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« De l’administration de la sauvagerie » : Daech a son vade mecum – barbare !

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En l’espace d’un an, l’organistion terroriste Etat Islamique, dont l’acronyme arabe est Daech, se joue des frontières et assume une barbarie transnationale sans égale. Son vade mecum est explicité dans un ouvrage traduit en plusieurs langues et vendu en ligne « De l’administration de la sauvagerie ».

Il serait illusoire de réduire la montée en puissance de l’organisation terroriste « Etat Islamique » à la seule manifestation d’une quête de puissance de l’aile sunnite de l’Islam en Irak. Celle qui aurait largement pâti de la démocratisation de l’occupation US sous Breimer, avec la montée en puissance des chiites. En Irak, comme en Syrie, les forfaits sanglants des affidés d’Abou Bakr Al-Baghdadi, autoproclamé leader incontesté du nouveau Califat dont les frontières s’étendraient de l’Atlantique à la mer rouge et bien au-delà, s’accommodent bien d’une barbarie globale bien orchestrée. Dans ce jeu sanglant de vassalisation en marche, les victimes appartiennent aussi bien aux minorités qu’à la majorité. Les groupuscules d’Al-Qaida, comme Jabhat Al-Nosra, sunnite par exellence, n’aura pas échappé aux fourches caudines de Daech. Autant dire que les illuminés d’Al-Baghdadi n’ont pas d’état d’âme dès lors qu’il est question de domination territoriale et idéologique. Ceux qui refusent les liens de l’allégeance sont tout simplement liquidés. Aux yeux des experts, tout cela procède d’une stratégie délibérée baptisée « l’administration de la sauvagerie». On est donc face à un véritable vade mecum dont tout daéchien type devrait assimiler. Mais que livre en substance cet opus qui serait le fruit de toute une «réflexion» développée par Abou Bakr Naji (pseudonyme d’un djihadiste inconnu) après les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan par l’administration US frappée en son cœur par les attentats du 11 septembre 2001 ? Pas moins qu’une remise à plat des tactiques et stratégies de lutte contre « l’ennemi proche » que représente le conglomérat des régimes arabes inféodés au «Grand Satan» et « l’ennemi lointain» qu’incarne l’Amérique, fer de lance de la domination occidentale. Ledit vade mecum, rédigé entre 2002 et 2004, se propose d’explorer de nouvelles voies pour réaliser les principaux objectifs de la mouvance djihadiste: bouter les Occidentaux des territoires musulmans, renverser les régimes en place, instaurer des Etats islamiques en vue d’abolir les frontières coloniales et restaurer le califat, la monarchie universelle islamique. Dès lors, « l’administration de la sauvagerie » représenterait la plus critique des étapes que la communauté des croyants est appelée à franchir. Ce serait une synthèse des textes des principaux idéologues jihadistes ainsi que des plus grands stratèges modernes d’Amérique Latine, d’Extrême Orient et d’Europe. Grand cas est fait du recours à la lutte armée, la seule voie susceptible de recréer le califat, Cité de Dieu sur terre. Aux yeux de l’idéologue en puissance de Daech, « tout processus de construction étatique, quelle que soit sa nature ou sa finalité, repose sur une violence originelle. Toutes les autres voies, notamment l’action pacifique, ne seraient que chimères.»
L’hypothèse fondamentale sur laquelle la stratégie de Naji repose n’est autre que le retrait américain de la région qui interviendrait tôt ou tard tout en trainant dans son sillage l’effondrement de plusieurs régimes, comme ce fut le cas en Afghanistan avec la déconfiture soviétique. Et dans cette perspective là, les jihadistes, préparés à cette éventualité, pourraient enfin s’emparer du pouvoir, mettre fin aux frontières coloniales et s’émanciper de la domination occidentale. Et pour hâter ce processus, rien ne vaut d’affaiblir les Américains et endommager leur image en Irak. Parallèlement, les jihadistes devraient s’implanter dans un certain nombre de zones et en faire des sanctuaires. Ces zones d’implantation devront répondre à un certain nombre de conditions objectives comme une géographie accidentée, la faiblesse du régime, la prédisposition de la population, l’existence d’un mouvement jihadiste local et l’abondance des armes.
La Jordanie, les pays du Maghreb, le Nigéria, le Pakistan, l’Arabie Saoudite et le Yémen pourraient ainsi être des terrains privilégiés. Mais la liste n’est pas définitive. Elle pourrait évoluer au gré des circonstances. En effet, quatre régions qui ne figurent pas dans la liste initiale de Naji sont devenues le principal laboratoire de sa stratégie : l’Irak, la Syrie, la Libye et le Sinaï. Une fois l’implantation réussie, le groupe jihadiste, devra, selon l’auteur, suivre un plan en trois étapes. « Démoralisation et épuisement » pour affaiblir l’ennemi moralement et matériellement en le harcelant de manière continue. Attentats et attaques spectaculaires sont autant d’outils privilégiés. Etape cruciale aussi pour attirer les jeunes, professionnaliser les combattants et mener des campagnes de communication pour faire connaître les objectifs du groupe, justifier les opérations, effrayer les ennemis et manipuler les sentiments des populations.
Toutefois, il ne faudrait pas se faire d’illusion, ces opérations ne pourront pas, à elles, seules provoquer l’effondrement des régimes. Il faudrait compter sur des facteurs extérieurs. La prophétie de Naji s’avère juste : les jihadistes comptent parmi les principaux bénéficiaires de l’invasion américaine de l’Irak en 2003 et l’effondrement de plusieurs régimes arabes en 2011.

«L’administration de la sauvagerie», deuxième étape la plus importante, intervient après la chute d’un ou plusieurs régimes, avec le chaos qui s’ensuivrait. Il faudrait profiter de cette situation pour créer une véritable plateforme qui servirait de base pour reconstituer l’unité originelle de la communauté islamique. Pour réussir une telle étape, violence extrême, bonne gestion des territoires soumis et propagande doivent être privilégiés. La terreur, contre les ennemis et les populations soumises, serait l’un des meilleurs moyens pour conquérir des territoires et les conserver. Massacres, enlèvements, décapitations, crucifixion, flagellation, amputations, bûchers, lapidations, etc seraient « bonnes pour la cause ». En sanctuarisant ladite plate-forme qui s’apparente à une structure étatique, l’application de la charia n’en sera que plus facilitée. Cette bonne gouvernance du chaos doit être relayée par une propagande de grande ampleur pour frapper les esprits et catalyser l’imaginaire du plus grand nombre.
« Proclamation du califat » devrait intervenir rapidement si les deux premières étapes ont été réalisées. Reste donc à fédérer les autres groupes jihadistes actifs dans les quatre coins du monde musulman. Cela déclencherait selon Naji « une dynamique qui aboutirait tôt ou tard à un nouvel Âge d’or de l’islam». Rien d’étonnant à ce que Abou Bakr al-Baghdadi, leader de l’organisation Etat islamique, se soit autoproclamé calife le 29 juin 2014. Plusieurs groupes en Syrie, en Libye, au Nigéria, en Tunisie, au Yémen lui ont prêté serment.

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