De Kigali à Addis-Abeba: Forcing marocain pour des retrouvailles africaines

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La question est sur toutes les lèvres. Ira-t-il ou pas à Addis-Abeba où se réunira le 28è sommet de l’Union africaine dès le 30 janvier ? Rien de plus normal, le mystère entourant l’agenda royal étant des plus opaques. Toujours est-il opportun de souligner que c’est le Souverain qui avait enclenché, lors de la réunion du sommet de Kigali, la nouvelle dynamique diplomatique devant être couronnée par le retour du Royaume dans le giron de l’organisation panafricaine. Et c’est à cette époque que 28 pays amis du Royaume avaient soutenu la démarche marocaine et soulevé, opportunément, la question du départ de la RASD à l’origine du départ marocain de l’organisation panafricaine. C’était en 1984. Mais il faut dire que les contextes sont différents, ce qui fut opportun hier n’étant plus d’aucune utilité aujourd’hui. D’autant plus que dans l’intermède séparant la réunion de Kigali et celle, plus cruciale, d’Addis-Abeba, le Royaume a pu gagner à sa cause une majorité de pays africains, y compris parmi ceux qui comptaient parmi les soutiens du séparatisme polisarien. Au sein de la machine diplomatique chérifienne qui s’est emballée au cours de ces derniers mois, l’optimisme est de rigueur. Et on évoque l’appui inconditionnel d’une quarantaine de pays au come back du Royaume dans le giron africain. C’est dans ces conditions que tout naturellement un voyage royal en Ethiopie devait être inscrit. Et bien des médias locaux annoncent le déplacement du Roi pour ce vendredi, en se fondant sur des « sources sûres » qui précisent que la nature et le programme de cette visite du souverain Mohammed VI, n’ont pas été dévoilés, mais celle-ci coïncide avec la tenue du sommet de l’Union Africaine (UA), à Addis-Abeba. L’enjeu est de taille : c’est au cours de ce 28e sommet que l’instance devra se prononcer sur l’adhésion du Maroc au sein de l’UA. L’issue d’un tel verdict paraît des plus attendus au regard des à-priori des plus favorables dont bénéficie la démarche marocaine auprès de nombreuses capitales africaines. Celles-là qui n’ignorent pas qu’en se retirant de l’OUA de l’époque, pour une injustice flagrante dont le peuple marocain a essuyé les frais, Rabat n’a pas cherché à torpiller l’unité africaine. Quand bien même de nombreux alliés du Maroc dans le continent étaient d’avis d’initier une « OUA Bis » qui échapperait au diktat d’une Algérie qui, dopée à la rente des hydrocarbures, a violé l’équilibre d’une instance régionale pour assouvir ses prétentions au leadership maghrébin à défaut d’une suprématie africaine. Et il ne faut pas s’étonner à ce que la machine diplomatique algérienne, soutenue en cela par ses relais médiatiques, s’acharne à présenter le retour du Maroc au sein de l’UA comme un acquis politico-diplomatique incommensurable pour les séparatistes. L’expulsion d’un Etat reconnu au sein de l’UA (même partiellement) n’étant pas prévu dans les statuts de l’organisation, le Maroc étant dans l’obligation de siéger au sein d’une assemblée où la RASD est reconnue. Oubliant au passage que les statuts de toute organisation de quelque nature qu’elle soit sont appelés, au fil des évolutions, à subir les fourches caudines de la révision. Pour peu que le besoin se fasse sentir. Et que le nom du Maroc est inscrit en lettres d’or dans le marbre de la construction de l’Afrique postcoloniale. Dès lors, si le Maroc est obligé de « cohabiter » avec la RASD au sein de l’organisation panafricaine, ce n’est certainement pas pour toujours. D’autant plus que rien n’empêche le Royaume qui vient de ratifier l’acte constitutif de l’UA de soumettre, dès son intégration à l’organisation panafricaine, ses réserves, comme d’autres Etats l’ont déjà fait, sur tout ce qui est susceptible de nuire à ses intérêts vitaux. Et l’affaire de l’intangibilité des frontières héritées du colonialisme à laquelle se greffe la souveraineté marocaine sur le Sahara récupéré (du colon espagnol) en fait partie. D’ailleurs, pour ceux qui l’oublient encore, le Royaume n’a toujours pas clos, définitivement, le dossier lié à ses revendications territoriales. Le dossier des Présides de Sebta et Melillia et des îles qui s’y rattachent faisant toujours l’objet de discussions avec l’Espagne…
Quoi qu’il en soit, si un problème sahraoui existe bel et bien, son règlement ne saurait se faire qu’au sein du giron national. Et l’offre d’autonomie proposée par Rabat pour régler définitivement la question a été agrée par de nombreuses capitales dans le cadre des efforts menés par les Nations Unies. Dès lors, nul besoin de souligner à ce sujet que l’Afrique qui a souffert, et endure toujours les miasmes de l’instabilité, a intérêt à gérer autrement la question de la RASD, fantomatique entité s’il en est qui, in fine, ne sert que de faire valoir à une prétention de puissance que le système algérien nourrit depuis qu’il était dans les limbes. Le Maroc qui a soutenu corps et âme la légitime lutte du peuple algérien frère pour son indépendance en sait quelque chose. Et plus encore…

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