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Les défis des législatives : La culture, ce parent pauvre…

Les Marocains peuvent-ils renouer avec le savoir et tordre le cou à l’image d’Epinal qu’ils renvoient à tous les observateurs de la chose culturelle ? On peut en douter. Les Marocains ne lisent plus. Pas uniquement parce qu’il y a un déficit en matière d’offre culturelle de qualité. Et encore moins au motif que les nouveaux médias ont ravagé les esprits. Pareil raisonnement est court et reste à court d’arguments pour expliquer cette terrible désaffection. De laquelle n’échappe, fort malheureusement, que le commerce florissant des « livres jaunes », ces amas de galimatias qui emmure l’esprit dans les méandres des temps passés, dépassant rarement la connaissance médiévale et encore ! Bien des libraires s’interrogent sur leur devenir si jamais ils n’intègrent pas, dans leur business plan, le mix culturel ambiant. Bassement soporifique. Faut-il rappeler que le meilleur de nos écrivains peine à remporter un contrat d’édition qui dépasserait le seuil dramatiquement bas de 5.000 exemplaires ! Pourtant, la population marocaine à dépassé le seuil des 30 millions d’âmes. A quoi doit-on imputer une telle misère ? D’abord, à l’école, bien sûr. Car cette pépinière du savoir persiste à enseigner tout faux. En consacrant l’apprentissage qui fait l’éloge du « parcoeurisme » au lieu de consacrer le questionnement (permanent) et l’analyse. Sur les bancs d’école, les bambins sont brimés dans ce qu’ils ont de naturel, la curiosité. Le système sanctionne les plus téméraires qui ont tendance à remettre en cause jusqu’aux évidences. Car ce qui est le plus affectionné par ses agents n’est autre que de pouvoir « formater » les esprits quitte à ce que « les têtes de mules » abandonnent le parcours scolaire en cours de route. Le doute n’est pas permis. Formatés à ne pas sortir des clous, qu’attendre de ces générations qui ont certes combattu l’illettrisme tout en restant rétifs aux chemins de la connaissance.
Certes, toutes les formations politiques ont fait le constat d’échec du système éducatif et appellent à sa réforme. Mais il faut dire que la réforme a tendance à faire partie des « questions-valise » dans lesquelles on enfouit tout et rien à la fois. Regardez voir les commentaires qui ont accompagné, par exemple, les récents manuels de « l’éducation islamique» qui a fait l’impasse sur une autre dimension plus globale, plus humaine et plus imperméable à l’altérité ; « l’éducation religieuse » en l’occurrence. N’a-t-on pas cherché, dès la sortie de ces manuels des presses, de mettre au piloris les images accompagnant les textes au motifs que les femmes dévoilées sont plus nombreuses que celle qui portent le voile ? Pour ces esprits chagrins, on se contentera de dire « Apportez votre preuve » que les femmes musulmanes portaient un quelconque voile aux temps immémoriaux. Et encore moins le tchador et autres burkinis. D’autres vont jusqu’à stigmatiser le fait que des sourates sont mal expliquées aux élèves ! C’est à croire que les écrivaillons qui déblatèrent ont la faculté exclusive du décodage du Livre… Alors que seul le Tout Puissant peut s’en prévaloir et l’a clamé haut et fort le long de plusieurs versets.
Mais revenons sur terre puisque c’est bien là où tout se passe. Y compris les passe-passe entre formations politiques engagées dans la « mère des batailles », celle des législatives. Qu’a-t-on prévu, dans les programmes, pour la culture et la promotion des arts ? Il ne faut pas attendre du PJD, cette formation islamisante, dont les leaders ont montré qu’ils n’ont pour prédilection que les « trips » des « Mille et une nuit » et du Kama sutra, puisse offrir plus que ce qu’elle n’a : remonter le temps pour revisiter les écrits vermoulus d’un Ibn Taymia. Et encore, sans la moindre critique !
Tout n’est pas sombre pour autant. Bien des formations progressistes, heureusement qu’elles vivotent encore, font grand cas de la chose culturelle. Ces partis là ont compris que l’on ne peut pas faire l’impasse des clivages politico-idéologiques qui traversent la société de part en part. Et pour mieux gérer le passage à la véritable démocratie, celle qui est imprégnée des valeurs du progrès et de la modernité, rien d’anormal à ce qu’ils placent leur espoir dans la bataille idéologique à engager et à remporter. L’affaire est une guerre d’idées. Difficile de ne pas y croire à l’heure où des « daéchiens » ont jugé bon d’exécuter un penseur en Jordanie. Se coucher face au rouleau compresseur du fondamentalisme religieux c’est permettre pareils assassinats. Voilà pourquoi le Maroc à intérêt à prendre soin de son école publique et de sa culture. Une question de survie…

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