous les discours d’Ayman Al-Zawahiri, Al-Qaida privilégie des actions précises, ponctuelles, décentralisées et réalisées soit par d’anciens criminels convertis au djihad et sans rapport avec le commandement, soit par des cellules dormantes dirigées par la nébuleuse takfiriste.
Daech dispose quant à lui d’un noyau dur aguerri et expérimenté avec un commandement décentralisé, autonome et disposant de moyens logistiques et financiers. L‘EI combine les opérations militaires classiques aux techniques de la guérilla dans l’ensemble des territoires qui ont prêté allégeance au Calife Al-Baghdadi. En se focalisant sur la zone Mossoul-Alep, Daech oriente ses combattants sur la Wilaya de la Libye, considérée comme son foyer de projection sur le Maghreb, l’Afrique et l’Europe. Ce qui est très inquiétant est que l’EI considère tous les groupes affiliés à Al-Qaida sont des apostats à combattre au même degré que les refuzniks chiites. Dans ce rapport de force inégal entre les deux mouvements, c’est l’appel à l’unité djihadiste lancé par Al-Zawahiri, surtout en Irak et en Syrie, qui en fixe les axes importants : l’arrêt des combats entre groupes rivaux, surtout entre Daech, le Front al Nosra, Ahrar Ac-Cham et l’Armée de Mohamed, la cessation des campagnes de propagande de la négation réciproque, la création d’un tribunal religieux indépendant pour aplanir les dissensions internes, une amnistie générale et la libération des djihadistes emprisonnés de part et d’autre et une collaboration logistique. Al-Qaida qui est une organisation secrète et sélective perd du terrain au profit de Daech qui est attractif, riche et moins rigoureux sur le plan religieux. Le rapprochement entre Américains et Russes poussera-t-il les deux mouvements djihadistes à s’allier au lieu de s’entretuer contre ce qu’ils considèrent « croisade contre l’islam » ? Toute union de ces deux structures serait fatale et agirait comme un facteur démultiplicateur de la poussée takfiriste au-delà de l’espace arabo-musulman. Pour bien comprendre la genèse de daeche et d’Al-Qaida, il faut étudier en profondeur leurs publications officielles que l’on retrouve dans les revues électroniques Dabiq (*) et Inspire. Car cela permet de connaître la physionomie de l’Etat islamique, ses objectifs, son projet et ses stratèges, et particulièrement Abou Mossaab Al-Souri. Propagande et discours de l’EI sont plein d’enseignements. Daech est passé en l’espace de quelques mois après le déclenchement du « Printemps arabe » d’un groupe ultra-minoritaire présent dans les provinces d’Al-Anbar, Salaheddine et Ninive à une véritable armée avec un commandement qui planifie ses opérations contre deux armées (irakienne et syrienne) et une coalition de 60 pays auxquels s’ajoute la Russie, l’Iran et le Hezbollah libanais. Daech est devenu bel et bien un acteur majeur sur les scènes moyen-orientale, maghrébine, africaine et caucasienne. La cause de cette expansion rapide et spectaculaire s’explique par un ensemble d’évènements favorables, notamment l’effondrement des gouvernements irakien et syrien. La majorité des combattants et commandants de Daech sont issus principalement de l’Irak où ils avaient pris par à la guerre contre l’Iran durant 8 ans à laquelle succéda le combat contre les troupes US et britanniques après la guerre d’occupation de 2003. Plusieurs syriens, dont le fondateur du Front Al-Nosra, Mohamed Al Joulani, ont pris part à la lutte contre l’occupation de l’Irak. D’autres circonstances, moins connues, ont favorisé l’essor de Daech qui a tiré les leçons des échecs passés du djihadisme pour améliorer sa stratégie pour la rendre plus redoutable. Le commandement de Daech n’est point composé d’apprentis sorciers. Il trace des plans élaborés par des stratèges aguerris et expérimentés surtout dans les domaines du renseignement et des finances. Le plus connu parmi ces stratèges est le syrien Abou Moussab Al-Soury, ancien afghan arabe, considéré par les Américains comme un homme dur et très intelligent. Un vrai « intellectuel » qui a mâché l’histoire militaire internationale ayant gagné une place de choix auprès de Ben Laden et de son successeur Al-Zawahiri. Sa vie djihadiste revient au soulèvement des Frères Musulmans en Syrie et son écrasement dans le sang en février 1982 sous le régime de Hafez Al Assad. Depuis cette défaite, Abou Moussaab a multiplié analyses et réflexion et mis en relief ce qu’il appelle « les 17 leçons amères ». Il conseille à l’EI de ne pas tomber dans l’erreur fatale des Frères Musulmans qui avaient occulté la conception de leur stratégie avant de mener la rébellion. La défaillance en matière de communication et de propagande a fait que les objectifs idéologiques restaient inconnus. Eviter de compter sur le soutien extérieur en développant des ressources propres. Les djihadistes du reste du monde étant considérés comme des sympathisants «Al-Ansar », chargés de missions secondaires. Ce stratège militaire recommande de ne pas suivre le modèle de recrutement de masse en s’appuyant sur des djihadistes d’élite. Ce qui explique la demande en djihadistes Ouzbeks, Tadjiks, tchéchènes et autres Ouïgours. Il conseille de mener des actions terroristes et des opérations de guérilla au lieu de mener des guerres d’usure contre les armées irakienne et syrienne. C’est un véritable projet politico-militaire global, solide et complet qui est ainsi promu par Daech. Ce qui rend difficile toute tâche de remise en cause d’une idéologie conquérante.
L’analyse de la communication de Daech montre à quel point les slogans de l’oppression et de l’humiliation dont souffrent les musulmans à travers le monde, sans limites de frontières, avec à la clé la promesse de la création d’un Etat idéal à même de sortir la communauté de la négligence et de l’obscurité. Le temps est venu, d’après Daech, pour le redressement. D’après Dabiq, tout musulman qui rejoint les rangs de la nébuleuse djihadiste sera maître, honoré, vénéré, « la tête haute et la dignité préservée ». La guerre en cours en Syrie et en Irak, ainsi que dans les autres Wilayas d’Afrique et d’Asie, est une réédition des temps glorieux du Salaf de l’Islam. Même les échecs de l’EI sont comparés aux échecs du prophète qui fut obligé de quitter la Mecque pour se réfugier à Médine, cela sans parler de la bataille d’Ouhoud. La cruauté et la terreur est un outil et non pas une fin en soi. Elles sont même considérées comme légitimes.
En résumé, une stratégie de terreur qui reflète la vérité des textes coraniques et de la Sunna et qui vise la conquête du pouvoir en trois phases, comme l’a souligné l’autre stratège de Daech, Abou Bakr En Naji, dans son livre « le management de la barbarie ».
Selon ce penseur, les Moudjahidines doivent s’attaquer aux centres névralgiques et sensibles de quelques pays afin d’obliger les Etats en place à y concentrer leurs forces, ce qui leur facilitera leur établissement en zones périphériques. Ce processus poussera les régimes combattus à multiplier les opérations de répression pour reprendre le contrôle du terrain perdu. La deuxième étape, d’après ce théoricien qui a servi dans les forces spéciales égyptiennes, consiste en la barbarie où la violence arrivera à un degré tel que les populations se détourneraient des Etats pour rallier les rangs des djihadistes pour rétablir l’ordre et la paix. La moitié de l’Irak et de la Syrie représente des laboratoires à ciel ouvert. L’ultime phase est la propagation de l’ordre par l’installation d’un califat musulman, comme ce fut le cas pour le système taliban en Afghanistan. Les stratèges de Daech ne considèrent pas la deuxième étape du désordre comme de la violence gratuite mais plutôt comme un passage obligé vers la victoire. Abou Bakr En-Naji prône « la mort ou le califat», contrairement à Al-Qaida qui revendique « la victoire ou le martyre ». Par contre, les deux groupes djihadistes ont des convergences en matière de rejet des systèmes démocratiques, du nationalisme, du communisme et de l’Occident. Mais ils ne partagent pas souvent ni la même stratégie, ni les mêmes objectifs. Daech mène une guerre d’attraction massive tandis qu’Al Qaida réalise des opérations sensationnelles et publicitaires. Contrairement au djihad centralisé et territorialisé, le djihad universalisé et délocalisé, avec un islam rigoriste, comme base au djihad international, les bastions contrôlés par Daech où règne l’ordre est appelé « Club Med du Djihad » et multiplie les appels à tous les musulmans d’accourir vers le Califat. Daech a un projet d’Etat là où Al-Qaida n’en a pas.
Voilà pourquoi l’EI compte s’installer, résolument, dans la durée. Si les Maghrébins son invités à rejoindre ses bastions de Syrthe et de Derna, les cadres supérieurs sont priés, eux, d’émigrer vers Mossoul ou Raqqa. Les Jound Al Khilafa, éradiqués à El Bouira, en Algérie, et à Essaouira, au Maroc, sont l’œuvre de quelques émirs algériens et marocains devant servir à affaiblir les Etats maghrébins considérés comme des alliés de l’Occident, cet ennemi juré.
Il va sans dire que face à une telle idéologie qui fait l’apologie de la barbarie, avec plus ou moins de nuances pour appâter un maximum de « soldats du djihad », les services de renseignement qui s’y trouvent confrontés doivent faire preuve d’une très grande vigilance dans le traitement des dossiers djihadistes comme dans la traque des « fous de Dieu ». La maîtrise du phénomène doit se faire dans le respect des valeurs universelles de la démocratie (une manière comme une autre pour «déconstruire » les thèses de la violence au nom de Dieu) et non plus à l’aune de la seule logique répressive. Un dosage subtil est à trouver dans le cadre de la traque généralisée des djihadistes. Ce qui n’exclue en rien l’effort qui doit être mené tambour battant en matière d’exégèse pour saper les fondements d’une pensée kamikaze relayée par les médias, classiques comme sociaux, pour «gérer la barbarie ». La lutte contre le djihadisme se trouve complexifiée en ce sens qu’elle incite à faire réagir tous les ressorts de la société pour que la greffe terroriste soit rejetée. En un, comme en mille mots, il s’agira d’opposer un projet de société fédérateur aux apprentis sorciers qui décontextualisent la révélation pour servir de louches desseins faits d’apologie de la mort et de la destruction totale du legs d’une humanité plurielle avec, comme prime, un « djihad sexuel »…
– Dabiq est le nom d’une petite ville au Nord de la Syrie qui, selon le Coran et la Sunna, servira de théâtre d’une guerre finale, prélude à l’apocalypse. Rien de plus normal à ce que le site d’info qui s’y rapporte soit logé en… Israël!

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