La darija a son dico : Le Maroc fera-t-il l’économie d’une crise aigüe d’idiotisme?

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Nul ne conteste la faillite de l’école marocaine. Et il ne faut pas trop compter sur le prochain rapport PISA pour apporter un quelconque démenti à une vérité enracinée. Bien sûr, les explications vont bon train dans l’effeuillage de cette déconfiture qui a tout pour plomber le pays. Non seulement au regard du volume des investissements consentis ( le pays n’est pas à une dépense inutile près, surtout dans un système éducatif des plus défaillants), mais aussi et surtout au vu de la formation du marocain-type que l’école publique entend mettre sur les devants de la scène pour en découdre avec le sous-développement. Et parmi ces explications que l’on monte en épingle, il y en a une qui nourrit la polémique : celle qui a trait à la langue utilisée pour la transmission du « savoir ». Ca ne rate pas à tous les coups : la controverse battra encore son plein autour du rôle primordial que le véhicule idiomatique devrait assurer pour hisser le niveau de l’apprentissage dans les écoles. Autant dire que l’arabe classique devrait céder le pas à la darija pour éviter aux bambins le choc d’une acculturation difficilement assimilable en bas âge. Plus, on offre à ces mêmes réceptacles, nos enfants pardi, un dictionnaire ad hoc sur lesquels des experts ont planché quatre ans durant pour pondre 1500 mots. On peut aisément voir nos enfants écorner les feuilles d’un volume censé faciliter leur assimilation. Ecrit qu’il est en…arabe, SVP! Dès lors, la difficulté n’est pas inhérente à l’alphabet. Elle est à chercher, comme la vérité, ailleurs ! Noureddine Ayouch, publicitaire reconverti en acteur de la société civile ne nous veut que du bien. Lui qui milite non plus pour les couches opprimées, comme le laisse entrevoir un passé engagé d’antan, quoique le micro-crédit enrichit son homme, mais contre l’arabe classique synonyme, à ses yeux, de langue morte. Rien que ça ! Et celui qui ose remettre en cause sa vulgate, la darija pour tous, se mettrait illico presto hors jeu. Voire pire : en dehors de l’Histoire. Pis, celui qui oserait prendre la défense de la langue d’Al-Jahiz serait suspect. Dès lors, le problème de l’école marocaine se résume en une équation à un seul terme : la langue vernaculaire. Mais pas le système en soi ! Celui qui force les enfants à plus apprendre qu’à assimiler, avec en moins l’esprit critique. Il ne voit pas que l’école publique n’est autre qu’une reproduction des pratiques des medersas, espaces accolés aux mosquées, dont la seule pédagogie consiste à transformer les jeunes en éponges capables de régurgiter in extenso ce qui a été absorbé comme versets coraniques. Sans plus. Et même dans ces structures surannées, il faut convenir que l’usage de la darija n’est pas banni. Une réalité vécue aussi dans nos écoles publiques… Et même privées.
Pourtant, défendre un bon système éducatif passe par l’assimilation des langues, mortes ou vivantes. Et l’arabe classique dans tout cela gagnerait certainement à être défendu aussi fortement que l’arabe dialectal pour peu que l’on se fixe pour objectif de tirer le marocain vers le haut. Et dans ce cadre-là, il faut dire que l’école marocaine est dans l’incapacité de produire, en bout de chaine, des élèves qui maitrisent d’autres langues bien vivantes comme l’anglais. Ou encore le français avec lequel le pays, et ses élites, cultivent des rapports biaisés par le défaut congénital d’acculturation.
Une bonne école, avec une bonne pédagogie, de bons enseignants, voilà ce dont a réellement besoin le Maroc. Quitte à y enseigner du mandarin ou le hindi. Pourvu que l’ascenseur social fonctionne correctement au lieu de livrer des milliers de diplômés à la rue. C’est cette misérable réalité qui explique aussi la désaffection vis-à-vis de l’école. Le savoir n’étant plus une valeur aussi sûre que l’avoir. Le nœud gordien est là.

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