Dette de sang!

En l’espace de 13 ans, le pays a changé, sans aucun doute. Dans la mémoire collective, le 16 mai 2003 s’est incrusté comme un terrible cauchemar qui a ravagé des vies à Casablanca. En ce jour là, un des plus sombres de l’histoire immédiate du Royaume, des « bombes humaines » avaient explosé dans plusieurs endroits de Casablanca mettant tout le pays en émoi. Bien entendu, « l’exception marocaine » avait pris un sévère coup incitant la société civile à réagir en rejetant cette part d’ombre que le modèle de société avait charrié dans son sillage.
Bien entendu, il fallait mobiliser les esprits pour en découdre avec les fragilités socio-économiques, véritable réservoir de kamikazes, sans oublier de mettre en avant une réforme appropriée du champ religieux. Cela sans omettre, bien sûr, une reprise en main du système sécuritaire appelé non plus à gérer les urgences, mais surtout à faire preuve de proactivité pour empêcher l’irréparable de survenir.
Au terme de 13 années pleines, quel bilan peut-on établir à la lumière de tous les efforts consentis ? Là, il faut dire que le dossier s’avère des plus cocasses. Car si des salafistes djihadistes ont fait leur mea culpa et eurent à renouer avec une vie normale, il n’en reste pas moins que des irrédentistes en détention persistent dans leurs errements tout en cultivant un discours des plus ambigus. On comprend dès lors pourquoi la gestion légale et sécuritaire du dossier reste des plus sensibles à l’heure où des cercles montent au créneau pour exiger un élargissement général doublé d’une réconciliation nationale. Et dans cette quête là, on retrouve en pointe des partisans de l’actuelle formation islamiste modérée qui cogère les affaires du pays depuis 2011.
Si l’approche des sécuritaires reste des plus prudentes dans ce dossier c’est bien parce qu’une belle brochette de « repentis » n’a pas hésité à répondre à l’appel au Jihad dans le Machrek. Et le pays a de quoi s’inquiéter face à la montée en puissance de « ses » djihadistes qui défrayent la chronique sur les fronts irakien et syrien… Car non seulement ils se sont contentés de vendre leurs âmes au sinistre
Al Baghdadi qui nourrit le rêve déstabilisateur de la sphère arabo-musulmane pour y édifier son prétendu « Etat Islamique », mais ils ont l’outrecuidance de proférer des menaces directes au pays qui les a enfantés ! L’affaire est on ne peut plus grave. Surtout que le Maroc qui a pu vivre son « printemps » sans grands dégâts mesure les risques que l’instabilité ambiante à ses frontières pourrait charrier. La situation dans les camps de Lahmada est loin d’être réconfortante à la lumière des accointances que des dirigeants du Polisario ont pu développer avec des mercenaires qui sévissaient dans l’espace sahélo-saharien. On comprend dès lors la raison qui pousse le Royaume à s’investir dans le champ cultuel pour permettre aux pays frères comme le Mali et le Niger de bénéficier de son savoir-faire en matière de formation des Imams. Une offensive qui n’est pas dénuée de valeur lorsqu’on sait que la diplomatie marocaine qui s’investit dans l’Afrique de l’Ouest tire aussi sa force de la coopération Sud-Sud que le Roi n’en finit pas de cultiver.
Ce que l’on regrettera, à coup sûr, c’est la politique de déni qu’un grand voisin comme l’Algérie affiche à l’endroit du Maroc. Et pourtant, les deux pays frères sont confrontés aux mêmes problèmes au point que la lutte contre le terrorisme aveugle nécessite bien plus qu’une concertation bilatérale. Daech est déjà opérationnel en Libye. Et il faut avoir en tête ce que cette sinistre organisation accomplit en se jouant des frontières entre l’Irak et la Syrie. En tout cas, nul besoin de souligner ici que le Maroc a autant intérêt à avoir pour voisin une Algérie forte que l’Algérie a besoin d’un Maroc solide. L’isolement de l’un par l’autre relève des calculs à somme nulle. Saura-t-on y remédier côté algérien en tendant au Maroc la main comme ce dernier n’a cessé de le faire ?
L’espoir reste permis. Quoi que…

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